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Combien gagnent les dirigeants



Stanislas Dutreil: «L’environnement salarial grand-ducal est très particulier car fortement dépendant de l’offre et de la demande. Les salaires peuvent donc évoluer très vite. Il n’est donc pas évident d’établir une ‘vérité salariale’.» (Illustration: Sofia Azcona)

Stanislas Dutreil: «L’environnement salarial grand-ducal est très particulier car fortement dépendant de l’offre et de la demande. Les salaires peuvent donc évoluer très vite. Il n’est donc pas évident d’établir une ‘vérité salariale’.» (Illustration: Sofia Azcona)

CEO, CIO, DRH, CFO… Ces personnes occupent des fonctions stratégiques au sein de l’entreprise qui les emploie. Avec des rémunérations en conséquence…

Qu’il s’agisse du directeur général, des systèmes d’information, des ressources humaines, des finances ou encore de la production, les membres du comité de direction d’une entreprise jouent chacun un rôle-clé dans le développement de celle-ci.

Cette mission qui leur est confiée s’accompagne d’une rémunération en cohérence avec les responsabilités qu’ils assument. Réputés souvent juteux, les salaires des profils dirigeants au Luxembourg sont loin d’être uniformes.

«Dans d’autres pays, comme en France par exemple, il existe une grille salariale assez conventionnelle, avec des rémunérations précises associées à chaque fonction exercée. Au Luxembourg, il est beaucoup plus difficile de donner de tels chiffres, confie ­Stanislas Dutreil, managing director du ­cabinet de recrutement Badenoch + Clark Luxembourg. L’environnement salarial grand-ducal est très particulier car fortement dépendant de l’offre et de la demande. Les salaires peuvent donc évoluer très vite. Il n’est donc pas évident d’établir une ‘vérité salariale’.»

Entre 150.000 et 300.000 euros pour un CEO

De grandes tendances se dégagent néanmoins. Ainsi, le CEO d’une entreprise peut gagner entre 150.000 et 300.000 euros brut par an, hors avantages. Un directeur des ressources humaines touche quant à lui entre 90.000 et 130.000 euros dans des structures de taille moyenne, une rémunération qui peut monter à 170.000-180.000 euros dans les grands groupes.

Dans l’industrie, un directeur de la supply chain empoche entre 80.000 et 110.000 euros, tandis qu’un directeur des achats est payé entre 90.000 et 140.000 euros.

En termes de rémunération, ces fonctions sont souvent sous-valorisées par rapport aux économies qu’elles permettent ­d’offrir à l’entreprise.

Annie Burton,  manager de la division Banking & Financial Services,  Badenoch + Clark Luxembourg

«En termes de rémunération, ces fonctions sont souvent sous-valorisées par rapport aux économies qu’elles permettent ­d’offrir à l’entreprise», précise Annie Burton, manager de la division Banking & Financial Services de Badenoch + Clark Luxembourg. Le directeur d’un site de production peut, lui, s’appuyer sur une enveloppe de 130.000 à 140.000 euros. À cette fonction, ce sont les industries de l’agroalimentaire et de l’automobile qui se révèlent les plus attractives, avec des salaires moyens compris entre 180.000 et 190.000 euros.

L’écart type est plus important pour les CIO et les directeurs commerciaux, dont les salaires varient fortement en fonction du secteur dans lequel ils opèrent. Un directeur des systèmes d’information pourra ainsi s’attendre à un salaire compris entre 90.000 et 110.000 euros dans une PME, et jusqu’à 200.000-210.000 euros dans une filiale d’un groupe international coté en bourse. Le directeur commercial se verra octroyer autour de 120.000-130.000 euros dans l’industrie, 150.000-160.000 euros dans l’IT et jusqu’à 300.000 euros dans la finance.

Jusqu’à 50% de part variable

Au-delà du salaire, la rémunération des profils dirigeants comprend divers avantages, tels que la mise à disposition d’un véhicule de société, des participations en capital, des warrants, des bonus sur performances ou encore un plan de pension.

«Ces dernières années, nous constatons une augmentation de la partie variable par rapport au fixe. Cette dernière peut représenter, dans certains cas, entre 30 et 50% de la rémunération globale du dirigeant, confie Laurent Chapelle , general manager de RH Expert. On remarque aussi de plus en plus que la rémunération intègre des avantages pour la famille.»

