POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

ressources

Malgré la météo, pas trop de craintes pour l’eau



L’eau est loin d’être une ressource inépuisable. L’Administration de la gestion de l’eau appelle donc chacun à avoir une consommation raisonnée et raisonnable. (Photo: Shutterstock)

L’eau est loin d’être une ressource inépuisable. L’Administration de la gestion de l’eau appelle donc chacun à avoir une consommation raisonnée et raisonnable. (Photo: Shutterstock)

2020 aurait pu voir la consommation d’eau potable exploser. Il n’en est rien, suite à la conjonction de plusieurs facteurs.

Des températures élevées, peu de précipitations, un sol très sec et donc peu perméable, mais contre toute attente les autorités ne se font pas trop de souci quant à l’eau. Encore faut-il savoir de quelle eau on parle. 

«Si je dis qu’il n’y a pas de souci à l’heure actuelle, c’est en ce qui concerne l’eau de circuit, celle qui est dans nos conduites et qui sort des robinets», explique Jean-Paul Lickes, directeur de l’Administration de la gestion de l’eau. «Néanmoins, nous sommes toujours attentifs et maintenons nos appels à la prudence , à une consommation raisonnée et raisonnable.»

Pourtant, tout laissait penser que la consommation serait plus importante cette année qu’au cours des deux précédentes. «On craignait en effet le fait que les Luxembourgeois restent chez eux plutôt que de partir à l’étranger. Car, évidemment, quand on reste chez soi, on consomme plus d’eau, on remplit les piscines des enfants… On ne savait pas vers quoi on allait aller, ni comment les choses allaient évoluer», pointe-t-il encore. Mais cet effet des «Vakanz Doheem» a été amorti par d’autres phénomènes, qui font que finalement, on consomme moins cette année qu’en 2018 et 2019.

Les raisons sont de plusieurs ordres. «Tout d’abord, le fait que l’économie n’a pas repris très vite, qu’elle n’a pas tourné comme les autres années», analyse le directeur de l’Administration de la gestion de l’eau. Ensuite, hasard des choses, la période de canicule a chevauché celle des congés collectifs. «Le secteur de la construction consomme beaucoup d’eau, notamment dans la préparation du béton. Ici, la canicule au cours de laquelle on consomme aussi plus d’eau a eu son effet amorti par le fait que les chantiers étaient à l’arrêt.»

Un frontalier consomme de 30 à 40 litres par jour

Il faut aussi souligner «que les températures moyennes de juin et de la première quinzaine de juillet ont été plutôt basses. Or, au Luxembourg, un degré de plus entraîne une consommation supplémentaire de quelques milliers de m3 d’eau.»

Enfin, le télétravail a aussi impacté positivement la consommation d’eau, car des dizaines de milliers de frontaliers sont restés chez eux. «On estime qu’un frontalier consomme entre 30 et 40 litres d’eau par jour: la consommation en elle-même, l’eau des sanitaires, ce que l’on appelle aussi la consommation passive associée comme l’eau qui sert à préparer son repas, à faire sa vaisselle… Ces gens ont consommé chez eux, et pas au Luxembourg.» 

Si tout va plutôt bien pour l’eau de consommation, la situation est un peu différente pour les réserves. «La réserve d’eau de surface est stable au lac de la Haute-Sûre», indique l’Administration de la gestion de l’eau. 

Les nappes n’ont eu que deux mois pour se recharger

C’est à l’échelle des eaux souterraines qu’il y a des craintes. «Le niveau s’est stabilisé, mais à un niveau relativement bas. Il y a eu un déficit de précipitations en 2018 et 2019. Il a beaucoup plu au cours de l’hiver 2019-2020, c’est vrai. Mais il a fallu que les premières couches de sol sur environ 1,5m s’humidifient pour que l’eau s’infiltre. Cette humidification du sol a eu lieu jusqu’à la mi-janvier», détaille Jean-Paul Lickes.

Mais dès la mi-mars, la végétation reprend ses droits et capte l’eau. Les nappes n’ont eu finalement que deux petits mois pour se recharger. Ce qui n’est pas assez. «Si la sécheresse continue comme maintenant, on aura la même situation avant l’hiver, et le même effet. C’est là que se trouve le vrai danger du changement climatique sur nos ressources en eau. Cela ne concerne pas que l’Italie, l’Espagne, le sud de la France… mais le Luxembourg aussi.»

Les solutions? Potabiliser l’eau de la Moselle, «mais ce ne sera possible que dans 15 ans». Dès lors, à court terme, «il faut être proactif pour protéger les ressources. On va encourager à diminuer encore la consommation nationale: en moyenne 135 litres d’eau potable par jour par résident», conclut Jean-Paul Lickes. Qui voit des solutions aussi «dans les équipements comme les robinets qui permettent d’économiser. Mais il faut aussi songer au réemploi possible dans les nouvelles constructions de l’eau ‘grise’, par exemple celle qui a été utilisée une première fois et peut encore l’être dans les sanitaires.» L’optimisation de l’usage de l’eau sur les chantiers de construction, en récupérant par exemple les eaux de rinçage, est une autre piste envisagée.