PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique financière

L’industrie de l’automobile accélère son électrification



Antonio Gentile, senior investment advisor chez Edmond de Rothschild (Europe). (Photo: Charlene Pouthier/Maison Moderne)

Antonio Gentile, senior investment advisor chez Edmond de Rothschild (Europe). (Photo: Charlene Pouthier/Maison Moderne)

Le monde semble enfin prendre des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique, avec pour objectif de réduire drastiquement les émissions de dioxyde de carbone. C’est ainsi que pas moins de 75% du PIB mondial vise à terme la neutralité carbone.

La Chine souhaite atteindre cette neutralité d’ici 2060, le Japon, les États-Unis et l’Europe d’ici 2050. Pour ce faire, d’importants plans d’investissement se profilent.

Aux États-Unis, l’American Rescue Plan de 2.300 milliards de dollars comprend un volet consacré aux véhicules électriques de l’ordre de 200 milliards de dollars. En Europe, c’est le Green Deal qui est en place, avec pas moins de 1.000 milliards d’euros qui seront injectés au profit de l’économie verte au cours des 10 prochaines années.

Ces différents programmes, qui se traduisent notamment par des incitants à l’achat de voitures électriques, engendrent une solide croissance de la demande pour ce type de véhicules.

C’est ainsi qu’en 2020, les ventes de voitures électriques dans le monde ont augmenté de 43% environ, à 3,2 millions d’unités, et ce dans un marché de l’automobile en déclin de 14%. La part de marché des voitures électriques a ainsi progressé à 4,2%. En la matière, l’Europe mène le bal, suivie de la Chine et des États-Unis.

Les trois puissances économiques représentent, à elles seules, 90% du marché des véhicules électriques. Globalement, il est attendu que le taux de pénétration des voitures électriques (pures électriques et plug-in hybrides) passe de 4% en 2020 à plus de 30% en 2030. Cette solide dynamique de croissance s’explique aussi par l’important élargissement de l’offre de voitures électriques de la part des constructeurs historiques, qui entrent enfin réellement dans l’arène, jusque-là propriété quasi exclusive de Tesla.

L’amélioration de l’autonomie des batteries, l’élargissement du réseau de bornes de recharge, ainsi qu’une relative démocratisation des «electric vehicles» se cachent également derrière la solide croissance de la demande de ceux-ci.

Une aubaine pour les équipementiers?

Intuitivement, nous pourrions penser que les grands gagnants de la transformation de l’industrie seront les équipementiers automobiles. En effet, la prévision de croissance à deux chiffres et l’augmentation de l’équipement par véhicule sont un très bon point de départ. Cela est toutefois sans compter sur une concurrence désormais accrue, et la guerre des prix qui pourrait en découler, avec l’arrivée de nouveaux acteurs due à l’électrification.

En effet, la pièce maîtresse du groupe motopropulseur d’une voiture est désormais la batterie. Cette dernière est plutôt la spécialité de sociétés chimiques, comme LG Chem ou CATL. Les équipementiers historiques étant contraints de se repositionner et de réaliser d’importants investissements pour tenter de prendre une part du gâteau. Valeo, par exemple, au travers d’une alliance avec Siemens, ambitionne d’atteindre plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec sa nouvelle activité dédiée aux groupes motopropulseurs électriques.

Par ailleurs, il n’est pas exclu que les constructeurs automobiles souhaitent fabriquer en interne les composantes jugées essentielles d’une voiture électrique. Parmi celles-ci, les batteries… La nouvelle stratégie dévoilée par Volkswagen a mis l’accent sur ce point. L’enjeu est à la fois de s’assurer un approvisionnement, mais aussi de maîtriser la conception du véhicule dans son ensemble.

D’un point de vue boursier, il conviendra donc d’être sélectif dans le choix de valeurs et d’opter pour les acteurs avec un positionnement adéquat dans ce nouveau paysage sectoriel. D’autant que les équipementiers se négocient d’une manière générale avec une prime de valorisation par rapport à leur moyenne historique.

Un segment pourrait néanmoins tirer son épingle du jeu. Il s’agit des fabricants de pneus. En effet, qui dit voitures électriques dit nouveaux types de pneus, et ce principalement en raison du poids plus élevé de ces voitures, mais aussi du couple instantané qu’elles produisent. Il s’agit donc d’optimiser à la fois la résistance de ces pneus à l’usure, sans pour autant perdre de vue le chapitre de la consommation (élément-clé lors de l’achat d’une voiture électrique), ainsi que les aspects liés à la tenue de route.

Ajoutons à cela un environnement concurrentiel qui demeure inchangé pour les pneumaticiens, et nous avons de bonnes raisons de penser que les Michelin, Pirelli et autres fabricants bénéficieront d’un «pricing power» certain, et donc de meilleures marges bénéficiaires à l’avenir…

Qu’en est-il des constructeurs automobiles?

Délaissés en bourse en 2018 et 2019, et frappés de plein fouet par la crise sanitaire en 2020, les constructeurs automobiles européens reviennent sur le devant de la scène, soutenus par les perspectives de croissance offertes par la mobilité électrique. Les constructeurs font néanmoins face à une transformation profonde de leur «business model», et il s’agit de prendre la bonne direction. Volkswagen a dernièrement annoncé sa nouvelle stratégie.

Le constructeur de Wolfsburg affiche de grandes ambitions dans l’électrique et se positionne vraisemblablement comme l’acteur le mieux placé dans la course-poursuite avec Tesla. D’ici 2030, VW souhaite que 50% de ses ventes soient composées de voitures entièrement électriques. Pour ce faire, de gros moyens seront déployés: lancement de deux nouvelles plateformes (châssis) dédiées entièrement aux voitures électriques, production de batteries et développement d’un logiciel maison pour optimiser l’«expérience» de conduite et anticiper l’avènement des voitures autonomes.

Les autres acteurs sont également actifs. Si les objectifs semblent similaires en termes de pénétration de véhicules électriques pour la décennie à venir (les contraintes en termes d’émissions imposées par l’UE tracent la voie), la manière d’y parvenir peut varier.

C’est ainsi que BMW privilégie jusqu’à présent des plateformes mixtes, à la fois utilisées pour les voitures électriques, plug-in hybrides et thermiques. Et fidèle à son ADN, le constructeur bavarois semble vouloir se concentrer uniquement sur la conception de moteurs électriques, et non sur les batteries. Daimler et Renault ont également de claires ambitions.

Quant à Stellantis (Peugeot, Fiat Chrysler), le groupe semble pour le moment accuser un retard dans le développement de sa gamme électrique.

D’une manière générale, et malgré la hausse des cours depuis le printemps 2020, la valorisation des constructeurs automobiles européens demeure attractive. Le secteur se négocie en effet encore sous sa valorisation moyenne historique. Les constructeurs se traitent à environ sept fois leurs bénéfices attendus et sous leurs valeurs comptables. S’ils parviennent à gérer cette nouvelle page de l’histoire de l’automobile, une ultérieure revalorisation boursière devrait se profiler à l’horizon.

Annexes

Évolution de l’indice actions Stoxx Europe 600 Automobiles & Parts  

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Prévision du taux de pénétration des voitures électriques par zone géographique  

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