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Daniel Reuter et Lisa Kohl aux Rencontres d’Arles 2021



«Erre» et «Providencia» sont les deux propositions artistiques présentées dans le cadre des Rencontres d’Arles au cours de cet été. (Photo: Bunker Palace)

«Erre» et «Providencia» sont les deux propositions artistiques présentées dans le cadre des Rencontres d’Arles au cours de cet été. (Photo: Bunker Palace)

Les Rencontres d’Arles sont le plus important festival de photo en Europe. Grâce à l’initiative de Lët’z Arles, des artistes issus de la scène luxembourgeoise peuvent y présenter un projet dans la chapelle de la Charité. Pour l’édition 2021, c’est Daniel Reuter et Lisa Kohl qui ont cette opportunité.

Daniel Reuter et Lisa Kohl ont beaucoup de chance, dans le fond. Après avoir été sélectionnés par un jury international en 2019, ils auraient dû exposer leur projet aux Rencontres d’Arles au cours de l’été 2020. Mais la pandémie est passée par là, et l’édition 2020 des Rencontres a été annulée… «Pour nous, il nous semblait évident que nous devions poursuivre le travail avec ces deux artistes et proposer à nouveau leur exposition à la direction des Rencontres en 2021», explique Florence Reckinger-Taddeï, présidente de Lët’z Arles. Mais, entre-temps, la direction du festival a aussi changé, Sam Stourdzé – parti pour prendre la direction de la Villa Médicis – laissant sa place à Christoph Wiesner.

«Par chance, Christoph Wiesner était membre de notre jury en octobre 2019, alors en tant que directeur artistique de Paris Photo. Il connaissait déjà le travail de Daniel Reuter et Lisa Kohl et avait apprécié leur projet présenté au jury. Il n’a donc pas été trop difficile de faire accepter cette proposition par le nouveau directeur», avoue, soulagée, la présidente de l’association.

Un lieu pour deux propositions

Pour la quatrième année, les artistes issus de la scène luxembourgeoise ont la possibilité de penser une exposition spécifiquement conçue pour la chapelle de la Charité, située dans le centre d’Arles, «un lieu atypique, qui nécessite un projet adapté», souligne Florence Reckinger-Taddeï. Cette exposition est présentée dans le cadre de la programmation associée des Rencontres d’Arles.

Daniel Reuter (né en 1976) y développe «Providencia», accompagné par la commissaire Michèle Walerich. Ce titre fait référence à la fois à un quartier de Santiago du Chili et à l’intervention de Dieu dans l’univers. S’appuyant sur le décor urbain de ce quartier, à travers des détails architecturaux, des structures de fortune, arbres et feuillages, clôtures de chantier, Daniel Reuter questionne l’identité de ce territoire et de ses occupants, marqués par des décennies de troubles politiques, suivies d’une modernisation rapide, laissant place aujourd’hui à de nouveaux systèmes culturels et économiques. Pour exprimer cela, il a imaginé une installation, une structure hexagonale de panneaux en plexiglas fixés dans des cadres en aluminium, qui accueillent les photos à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de cette structure, créant une connexion visuelle entre les images et l’intérieur de la chapelle.

Daniel Reuter (Photo: Kari Sverriss)

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Javiera (de la série «Providencia»), 2020 (Photo: Daniel Reuter)

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Sans titre (de la série «Providencia»), 2016 (Photo: Daniel Reuter)

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Sans titre (de la série «Providencia»), 2019 (Photo: Daniel Reuter)

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«Cette série résonne fortement avec le lieu de l’exposition: la chapelle de la Charité. En dehors du dogme religieux, les églises servent traditionnellement de lieux de réflexion et d’introspection – deux aspects que je conçois comme inhérents à cette série de photographies. Le titre de la série décrit un lieu, à la fois réel et imaginaire. Une définition plus poussée le lie aux concepts religieux. Je crois que cette lecture sémantique de ‘Providencia’ permet un dialogue intrigant entre le lieu et les œuvres exposées», explique Daniel Reuter.

Lisa Kohl (Photo: Romain Girtgen, CNA)

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SHELTER, Los Angeles, États-Unis, 2019 (Photo: Lisa Kohl)

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SHELTER, Los Angeles, États-Unis, 2019 (Photo: Lisa Kohl)

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HAVEN, capture d’écran, installation vidéo-sonore, 2021 (Photo: Lisa Kohl)

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 Test de la vidéo-projection sur le plafond de la Chapelle de la Charité à Arles. (Photo: Lët’z Arles)

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«Erre» est le titre choisi par Lisa Kohl (née en 1988) pour sa participation. Son point d’intérêt est tout autre puisqu’elle s’intéresse à la relation entre la création artistique et la réalité sociale, côtoie des personnes qui vivent dans des conditions précaires, des marginaux. Ses œuvres parlent de fuite, d’exil, de survie, d’absence… D’un propos social, Lisa Kohl parvient à réenchanter le monde grâce à une esthétique poétique de l’image. Pour l’exposition à Arles, accompagnée dans sa réflexion par Danielle Igniti, elle présente une installation qui regroupe trois ensembles d’œuvres. L’un deux, «Haven», est une spectaculaire projection sur le plafond de la chapelle, des images de la mer Méditerranée au ralenti, évoquant tout à la fois le renversement entre le ciel et la mer, et le lien à l’iconographie chrétienne, mais renvoie aussi vers cette mer tragique, lieu de noyade de personnes en quête de protection et de survie.

«Lisa Kohl fait preuve de beaucoup de sensibilité et réussit à nous montrer un monde dur et difficile en donnant une voix et une présence à des personnes oubliées et invisibles. C’est un travail qui lie l’engagement social et la recherche esthétique de façon admirable. L’artiste conduit le spectateur à s’interroger sur ses frontières mentales, sur sa peur, et l’amène avec douceur à écouter et à voir l’autre», explique Danielle Igniti.

Des extensions à l’exposition

En plus de cette exposition, les artistes ont aussi la possibilité de réaliser une publication.

Pour Lisa Kohl, ce sera la première fois qu’une telle occasion se présente. Ce livre devient donc le témoin de son début de carrière et est l’opportunité de présenter d’autres œuvres que celles sélectionnées pour les Rencontres.

Pour Daniel Reuter, la situation est autre puisque c’est déjà son quatrième ouvrage. Ce dernier est publié chez Skinnerboox, une maison d’édition italienne spécialisée en photographie. «Le souhait de l’artiste était de créer un ouvrage indépendant, dont la forme s’articulerait autour des spécificités de l’espace du livre, au-delà de l’exposition développée pour la chapelle de la Charité», détaille Michèle Walerich. C’est ainsi qu’a été imaginé un livre qui associe plusieurs papiers, transparences et textures. Le chemin de fer est rythmé par une suite de vues urbaines, de détails d’architecture et de végétaux, de portraits et de paysages, et offre une expérience immersive et dense qui défie le regard.

Enfin, pour celles et ceux qui n’auraient pas l’occasion de se déplacer à Arles cet été, un retour de «Providencia» et «Erre» est d’ores et déjà programmé à la Konschthal Esch à l’automne 2021.

Les Rencontres d’Arles , du 4 juillet au 26 septembre