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World Economic Forum

Des mesures en voie d’harmonisation pour parler d’ESG



En l’absence de dénominateurs communs reconnus internationalement, il reste bien compliqué de savoir ce qui se cache derrière les mesures durables d’une entreprise. (Photo: Shutterstock)

En l’absence de dénominateurs communs reconnus internationalement, il reste bien compliqué de savoir ce qui se cache derrière les mesures durables d’une entreprise. (Photo: Shutterstock)

Face à l’hétérogénéité des règles servant à définir les bonnes pratiques en termes de durabilité, les plus grandes entreprises de la planète se sont accordées pour définir des standards communs. Élaborés avec l’aide des Big Four, ils pourraient servir de base à un futur socle commun international.

Qui aurait pu croire qu’un jour, les plus grandes sociétés privées de la planète s’associeraient pour définir les règles d’un «capitalisme inclusif»? C’est pourtant ce qui semble se dessiner actuellement sous le contrôle du World Economic Forum (WEF).

Fin septembre, en effet, les 120 plus grandes compagnies mondiales, réunies au sein de l’International Business Council (IBC), ont présenté un ensemble de mesures communes pour rendre compte de la création de valeur durable. En clair, il s’agit d’un ensemble de bonnes pratiques à suivre pour assurer les grands principes ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) qui définissent le côté durable d’une entreprise.

Quatre piliers pour les Big Four

Pour mettre du concret autour de ces grands principes, ils ont fait appel aux Big Four, qui se sont réparti le travail. Heureux hasard, le projet voulait s’étayer autour de quatre grands piliers: Capital humain, Planète, Prospérité et Principes de gouvernance. EY, KPMG, Deloitte et PwC ont donc traité chacun un pilier pour y inclure les grands principes à respecter.

 «Cet effort collectif optimise les chances que ce cadre soit accepté», commente Valérie Arnold , partner chez PwC Luxembourg.

De fait, jusqu’à présent, chaque entreprise peut déclarer être précurseur sur les grands principes ESG sans devoir rendre de comptes sur ses actions réelles. À partir de janvier 2021, date à laquelle les membres de l’IBC veulent rendre leur «charte» contraignante pour eux-mêmes, ils sauront quels grands principes respecter pour pouvoir se définir comme une entreprise durable.

Viser toutes les parties prenantes

«Le projet du WEF est de passer d’un capitalisme pour les actionnaires à un capitalisme pour les différentes parties prenantes», poursuit madame Arnold. «Ce nouveau cadre permettra aux entreprises de définir leur stratégie par rapport à des éléments qui ne sont pas uniquement financiers – une nouvelle manière pour elles de mesurer leur succès sur des dimensions sociales.»

Concrètement, les quatre piliers proposeront 21 mesures essentielles. Dans le pilier Capital humain, par exemple, les entreprises devront rendre des comptes par rapport à la diversité, les écarts salariaux, la santé et la sécurité. Pour le pilier Planète, elles doivent préciser leurs actions en matière de gaz à effet de serre, la protection des terres ou l’utilisation de l’eau.

Ces informations standardisées sont importantes pour les consommateurs, les futurs employés et les investisseurs.
Valérie Arnold

Valérie Arnold,  partner,  PwC Luxembourg

«Ces informations standardisées sont importantes pour les consommateurs, les futurs employés et les investisseurs», convient la responsable de PwC Luxembourg. «Il dispose ainsi d’une vision beaucoup plus large, qui mesure l’impact de l’organisation sur son écosystème et sa capacité à conduire ses activités tout en contribuant à réduire, entre autres, les inégalités et le changement climatique.»

Cette nouvelle charte n’a évidemment rien de contraignant actuellement. Mais le souhait de l’IBC est de la faire connaître et adopter par le plus grand nombre d’entreprises. Avec l’espoir que, prochainement, des acteurs de la réglementation, comme la Commission européenne par exemple, la prennent comme base pour assurer un cadre standardisé qui s’applique à tous.

«Ce n’est sans doute pas le graal que tout le monde attend, mais c’est un quand même un message fort de la part du monde du business», conclut Valérie Arnold.