PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Chronique financière

Les pérégrinations du commerce mondial



Jean-Yves Leborgne, portfolio manager, ING Luxembourg.  (Photo: Maison Moderne)

Jean-Yves Leborgne, portfolio manager, ING Luxembourg.  (Photo: Maison Moderne)

En 2020, le commerce mondial a connu une année étonnante. Il fut d’abord frappé de plein fouet par les confinements mis en place en Chine, puis dans le reste du monde. Cela avait conduit à une chute drastique des volumes, provoquant des difficultés importantes sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Après le choc initial, le commerce mondial s’est relevé de façon spectaculaire. D’une certaine manière, les restrictions sanitaires mises en place dans le monde, et toujours en vigueur dans la plupart des pays européens, ont constitué un choc positif pour le commerce des biens. En effet, les fermetures dans le secteur des services ont entraîné un transfert de certaines dépenses vers les biens de consommation. Toutefois, ce n’est pas le principal moteur de la reprise des volumes du commerce mondial, qui est plutôt à mettre sur le compte des biens intermédiaires (les intrants de l’industrie manufacturière) et des biens d’équipement (les machines utilisées par l’industrie, y compris les générateurs et les ordinateurs). Ces deux catégories de biens représentent environ deux tiers du commerce mondial.

La reprise dynamique et rapide de la Chine en 2020 et la très bonne forme du secteur industriel ont permis de relancer fortement le commerce mondial dans la seconde moitié de 2020. In fine, sur l’ensemble de l’année, la contraction s’est établie à 5% seulement. Et comme le secteur industriel se porte très bien à l’heure actuelle et n’a pas été affecté par la deuxième ou troisième vague du coronavirus en Europe, les perspectives pour le commerce mondial sont plutôt encourageantes en 2021.

En janvier 2021, à peine un porte-conteneurs sur trois atteignait sa destination au moment prévu, alors que ce chiffre est normalement supérieur à deux sur trois.
Jean-Yves Leborgne

Jean-Yves Leborgne,  portfolio manager,  ING Luxembourg

Des contraintes sur les capacités

Malgré une reprise forte de la demande, le commerce mondial reste actuellement un peu perturbé par des contraintes sur les capacités, notamment en ce qui concerne le transport maritime. Rappelons que plus de 80% du volume du commerce mondial se fait par voie maritime. Or, au début de la pandémie, les compagnies de transport maritime ont réduit leur capacité en retirant des navires des circuits habituels, mais face à la reprise vigoureuse à partir du second semestre 2020, le transport maritime s’est retrouvé confronté à des retards, des congestions dans certains ports et à des manques de conteneurs disponibles au bon endroit au bon moment. Cette pénurie de conteneurs a conduit à une très forte augmentation des prix du transport par conteneur, mais aussi à des retards de livraison qui ont mis en difficulté les chaînes d’approvisionnement. Rappelons-nous qu’en janvier 2021, à peine un porte-conteneurs sur trois atteignait sa destination au moment prévu, alors que ce chiffre est normalement supérieur à deux sur trois. Cette situation entraîne donc des inefficacités et des encombrements dans les ports, en plus des retards dans les livraisons.

Les mesures sanitaires ont conduit à un ralentissement de la vitesse de manutention portuaire. Malgré l’augmentation de l’offre de nouveaux conteneurs et le retour aux niveaux de capacité de transport maritime d’avant la crise sur les principales routes, la pression sur les coûts du transport maritime devrait rester importante dans les prochains mois. Ces perturbations, tant au niveau des prix que de la durée du transport, ont des impacts importants sur l’économie mondiale, notamment sur l’inflation, qui est poussée à la hausse par ces difficultés.

C’est dans ce contexte déjà compliqué pour les chaînes d’approvisionnement mondiales que le blocage récent du canal de Suez par un gigantesque porte-conteneurs a été un élément supplémentaire venant mettre à mal le commerce entre l’Europe et l’Asie, mais aussi l’ensemble du commerce mondial. Même si ce blocage temporaire ne devrait pas, à lui seul, avoir une gigantesque influence sur les volumes d’échange ou les chaînes d’approvisionnement (il représente tout de même 10% du commerce mondial en termes de tonnage), cet incident vient s’ajouter à toutes les difficultés déjà observées et pourrait donc conduire à de nouvelles perturbations sur les chaînes d’approvisionnement, et finalement avoir des implications négatives pour l’économie mondiale. Ce qui n’est pas non plus de nature à rassurer les marchés financiers, qui n’en demandaient pas tant…