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Finance durable

La méthode BlackRock en matière d’investissements ESG



Gisèle Dueñas Leiva comptabilise 288 milliards de dollars investis dans des actifs durables au niveau mondial, de janvier à novembre 2020. (Photo: BlackRock/David Plas)

Gisèle Dueñas Leiva comptabilise 288 milliards de dollars investis dans des actifs durables au niveau mondial, de janvier à novembre 2020. (Photo: BlackRock/David Plas)

Pionnière de l’inclusion des critères ESG (E pour environnementaux, S pour sociaux et G pour gouvernance) dans la constitution de portefeuilles, BlackRock veut contribuer à accélérer le mouvement.

«Ces dernières années, l’ESG est devenu le sujet de tout le monde et de toutes les industries», introduit Gisèle Dueñas Leiva, sales & head of retail Luxembourg. Qui se réjouit de la tendance structurelle «fondamentale» de la hausse de la demande de l’industrie financière et des investisseurs pour des actifs durables. Pour des raisons réglementaires, évidemment, mais aussi grâce à l’engagement d’acteurs de plus en plus nombreux.

Sur ce créneau, BlackRock revendique un rôle de précurseur. La société d’investissement mène, depuis des années, des études sur les facteurs de risque ESG pour en comprendre l’impact dans les processus d’investissement. Et depuis 2009, Larry Fink, le CEO, utilise sa lettre annuelle pour sensibiliser ses pairs à la thématique de la durabilité. Dans son dernier message, il a réaffirmé que le risque climatique était un risque d’investissement dont il fallait tenir compte.

L’importance des données

Comment? «Nous implémentons les critères ESG dans nos produits et dans processus d’investissement de plusieurs manières.» Il y a bien sûr l’exclusion pure et simple. C’est historiquement la première étape. «L’exclusion est simple, facile à comprendre et convient à une grande base d’investisseurs.» Mais Gisèle Dueñas Leiva estime que cela ne suffit pas et risque de vite se résumer à «un exercice fondé sur des jugements de valeur» alors qu’il faudrait aller plus loin. Ce qui passe par la mise à disposition des gérants de portefeuilles des outils et des informations afin d’identifier les risques et opportunités associés aux portefeuilles, par l’amélioration constante des processus d’investissements et par la prise de décisions d’investissement sur base d’informations ESG ayant un impact financier.

BlackRock a de nombreux fonds indiciels, sa spécialité. Implémenter des critères qualitatifs dans une gestion indicielle ne va pas de soi. «Nous utilisons toutes les sources de données ESG afin de prendre un risque actif par rapport aux indices pour optimiser l’exposition du portefeuille à des sociétés qui ont un rating ESG plus élevé tout en gardant des caractéristiques qui soient très proches du benchmark en termes d’attentes de rendements et de risques.» Une démarche que l’on retrouve dans la gestion active.

«La clé, ce sont les données qui permettent de mesurer objectivement et matériellement les impacts des critères ESG. La qualité de ces données et leur accès sont un véritable challenge. Mais il y a une tendance à aller vers des données de qualité basées sur des normes réglementaires ou professionnelles qui permettent de comparer et de mesurer.»

Engagement actionnarial

Il existe un autre axe d’action: celui de l’engagement actionnarial. «Notre stratégie est clairement d’encourager la transition climatique auprès des entreprises dans lesquelles nos clients sont actionnaires.» Dans ce cas de figure, BlackRock insiste sur la nécessité d’avoir accès au plus de données possible et incite les entreprises dans lesquelles elle a investi à publier toujours plus de données pertinentes. Comme par exemple l’éventuel plan pour atteindre les objectifs de lutte contre le changement climatique. «Notre équipe Investment Stewardship, qui indépendante des équipes de gestion noue également un dialogue direct avec les entreprises», explique Gisèle Dueñas Leiva. Une équipe qui a rencontré, en 2020, 440 sociétés “carbon intensive” cotées au niveau mondial et espère arriver à 1.000 pour 2021.

Si elle préfère parler d’engagement plutôt que d’activisme, en cas d’absence de progrès d’une entreprise en matière de durabilité, BlackRock entend faire valoir son point de vue face aux administrateurs et aux directeurs des sociétés en utilisant son droit de vote et en soutenant au besoin des résolutions d’actionnaires.

La pandémie a apporté un nouvel argument dans le débat de savoir si les portefeuilles ESG performent mieux ou plus mal que les portefeuilles traditionnels. Une véritable guerre de religion. «Ce que l’on a vu avec la crise, c’est qu’il y a une certaine résilience dans les portefeuilles ESG.» Avec à la clé une accélération de la réallocation des capitaux vers des actifs et des portefeuilles plus durables. «Cette transition que nous avions prédite va maintenant plus vite que prévu. C’est une surprise. Nous pensions que la pandémie allait mettre de côté toutes ces considérations pour se focaliser sur les marchés. Cela n’a pas été le cas. Elle a fait prendre encore plus conscience que le changement climatique peut avoir un effet important sur nos vies et plus rapidement que ce qu’on a pu anticiper. La durabilité est vraiment devenue une nouvelle norme d’investissements.»

Un chiffre? «De janvier à novembre 2020, on a vu que les investisseurs en fonds et en ETF ont investi 288 milliards de dollars dans des actifs durables au niveau mondial. C’est une hausse, par rapport à l’année précédente, de plus de 96%.»

Cet article est issu de la newsletter Paperjam Finance, le rendez-vous mensuel pour suivre l’actualité financière au Luxembourg.  Vous pouvez vous abonner en suivant ce lien.