POLITIQUE & INSTITUTIONS
EUROPE

Commentaire

Bettel-Macron, (petits) pères de l’Europe



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Une période de reconstruction s’ouvre pour l’Europe et sa nouvelle génération de leaders. (Photo: Anthony Dehez)

«Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour», écrivait le poète français Pierre Reverdy. C’est bien à un récital de déclarations enflammées que se sont livrés le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel et le président de la République française Emmanuel Macron, jeudi soir, à la Philharmonie, pour cette consultation citoyenne placée sous le signe de l’Europe de demain.

Il faut reconnaître à ces deux ténors de la nouvelle scène libérale une forme de panache, sinon de courage, tant le sujet paraît aujourd’hui impopulaire. Malmenée par les soubresauts de la géopolitique et de la crise migratoire, menacée par la guerre commerciale que se livrent à l’est, la Chine, et à l’ouest, les États-Unis, ravagée par deux décennies de crise économique et sociale, rongée par le réveil des nationalismes, l’Union européenne n’a jamais semblé aussi fragile depuis sa création. 

«Nous sommes en train de vivre le retour de l’Histoire et du tragique en Europe», a gravement martelé le président français avant d’enjoindre à son auditoire de se préparer «à une vraie confrontation politique, philosophique, et même de civilisation».

On ne dira jamais assez la responsabilité immense de cette nouvelle génération de dirigeants. Après l’Europe des fondateurs qui fut celle de la paix, de la résilience et de la construction; après l’Europe des gestionnaires qui fut celle de l’élargissement mortifère et de la dérégulation s’ouvre une période où rien ne va plus, mais où tout reste à faire: celle de la reconstruction.

Diagnostic partagé 

Dans un registre amical rythmé par les cascades d’applaudissements et une standing ovation, les duettistes ont donc rivalisé de paroles fortes et de bons mots pour tenter d’éveiller les consciences. 

Plutôt convaincants sur le diagnostic et sur les menaces, l’un et l’autre ont longuement expliqué ce qu’ils ne voulaient plus. Non à l’Union des marchés sans règles, oui à l’État de droit. Non à l’Europe du repli sur soi, oui à celle de l’ouverture à l’autre. 

Pour Bettel et Macron, l’Europe doit à la fois défendre ses valeurs, ses citoyens, ses frontières, ses entreprises, son climat, ses satellites, mais aussi… ses étudiants! De quoi enflammer un auditoire largement conquis d’avance. Mais pas sûr toutefois que ces envolées lyriques suffisent à dessiner de vraies solutions.

Davantage de clarté et de cohérence

Car, n’est pas Robert Schuman ni Jean Monnet qui veut…. Et nos petits pères de l’Europe, l’autre soir, ont parfois peiné à convaincre en pratique au-delà de leurs déclarations d’intentions. Interpellés par le public sur des questions concrètes et plus délicates comme la transition écologique, la crise migratoire, les droits de l’Homme au Moyen-Orient, ou d’éventuelles sanctions contre la Hongrie de Viktor Orban, l’un et l’autre se sont soudain révélés moins éloquents…  

C’est sans doute là la limite de cette belle opération de communication. On ne peut pas toujours tout faire ni tout promettre «en même temps»: un jour du rêve et des principes, l’autre du pragmatisme et de la realpolitik.  

L’Europe de demain mérite davantage de clarté et de cohérence si elle ne veut pas retomber dans ses errements.