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Chronique financière

La bulle sur les actions américaines atteint les 13%



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Jacques Chahine, président JAJ Investment Group. (Photo: Maison Moderne / Archives)

Chaque jour, l’indice S&P 500 bat un nouveau record historique dépassant allègrement le seuil des 3.000 points pour se rapprocher des 3.100 points.

Les intervenants n’en finissent pas de saluer l’espoir d’un accord dans la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis et continuent de surfer sur les baisses récentes des taux des banques centrales. Mais la baisse des taux courts a eu pour effet d’augmenter les taux longs et la courbe s’est repentifiée de façon remarquable, comme on le voit sur la courbe violette ci-dessous.

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Retour vers une pente normale de la courbe des taux (Source: FactSet)

La contrepartie de ce mouvement est la tension observée sur les taux longs à 10 ou 30 ans. Par rapport au point bas de 2% atteint sur les treasury bonds à 30 ans, on est à 2,43%. Les détenteurs de ces papiers ont perdu 9% de leur valeur en 2 mois! Alors que les actions gagnaient 3%. La récente repentification de la courbe signifie que le marché attend maintenant une hausse des taux de la Fed, ce qui ne présage rien de bon pour les actions en général, sauf si l’économie montre des signes de croissance robuste.

Or c’est le contraire qui se produit et on assiste depuis plusieurs mois à un effritement des perspectives de croissance, grâce au génie de Trump qui entraîne une contraction significative des échanges mondiaux et un recul de la croissance mondiale qui est passée d’une prévision de 3,2% à 2,8% (chiffres en devises et non en pouvoir d’achat du FMI). Par exemple, la croissance américaine cette année sera de 2,3% contre 2,5% récemment et celle de 2020 est à 1,7%. La zone euro est passée d’une prévision de 1,5% à 1,1% et l’Allemagne de 1,3% à 0,6%. La guerre commerciale a fortement affecté l’activité manufacturière (dont dépend l’Allemagne) avec des indices PMI et ISM qui se sont effondrés partout dans le monde, les services résistant un peu mieux mais en recul quand même.

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Les indices d’activité manufacturière en fort recul (Source: FactSet)

Les profits des sociétés n’ont pas aidé le marché non plus. Ils sont en léger recul cette année et n’ont pas arrêté d’être revus à la baisse. On est intoxiqué par les médias financiers qui parlent des exploits de certains groupes mais passent rapidement sur les déboires d’autres sociétés, comme tout le secteur de l’énergie, IBM, Micron, et surtout Boeing avec ses déboires du 737 Max. Ce sont d’énormes profits qui se sont évaporés. Même Amazon a vu ses profits en recul. Les perspectives de profits en 2020 sont fortement revues à la baisse au rythme de 1,6% sur 2 mois et les 9% prévus pour 2020 sont très largement surévalués.

Malgré cet environnement, les performances boursières sont remarquables, emmenées par la baisse des taux un peu partout. Dans beaucoup de régions, ils sont négatifs et ont donc poussé les investisseurs à prendre des risques. La hausse mondiale des cours incluant les dividendes est à 23,5% en monnaie locale, et les États-Unis restent en tête des hausses, sans compter l’avantage devise qui a augmenté le rendement pour un investisseur européen: 29,9% en euros contre 25,4% en dollar, l’écart étant expliqué par le gain de change et le différentiel de taux. L’Europe suit à peu près le mouvement en monnaie locale. La palme revient au secteur informatique en hausse de 39,4%, malgré des profits en baisse globalement sur l’année. Ces hausses ont entraîné les P/E vers des sommets, l’indice S&P 500 est à 18.9x les profits 2019 et 17.4x pour 2020.

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Performances record alimentées par la baisse des taux (Photo: FactSet)

La combinaison de P/E élevés, des profits stagnants et des taux longs en progression a fortement tendu la prime de risque abaissant le cours objectif à 2.735 points pour une clôture à 3.091.

En matière de gestion privée patrimoniale, un investisseur n’est jamais en dehors du marché. Une saine gestion consiste à maintenir en permanence une exposition actions et la faire varier légèrement autour de son benchmark. Nous recommandons par exemple 34% d’exposition actions pour un benchmark de 40%. Le niveau actuel de cours nous incite à maintenir la position de sous-pondération, mais profiter d’une forte correction pour se repositionner.