ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Eric Busch (fondateur de Nexten.io)

«Il faut construire une communauté pour les tech»



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Pour Eric Busch, le manque de talents tech disponibles fait courir un risque de perte de maîtrise technologique en raison du recours à une sous-traitance informatique à l’étranger. (Photo: Nexten.io)

Nexten.io, la plate-forme de recrutement de profils tech, a lancé, mercredi, les «Tech Talks». Une nouvelle série d’événements dédiés aux tech pour les tech. Pas de marketing, mais l’idée de fédérer une communauté essentielle pour l’avenir de l’économie du pays.

La salle de l’espace de coworking du quartier Gare Silversquare affichait complet, à la surprise (agréable) de l’équipe de Nexten.io. Ce 23 octobre marquait en effet le lancement du premier de ses «Tech Talks». Une série d’événements qui s’adressent aux développeurs de logiciels et autres experts tech. Le mot d’ordre: parler de technologie, et que de technologie.

L’organisation de ce type d’événement peut paraître, a priori, paradoxale pour une communauté qui est censée être connectée en permanence. Que recherchent les professionnels des tech?

Eric Busch . – «Ce qu’ils fuient, c’est tout ce qui est commercial! Nous avons pensé ces événements autour du partage d’expérience, des bonnes pratiques. Ce n’est pas une communauté qui apprécie les grandes présentations unidirectionnelles livrées par un seul orateur. Les professionnels de la technologie veulent plutôt communiquer lors d’un tel événement. Ils sont plutôt ‘hands-on’. Nous lançons donc nos «Tech Talks» pour faire vivre une véritable communauté qui s’est constituée par l’intermédiaire de notre plate-forme de recrutement. Kasia Krzyzanowski a été recrutée pour faire vivre cette communauté au sein de notre équipe, qui compte actuellement une quinzaine de personnes.

Quel est le bilan intermédiaire de l’activité de Nexten.io?

«Les six derniers mois, nous avons réussi à faire venir 42 profils au Luxembourg, et nous comptons actuellement 90 sociétés inscrites sur notre plate-forme. Les profils des candidats nous parviennent de toute l’Europe, et nous voulons lancer nos activités à Bruxelles l’an prochain. Notre business model est basé sur la confiance, en évitant de submerger les candidats avec des offres ou des informations superflues. Le design a aussi été pensé pour que le processus de recrutement soit optimisé.

Notre proposition de départ était de mettre l’accent sur un besoin qui s’avère très rare sur le marché de l’emploi, et pourtant essentiel pour les entreprises: les profils de développeurs informatiques et de spécialistes technologiques. Quelque 600 postes pourraient être pourvus tout de suite, selon nos estimations. Encore faut-il disposer des profils ad hoc.

L’autre risque est de voir certaines entreprises choisir d’autres pays pour s’installer.
Eric Busch

Eric Busch,  fondateur,  Nexten.io

En attendant la solution de moyen terme qui est de former ces profils sur place et de susciter des vocations chez les jeunes – ce que nous soutenons activement –, nous avons pris le parti d’aller chercher les talents à l’étranger et de les faire venir ici.

Car le danger que nous observons chez certaines entreprises est de recourir à une sous-traitance dans des pays à moindre coût. Or, cette approche résulte surtout dans une perte d’emplois, de croissance et de maîtrise technologique pour notre pays. L’autre risque est de voir certaines entreprises choisir d’autres pays pour s’installer. Je pense au cas d’une entreprise qui souhaitait établir son quartier général européen ici, mais qui a in fine choisi Amsterdam en raison du vivier de talents tech disponible.

Le Luxembourg est-il attirant pour ces (jeunes) talents tech?

«Nous travaillons beaucoup sur l’image de marque du pays à notre niveau, en nous appuyant sur le ‘nation branding’. Le pays a bien entendu encore une image de marque de place financière, et pas forcément de ‘start-up nation’ comme d’autres villes à l’étranger. Comme il n’existait pas de véritable communauté autour de ces experts, hormis les initiatives autour de l’infrastructure ou encore de l’approche business autour des CIO par exemple, nous pensons que la création d’une communauté avec des événements comme celui que nous venons de lancer, ainsi qu’une grande conférence en 2020 ‘pour les gars en shorts et en T-shirt qui sont dans les algorithmes’, peut participer au changement de perception en faveur du pays.»