Au sein des grands groupes par exemple, la rémunération s’accompagne souvent d’une offre de package intégrant la mise à disposition d’un appartement en ville et la prise en charge des frais d’inscription à l’école pour les enfants. «Il s’agit d’un véritable accompagnement à la mobilité, destiné à minimiser les risques, pour la famille, d’une installation à Luxembourg», complète Stanislas Dutreil.

La taille et le chiffre d’affaires de la structure influencent la rémunération: plus ils sont importants, plus elle a tendance à être élevée.

Annie Burton,  manager de la division Banking & Financial Services,  Badenoch + Clark Luxembourg

Les chiffres évoqués ci-dessus constituent bien sûr des moyennes. La rémunération des dirigeants varie en effet en fonction de ­plusieurs facteurs. «Comme mentionné, on rencontre bien sûr des différences sectorielles. De manière générale, le secteur financier et bancaire, par exemple, rémunère davantage ses collaborateurs», précise Annie Burton.

D’autre part, «la taille et le chiffre d’affaires de la structure influencent la rémunération: plus ils sont importants, plus elle a tendance à être élevée», ajoute Laurent Chapelle. Le périmètre des responsabilités et les missions confiées, les résultats attendus, le background technique du candidat ainsi que les langues qu’il parle entrent également en jeu. Parallèlement, le parcours international, mais ­également l’expertise locale, la connaissance du marché luxembourgeois – tout particulièrement dans la conformité et le risque – sont extrêmement valorisés. Enfin, le fait que la direction de l’entreprise soit au Luxembourg ou à l’étranger influence la donne.

Le middle management parfois mieux payé

Ces rémunérations, bien que très attractives, n’atteignent pas les niveaux que l’on peut rencontrer dans d’autres capitales européennes, telles que Londres ou Berlin. «Le Luxembourg rémunère extrêmement bien les profils qui disposent d’environ 3 à 7 ans d’expérience, explique Stanislas Dutreil. Il s’agit en effet de profils pour lesquels le pays manque de candidats. Si les entreprises installées au Luxembourg veulent les attirer, il faut que la rémunération suive.»

Si les salaires peuvent donc monter très vite en début de carrière, ils ont, par la suite, davantage tendance à stagner. Un expert informatique dans un domaine de niche, par exemple, peut être mieux payé qu’un CIO, tout simplement parce que le pays manque cruellement de tels profils.

«Après avoir été attirés au Luxembourg par une rémunération intéressante, les candidats sont très souvent séduits par la qualité de vie que le pays leur offre. Ils apprécient de pouvoir évoluer dans des entreprises disposant d’une vision plus souvent européenne que nationale, et au sein desquelles ils sentent qu’ils peuvent avoir un réel impact, influer sur les décisions. Ils veulent donc y rester. Or, le turnover dans les fonctions dirigeantes étant faible, les offres pour ces profils sont plus rares qu’il n’y a de demandes. À l’exception du secteur financier, on observe donc moins cette ‘course au salaire’ dans les fonctions dirigeantes», explique Annie Burton.

On a par exemple vu, ces dernières années, des augmentations de salaire de 30% en six mois.

Stanislas Dutreil,  managing director,  Badenoch + Clark Luxembourg

Les salaires des fonctions dirigeantes ne régressent pas pour autant, loin de là. «Ils ont suivi la tendance générale, c’est-à-dire une forte inflation, tous secteurs confondus», commente Laurent Chapelle. «On a par exemple vu, ces dernières années, des augmentations de salaire de 30% en six mois», complète Stanislas Dutreil. La crise sanitaire du Covid-19 pourrait cependant changer la donne.

«On ne sait pas encore exactement quel sera son impact pour les entreprises luxembourgeoises. Mais si elles doivent réaliser des économies d’échelle, les restrictions de coûts affecteront très certainement les salaires. Dans ce contexte incertain, les entreprises seront sûrement plus prudentes et attentives à leur masse salariale dans les prochains mois, mais cette approche ne durera pas sur le long terme», conclut Stanislas Dutreil.