PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CHRONIQUE DES CHEFS ÉCONOMISTES

Clap de fin pour les résultats du 3e trimestre



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Olivier Goemans: «Si les États-Unis et la Chine font machine arrière sur les droits de douane, l’économie dans son ensemble devrait, à terme, en bénéficier.» (Photo: Bil)

La saison de la publication des résultats du troisième trimestre arrive à son terme: 90% des entreprises ont déjà publié leurs chiffres aux États-Unis, et 75% en Europe.

Durant cette période, les investisseurs s’intéressent traditionnellement aux écarts, positifs comme négatifs, entre les prévisions des analystes et les résultats publiés, notamment pour les entreprises les plus en vue. Ils cherchent ensuite des entreprises offrant des produits et modèles économiques similaires ou affectés par les mêmes facteurs, dont le cours de l’action pourrait suivre une trajectoire analogue.

Aux États-Unis, les indices boursiers ont atteint de nouveaux records historiques, bien que la croissance des bénéfices en glissement annuel ressorte en baisse sur trois trimestres consécutifs. Si rendements et bénéfices peuvent être décorrélés à court terme, l’évolution des résultats constitue généralement un vecteur-clé de performance boursière. À l’heure actuelle, les actions tirent principalement parti de la «main invisible» des banques centrales et des espoirs de paix commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Les résultats ont également joué un rôle, mais l’attention se porte plus sur leur valeur relative (dans quelle mesure les montants publiés par les entreprises sont au-dessus, ou au contraire en dessous des prévisions) que leur valeur absolue. Au troisième trimestre, les entreprises semblent avoir dépassé avec une certaine facilité le niveau relativement faible des attentes.

États-Unis: la consommation reste la locomotive de l’économie

75% des entreprises américaines ont fait mieux que les prévisions des analystes, avec un écart positif cumulé de 4,6%. Aux États-Unis, la consommation est le principal moteur de l’économie et bénéficie de la robustesse persistante du marché du travail. La saison des résultats a reflété cette réalité, le secteur des biens de consommation présentant le taux le plus élevé d’entreprises qui ont dépassé les estimations.

La consommation a également contribué à améliorer les résultats des banques, avec certains chiffres satisfaisants, alors que la faiblesse des taux d’intérêt continue pourtant de pénaliser lourdement ce secteur. Nombre de grandes banques (78%) ont publié des résultats meilleurs que prévu, grâce à la contribution positive des activités de crédit à la consommation (cartes de crédit, crédits automobiles, etc.).

De leur côté, les secteurs des matériaux (52%) et l’énergie (56%) ont pesé sur le pourcentage global des entreprises ayant publié des résultats supérieurs aux attentes.

Europe: prévisions dépassées, mais en baisse

La situation est différente en Europe. À ce stade, seuls 56% des entreprises ont publié des résultats supérieurs aux attentes, un taux qui s’élève à 60% pour le chiffre d’affaires. Les résultats se contractent de 0,5% sur un an en valeur absolue, et l’écart positif global par rapport aux prévisions est modeste, à 2,2%. Les secteurs des matériaux et de la finance sont nettement à la traîne.

Les prévisions des analystes pour 2020 sont plutôt élevées, tablant sur une croissance des résultats de 10,2% aux États-Unis et de 8,5% en Europe, l’essentiel de cette hausse étant attendue au second semestre. Les entreprises pourraient avoir du mal à répondre à ces attentes optimistes en l’absence d’embellie sur le front macroéconomique. Sur une note plus positive toutefois, les indices mondiaux de l’activité manufacturière sont stables depuis maintenant trois mois et nous n’anticipons pas de récession imminente.

Si les États-Unis et la Chine font machine arrière sur les droits de douane, l’économie dans son ensemble devrait, à terme, en bénéficier. Par ailleurs, l’élection présidentielle américaine s’annonçant comme le point d’orgue de l’année 2020, Donald Trump mènera très probablement des politiques propres à satisfaire les entreprises américaines. En outre, s’agissant des effets de base, la barre à franchir pour dépasser les résultats du troisième trimestre est relativement basse.