ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

TECH DAY DU LIST

Et si le Luxembourg avait un jumeau digital?



Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Claude Meisch, a fait le tour des 20 stands de démonstration des technologies développées au List, de l’environnement à la smart city en passant par l’industrie. (Photo: Paperjam)

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Claude Meisch, a fait le tour des 20 stands de démonstration des technologies développées au List, de l’environnement à la smart city en passant par l’industrie. (Photo: Paperjam)

Le nouveau patron du List, Thomas Kallstenius, a profité de la deuxième édition du Tech Day, jeudi à Belval, pour lancer l’idée d’un «jumeau digital du Luxembourg», comme il l’a fait lors de l’ICT Spring. Une idée qui s’insère parfaitement dans la stratégie du gouvernement.

En français, on appelle ça... un «buzzword». Comme tous les buzzwords, il fallait bien que le Luxembourg soit à son tour touché par ce concept de «digital twin», de jumeau digital, qui fait l’objet de nombreuses publications depuis le début de l’année.

Jeudi matin, à l’ouverture du deuxième Tech Day du Luxembourg Institute of Science and Technology (List), son nouveau CEO,  Thomas Kallstenius , a poliment appelé les pouvoirs publics à appuyer l’idée d’un tel jumeau, en présence du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche,  Claude Meisch , ou de la CEO de Luxinnovation,  Sasha Baillie .

«Prenons toutes les données disponibles et qui font du sens, et créons une copie digitale du Luxembourg. La taille du pays deviendrait un avantage. On ne peut pas le faire en Allemagne ni en France, et encore moins aux États-Unis! Cela permettrait de comprendre un certain nombre de problématiques, liées à l’énergie ou à la mobilité, de tester des solutions puis de les appliquer [dans le vrai Luxembourg]», a-t-il dit sur la magnifique scène de l’événement, entourée d’une vingtaine de stands de démonstration du savoir-faire des 600 chercheurs de l’Institut.

«Digital twin»? Le père de ce concept, Michael Grieves, l’a inventé... en 2002, à l’Université du Michigan, aux États-Unis, dans le cadre d’un cours sur le cycle économique de certains produits.

Basiquement, il consiste, dans le cadre du développement de l’internet des objets, à créer un double digital d’un produit, qui sera testé dans un environnement sécurisé pour vérifier qu’il fonctionne correctement. Avec l’explosion du nombre d’objets connectés, au départ surtout aux États-Unis, où les Américains étaient prêts à dépenser beaucoup plus que les Européens pour ces montres connectées ou pour ces assistants vocaux, Gartner a fait des digital twins un concept majeur en 2017, 2018 et 2019!

Trois exemples de jumeaux célèbres

 Avril 1970, la Nasa lance Apollo 13 depuis le Kennedy Space Center de Cape Canaveral. Le 13, deux jours après son lancement, un réservoir à oxygène explose et, sur Terre, les ingénieurs se lancent dans des scénarios catastrophes pour récupérer l’équipage indemne, le 17. Ça a été le point de départ de l’utilisation du concept, pour tout tester avant la mise en production de certains véhicules de l’espace. Quand ils arrivent de l’usine, ils sont équipés de capteurs de tous genres qui transmettent les informations à leurs jumeaux.

General Electric , le géant américain de l’électricité  et de certaines technologies pour l’eau s’est engagé il y a très longtemps dans cette voie, pour les mêmes raisons. Aujourd’hui, la société dispose de 1,2 million de jumeaux digitaux, deux fois plus qu’il y a trois ans,  raconte le Wall Street Journal . Chevron est en train de se lancer dans la même mécanique, jusqu’en 2024, après l’annonce de son partenariat avec Microsoft.

- Cette année, en février, le show le plus regardé de la télévision chinoise avait doublé ses quatre présentateurs vedettes de jumeaux numériques. Loin d’être «seulement» des copies numériques des vraies présentations, ObEN les avait équipés d’intelligence artificielle et de machine learning. On ignore ce que les faux présentateurs étaient capables de faire mieux que les vrais, mais le show a eu un beau succès d’audience: un milliard de téléspectateurs.

Deux tiers de sociétés de l’IoT

À l’heure actuelle, selon Gartner, 13% des organisations mettant en œuvre des projets IoT utilisent déjà des jumeaux numériques, tandis que 62% sont en train de mettre en place un tel système ou envisagent de le faire.

