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Émissions de CO2: les inégalités s’accroissent



«Depuis 1990, les émissions du top 1% ont augmenté plus vite que n’importe quel autre groupe du fait de la hausse des inégalités économiques à l’intérieur des pays et de la forte teneur en carbone de leurs investissements», constate l’étude de l’École d’économie de Paris. (Photo: Shutterstock)

«Depuis 1990, les émissions du top 1% ont augmenté plus vite que n’importe quel autre groupe du fait de la hausse des inégalités économiques à l’intérieur des pays et de la forte teneur en carbone de leurs investissements», constate l’étude de l’École d’économie de Paris. (Photo: Shutterstock)

Les inégalités en termes d’émissions de CO2, si elles sont très importantes entre pays, le deviennent encore plus en leur sein même, selon une étude de l’École d’économie de Paris. Cela devrait amener les décideurs politiques à demander des efforts, en particulier à cette minorité de gros émetteurs.

Les inégalités en termes d’émissions de gaz à effet de serre se situaient à l’origine surtout entre pays (l’Amérique du Nord et l’Europe sont à l’origine de la moitié des émissions depuis la révolution industrielle). Elles existent désormais principalement à l’intérieur des pays eux-mêmes, constate une étude du Laboratoire sur les inégalités mondiales de l’École d’économie de Paris dirigée par Lucas Chancel et publiée jeudi 21 octobre.

Au niveau mondial, en 2019, une personne émet en moyenne 6,6 tonnes de CO2 par an. Mais le top 10% des plus gros émetteurs (771 millions d’individus) en émet 31 tonnes, soit 48% des émissions au niveau mondial. Le top 1% émet quant à lui 110 tonnes par an, soit 17% des émissions mondiales.

De leur côté, les 50% de personnes les moins émettrices (3,8 milliards d’individus) n’en consomment en moyenne que… 1,6 tonne par an, ce qui correspond à 12% des émissions mondiales.

Accélération des inégalités

Le problème est que ce phénomène inégalitaire s’accélère. «Depuis 1990, les émissions du top 1% ont augmenté plus vite que n’importe quel autre groupe du fait de la hausse des inégalités économiques à l’intérieur des pays et de la forte teneur en carbone de leurs investissements», constate l’étude. Qui confirme d’ailleurs les résultats d’une étude d’Oxfam et de l’Institut de l’environnement de Stockholm publiée le 8 décembre 2020.

Dans le même temps, les émissions par personne de la moitié la plus pauvre de la population mondiale n’ont que modérément augmenté: de 1,2 tonne de CO2 par individu à 1,6 tonne. «Le milliard de personnes les plus pauvres émettent moins d’une tonne de CO2 par personne et par an», ajoute même l’étude. Ainsi, le niveau global d’émissions de ce 50% est resté, comme en 1990, quatre fois inférieur à la moyenne.

Empreinte carbone en baisse

Le phénomène est encore plus marquant dans les pays riches, où l’empreinte carbone de la moitié la plus pauvre a diminué depuis les années 1990. Dans des pays comme la France, l’Allemagne, les États-Unis et le Royaume-Uni, le niveau actuel d’émissions de cette moitié la plus pauvre est même très proche des objectifs climatiques fixés pour 2030, remarque l’étude.

«Dans ces pays, les efforts politiques doivent donc se concentrer sur la réduction des niveaux d’émissions du top 50% de la population, et en particulier du top 10%», recommande donc l’étude.

Au Luxembourg, le niveau d’émissions du top 10% des plus gros émetteurs atteint en moyenne 132,3 tonnes de CO2 par personne et par an. Bien au-dessus des États-Unis (74,7 tonnes), mais aussi de la Belgique (49,8), de l’Allemagne (34,1) ou de la France (24,7).

Cet article a été rédigé pour la newsletter Paperjam Green, le rendez-vous mensuel pour suivre l’actualité en matière d’environnement, de climat, de mobilité, de RSE et de green finance. Abonnez-vous ici.