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À table avec... Anne Simon



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Anne Simon: «Dans la culture comme dans la gastronomie, je constate une certaine institutionnalisation. Les initiatives marginales, underground ont du mal à exister et subissent le poids des charges.» (Photo: Nader Ghavami)

Le metteur en scène explore toujours des voies nouvelles du théâtre. Son prochain «Stupid Fucking Bird» ne fait pas exception. Nous l’avons invitée au Hesper Park pour qu’elle nous en parle.

Cela fait 10 ans qu’Anne Simon signe des mises en scène au Luxembourg et ailleurs, avec un théâtre visuellement fort, inspiré par la musique et par la société contemporaine. Cette végétarienne a eu plaisir à découvrir la nouvelle adresse de Jan Schneidewind, Hesper Park.

«La Mouette»

C’est donc une entrée végétarienne que notre invitée commande d’emblée – une salade tiède de topinambours et racines de cerfeuil –, alors que j’opte pour un hareng avec pommes et crème. Deux réussites, fraîches, croquantes et bien assaisonnées. Formée à Londres au tournant du siècle, Anne Simon est restée proche des auteurs anglo-saxons, y compris les plus virulents, dans la veine du in-yer-face theatre.

Aaron Posner, l’auteur de «Stupid Fucking Bird», a beau être Américain, il s’inscrit parfaitement dans cette tendance de comédie noire qui sied à notre temps. «J’ai découvert le livre à New York, interpellée par le titre. Je me suis demandé si c’était une adaptation de 'La Mouette'… et c’est bien le cas.» Estimant que Tchekhov est souvent pris trop au sérieux, Anne Simon pointe l’humour noir et tragi-comique de l’adaptation contemporaine de la pièce.


(Photo: Nader Ghavami)

Plat signature

Le déjeuner se poursuit avec le plat signature du chef, un panier de légumes et herbes aromatiques préparés façon pot-au-feu. «Les légumes sont cuits comme il faut et le jus a beaucoup de goût.» Anne Simon apprécie la pièce parce qu’elle met en avant les comédiens, «le théâtre dans le théâtre et le métadiscours sont toujours très enthousiasmants.»

Elle a rassemblé une distribution internationale. «Mélanger les parcours, les cultures et les écoles donne de nouvelles pistes d’expérimentation intéressantes.» D’où l’idée de remplacer le naturalisme des didascalies – un lac – en un naturalisme plus contemporain – une piscine, parfait reflet de l’inanition des personnages.

Un manque d’audace

Dans l’ensemble, la pièce relate la stagnation des personnages, plutôt mus par la vanité que par une réelle envie de changer le monde. «Monter une pièce de théâtre ne changera pas la face du monde, mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas le faire», résume Anne Simon, tant pour parler de la pièce que pour elle-même.

Plus globalement, elle constate une sorte de sclérose de la scène locale: «Dans la culture comme dans la gastronomie, je constate une certaine institutionnalisation. Les initiatives marginales, underground ont du mal à exister et subissent le poids des charges. Je me réjouis de la professionnalisation du théâtre, mais on parle plus d’embaucher un administratif que de création», vilipende-t-elle.

Après cette pièce, Anne Simon changera de registre: elle va monter «Georges Dandin» de Molière au Théâtre du Centaure. «Je pensais être la personne la moins qualifiée qui soit pour monter un classique, mais en y apportant une lecture moderne (elle le situe dans une banlieue américaine des années 50, ndlr) et un décalage dans la distribution (avec Anouk Wagner, plutôt abonnée au théâtre germanophone, ndlr), je pourrai trouver une nouvelle lecture.»