«Les résultats – surtout par rapport aux enquêtes précédentes – montrent que les jumeaux numériques commencent à être utilisés couramment», a déclaré Benoit Lheureux, vice-président de la recherche chez Gartner. «Nous avions prédit que d’ici 2022, plus des deux tiers des entreprises ayant mis en œuvre l’IdO auront déployé au moins un jumeau numérique en production. Nous pourrions atteindre ce nombre d’ici un an.»

Belval, déjà clonée

Sans même attendre de réactions officielles, le patron du List a lancé le mouvement de clonage, directement à Belval. Sur la scène de l’événement, jeudi, il montre ainsi comment certaines données sont récupérées et qui ont trait à l’électricité ou au chauffage de certains endroits.

En aparté, il indique que le Luxembourg serait le premier pays au monde à avoir son jumeau numérique. L’idée s’insère parfaitement avec les plans du gouvernement à plus d’un titre. D’abord, le pays accueille la première e-embassy au monde, celle de l’Estonie, puis bientôt celle de Monaco. Ces digital twin embassy ont la particularité d’arriver déjà prêtes en termes de préparation des données.

S’il voulait persister sur la voie du «first move», le Luxembourg devrait créer une architecture pour héberger les données, de plus en plus de données, qui pourraient permettre, avec le HPC, de calculer toutes sortes de scénarios avant d’appliquer le plus efficace à la vie réelle. De quoi faciliter la mobilité ou la gestion de l’eau ou de l’électricité, mais les applications peuvent être très nombreuses.

Le leadership contre le Vuca World

«Chez moi, le matin, quand je me lève, je prends ma douche. Puis je mets le café en route. Et je pars. Imaginez que la gestion du trafic pourrait être conditionnée par le déclenchement de la douche», avance sur scène M. Kallstenius. «Le Luxembourg pourrait devenir un testbed, un living lab, avec une bonne dose d’intelligence artificielle. Et les données pourraient servir aux chercheurs, aux décideurs politiques, aux sociétés et aux citoyens. Vous pourriez même dire à certains acteurs 'Venez essayer votre solution puis allez conquérir le monde' c’est un rêve et à Belval, nous y travaillons».

«Installez des milliers de capteurs, mais ne croyez pas que la technologie va résoudre tous les problèmes», l’a encouragé la guest star de l’événement. Auteur de «The day after tomorrow», le gourou Peter Hinssen, a invité à répondre aux dangers du «Vuca World» par le leadership au terme d’une passionnante keynote. «Si rien ne change dans une banque, c’est que 99% des gens font comme ils ont toujours fait que le pourcent qui reste dépense son énergie à essayer de se faire entendre des 99%.»

L’acronyme Vuca cache «Volatile, Uncertain, Complex and Ambiguous» et est utilisé par l’armée américaine.

20 prototypes et trois partenariats

Le Tech Day est aussi l’occasion de se rendre compte combien les chercheurs travaillent sur des projets très concrets, d’un microscope à la résolution record aux roues capables de détecter la qualité de l’air, en passant par les drones qui peuvent surveiller les maladies qui touchent les vignobles, les robots qui peuvent créer des cartes digitales à l’intérieur des bâtiments ou ce simulateur de problèmes nucléaires pour entraîner les industriels ou les secouristes.

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Claude Meisch, a mis les lunettes de réalité virtuelle pour tester la radioactivité, par exemple, à partir des simulateurs créés par les chercheurs. Des outils d’entraînement industriels ou pour les secouristes. (Photo: Paperjam)

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Claude Meisch, a mis les lunettes de réalité virtuelle pour tester la radioactivité, par exemple, à partir des simulateurs créés par les chercheurs. Des outils d’entraînement industriels ou pour les secouristes. (Photo: Paperjam)

Vingt stands et autant de prototypes étaient exposés, tandis que les orateurs se succédaient sur la scène centrale.

À l’occasion du Tech Day, le List a signé trois nouveaux partenariats de recherche avec des acteurs privés: avec Polygone autour de la gestion des déchets, avec Blue Horizon, société de l’espace sur des applications de biotechnologies environnementales et avec The Probiotic Company sur de nouveaux microbes nettoyeurs.