POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

François Benoy (député Déi Gréng)

«Député est un boulot à plein temps»



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François Benoy: «C’est simple de dire qu’on est pour le climat, la durabilité, de prétendre qu’on est pour le bio ou contre le plastique, sans pour autant créer d’alternatives.» (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne)

Député Déi Gréng et conseiller communal de la Ville de Luxembourg, François Benoy était, cette semaine,  l’invité de la rédaction de Paperjam pour partager un petit-déjeuner. L’occasion d’évoquer plusieurs thèmes d’actualité.

François Benoy aurait pu devenir journaliste. Il a d’ailleurs travaillé un temps chez RTL. Mais sa carrière a pris d’autres voies.

Celle du monde associatif, d’abord, au sein de natur&ëmwelt. «Les postes sont rares dans ces structures. Quand j’ai su qu’il y en avait un de libre, j’ai donc postulé. La question de l’écologie est celle qui, déjà, me préoccupait le plus. Dans ma vie personnelle, je vis l’écologie depuis toujours: je n’ai pas de voiture, je suis végétarien...», confie-t-il à la rédaction de Paperjam.

Puis, de la politique, ensuite. C’est à l’occasion d’une réunion chez Déi Gréng qu’il décide de s’engager pour les élections communales de 2011. Aurait-il pu être séduit par une autre formation politique? Sans doute que non, «car il n’y a pas d’autres partis qui se préoccupent de la question environnementale, climatique ou de la protection de la nature d’une manière aussi conséquente. C’est simple de dire qu’on est pour le climat, la durabilité, de prétendre qu’on est pour le bio ou contre le plastique, sans pour autant créer d’alternatives. L’important est de s’engager ensuite dans des actions politiques.»

Il n’est pas élu directement suite au premier scrutin. Mais siège à partir du moment où François Bausch est appelé au gouvernement, en 2013. Il est réélu en 2017.

Revaloriser le rôle de parlementaire

En octobre 2018, il entre à la Chambre des députés. Un vrai tournant, cette fois, car il quitte son emploi. «À mon avis, être député est un boulot à plein temps», estime-t-il. Or, le congé politique n’est que de 20 heures. «Je pense qu’il faudra discuter de cela», analyse François Benoy.

«Je suis membre de sept à huit commissions à la Chambre: cela prend du temps, il faut se rendre à beaucoup de réunions, préparer de nombreux dossiers. Il est nécessaire de revaloriser le rôle de parlementaire. Si la plupart des initiatives législatives viennent du gouvernement, c’est parce que nous n’avons pas assez de temps. De même pour les échevins et les bourgmestres de grandes communes, qui ont beaucoup de missions et de responsabilités.»

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François Benoy: « On essaie de ne pas seulement accepter ou refuser, mais aussi d’avoir des revendications claires, de proposer des alternatives. » (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne)

Au conseil communal de la Ville de Luxembourg, Déi Gréng – dont il est le chef de groupe depuis que Sam Tanson a été appelée au gouvernement – a été renvoyé dans l’opposition. Une situation qu’il veut constructive. «On essaie de ne pas seulement accepter ou refuser, mais aussi d’avoir des revendications claires, de proposer des alternatives. On tient une ou deux fois par an des conférences de presse où on développe notre vision, en exposant ce qu’on veut améliorer, mais aussi comment le faire», note-t-il.

Ce fut le cas, en ce qui concerne le projet d’urbanisation d’un terrain public de 10 hectares route d’Arlon, où une large participation citoyenne fut réclamée. «La Commune a repris en partie cette idée», relève François Benoy. «Cet exercice, nous l’avons aussi fait dans le domaine scolaire. Ou pour les déchets: la population est prête à davantage s’investir en termes de recyclage, et nous voulons encourager le conseil échevinal à aller plus loin.»

Des subsides pour les agriculteurs bio

L’agriculture fait évidemment partie des matières de prédilection du député Benoy. «Les agriculteurs vivent uniquement de subsides et ont des contraintes bureaucratiques énormes. Il faut leur donner une nouvelle vision et, pour cela, une nouvelle direction claire à l’agriculture. Ce dont le nouveau ministre Romain Schneider a conscience», note-t-il.

Et si, actuellement, la part du bio dans l’agriculture luxembourgeoise est de 3 ou 4%, le gouvernement a des objectifs très ambitieux: atteindre 20% de production bio d’ici 2025.

«Comme le bio n’est pas plus rentable pour l’agriculteur, il faut augmenter les subsides pour celui qui veut se lancer», explique François Benoy. «Et cela permettra de remplir d’autres objectifs en parallèle, comme la protection des sols, de l’eau, des insectes ou de la biodiversité en général.»

Les coopératives d’habitants aussi sont un modèle fascinant.
François Benoy

François Benoy,  député,  Déi Gréng

Investi dans les nouvelles formes d’habitation

Le député vert est aussi sensible à la question des nouvelles formes d’habitation, notamment l’habitat participatif, intéressant pour valoriser les Baulücken, des parcelles constructibles, mais encore non exploitées: «Il est compliqué pour la Ville de créer des logements sur ces parcelles, parce qu’il faut beaucoup de main d’œuvre», explique-t-il. «Mais si on la confie à un groupement d’habitations, les gens s’en occupent et, par le biais du bail emphytéotique, on peut veiller à ce que cela revienne dans le domaine public après plusieurs générations.»

«Les coopératives d’habitants aussi sont un modèle fascinant», continue le député Déi Gréng. «La plus-value reste dans la coopérative, et l’argent est réinvesti pour d’autres projets. C’est vraiment dans l’esprit de redistribution et de création d’une plus-value utile à la société.»

Dans un avenir proche, le député aimerait être rapporteur sur deux lois qui seront discutées prochainement à la Chambre: la loi sur les forêts, dont le domaine est actuellement régi par un texte vieux d’une centaine d’années, et la nouvelle loi sur la pêche, «très intéressante, notamment en ce qui concerne la qualité de l’eau».