PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fintech

Comment compléter l’écosystème luxembourgeois pour attirer de nouvelles fintech?

Écosystème fintech luxembourgeois: l’âge de la maturité?


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Le Luxembourg dispose d’un véritable écosystème dédié aux start-up enrichi d’un nombre grandissant de start-up «made in Luxembourg», véritables ambassadeurs du savoir-faire et des qualités du pays. La présence d’un pavillon luxembourgeois et de huit start-up nationales au CES de Las Vegas ou encore d’une délégation luxembourgeoise au Paris Fintech Forum depuis janvier 2018 sont autant d’exemples de ce succès et d’un rayonnement grandissant.

En vertu de son positionnement de leader dans le monde financier, c’est naturellement que le Luxembourg attire les start-up dédiées à la finance (les fintech), ainsi que les regtech ou insurtech. Ce choix du Luxembourg assure une base européenne stable et un marché «test» de premier ordre.

Outre sa stabilité politique, sa sécurité juridique et le pragmatisme qui le caractérise, le Luxembourg a mis en place de nombreux programmes d’aide aux jeunes entreprises innovantes, des incubateurs publics ou privés, et des partenariats public-privé.

Le Luxembourg, élève exemplaire, a su réagir rapidement et avec efficacité, mais la multiplicité des initiatives ne doit pas saper les atouts liés à ce statut particulier. En effet, la compétitivité du système exige qu’il entame maintenant sa phase de maturité en ancrant ses acquis et en continuant à se développer. Un regroupement ou une coordination des multiples initiatives tant privées que publiques devrait être envisagé sur des modèles voisins. Dès 2013, la France a compris qu’avoir un écosystème performant dédié aux start-up impliquait d’accroître la lisibilité et la cohérence des diverses actions menées, avec le concours des autorités et du régulateur.

Face à l’expansionnisme des fintech, un des piliers fondateurs de demain sera la formation.

Pierre-Alexandre DegehetPierre-Alexandre Degehet, Associé (Bonn Steichen & Partners)

L’ouverture et la diversité sont des caractéristiques intimement liées à l’ADN du Luxembourg; l’offre de services étant pléthorique, la maturité de cet écosystème exige qu’aucun acteur ne doive s’imposer comme l’ambassadeur unique au détriment d’autres initiatives.

Les acteurs des tech pensent de manière disruptive et offrent des services en corrélation, ils attendent donc un nouveau modèle, une manière différente d’opérer; le succès ne pourra venir qu’en adoptant également un modèle idoine. Un label collaboratif dédié à la fintech luxembourgeoise, regroupant l’ensemble des acteurs de la Place ayant un rôle à jouer au travers de leurs compétences et de leurs offres, participerait grandement à éviter cet écueil tout en assurant une véritable coordination des actions publiques et privées.

Par ailleurs, face à l’expansionnisme des fintech, un des piliers fondateurs de demain sera la formation. Une compréhension et un intérêt liés aux enjeux et problématiques propres aux fintech ainsi qu’une parfaite appréhension des techniques sous-jacentes aux différentes applications doivent permettre d’accompagner utilement les fintech. L’écosystème profiterait de la mise en place d’une offre de formations multidisciplinaires à destination des divers professionnels sur le plan des technologies utilisées et de leurs implications concrètes, mais également dans des domaines spécifiques comme celui du droit.

Les fintech n’attendent plus de leur conseil une pure prestation juridique, mais aussi un accompagnement au quotidien. Il est devenu impérieux de veiller à la formation des plus jeunes qui navigueront demain au sein de ce nouveau monde.

Le Luxembourg, start-up nation, doit assurer la maturité de son écosystème avec des principes directeurs.

Pierre-Alexandre DegehetPierre-Alexandre Degehet, Associé (Bonn Steichen & Partners)

Les fintech ne se trouvent pas hors champ du droit, mais celui-ci, parfois difficilement lisible, peut induire une complexité inutile, source d’insécurité juridique. Ce sentiment est renforcé en matière de cryptomonnaie, sujet extrêmement sensible, qui préoccupe les autorités tant au niveau européen que national.

Le Luxembourg profiterait d’une plus grande lisibilité, uniformité et transparence des règles. Est-ce qu’une réflexion sur la création d’un code général des «tech» ne devrait pas être entamée sans délai? Des règles existent, mais faut-il attendre une superposition de textes pour réfléchir à une approche globale et coordonnée de la matière? Dans ce monde disruptif qui s’impose, un code regroupant des règles claires et précises faciliterait une lecture simple et efficace.

Le Luxembourg, start-up nation, doit assurer la maturité de son écosystème, avec comme principes directeurs: la flexibilité nécessaire pour les uns et la sécurité juridique pour les autres, pragmatisme, stabilité, sécurité, cohérence et formation.