LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Sorties

ERIC LUX (GENII CAPITAL)

«L’œuvre de Chaplin est encore d’actualité»



Eric Lux, directeur de Genii Capital, explique pourquoi il a choisi de s’impliquer dans le projet Chaplin’s World. (Photo: Romain Gamba)

Eric Lux, directeur de Genii Capital, explique pourquoi il a choisi de s’impliquer dans le projet Chaplin’s World. (Photo: Romain Gamba)

À l’occasion du reportage sur Chaplin’s World by Grévin, Paperjam s’est entretenu avec Eric Lux, directeur de Genii Capital, société partenaire du projet et propriétaire du Manoir de Ban, dans lequel le musée prend place.

Le Manoir de Ban est l’ancienne maison familiale de Charlie Chaplin à Vevey, en Suisse, dans laquelle se tient aujourd’hui un musée consacré à la mémoire et au travail du cinéaste. Comment avez-vous eu connaissance du Manoir de Ban?

Erix Lux. – «Un ami architecte, Philippe Meylan, m’a fait visiter l'ancienne demeure familiale de Charlie Chaplin, une propriété qu’il connaissait bien et pour laquelle il réfléchissait avec la famille à l’implantation d’un musée. Nous avons fait un tour dans le magnifique parc, et à l’intérieur du manoir, il m’a expliqué son lien avec ce domaine.

J’ai trouvé alors le lieu tout à fait exceptionnel. Quand la Fondation Chaplin a souhaité développer le musée et cherchait des partenaires, ils sont venus nous voir pour savoir si nous serions intéressés de participer à ce projet.

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter?

«Le projet du Chaplin’s World était l’occasion pour nous de faire autre chose! La propriété est exceptionnelle, liée à une histoire forte, le lieu et l’environnement sont magiques. J’ai fait mes études à Lausanne, je connaissais bien le lac et la région. Je pense que c’est un des plus beaux endroits au monde… Tout ce contexte nous a intéressés, et nous nous sommes lancés en essayant de ne pas perdre trop d’argent sur ce projet.

Nous nous sommes auto-motivés, alors que plusieurs personnes autour de nous nous en décourageaient, disant que Chaplin appartenait au passé et qu’ils ne voyaient pas l’intérêt de s’engager dans ce projet. Mais nous n’avons pas écouté ces avis et nous avons accepté la proposition. Je pense aussi qu’avec la Compagnie des Alpes, nous avons la chance d’avoir un très bon exploitant, et des partenaires de choix en la personne de l’architecte Philippe Meylan et d’Yves Durand, grand spécialiste de l’œuvre de Charlie Chaplin.

Quel investissement avez-vous consacré à ce projet?

«Au total, nous arrivons à 50 millions d’euros.

Est-ce qu’il y a un acte philanthropique dans cette démarche?

«Nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire avec cette propriété. Nous aurions pu l’acquérir, la restaurer et la revendre, et par conséquent effacer une partie du passé. Cela n’était pas du tout notre intention.

Nous étions convaincus que les films de Charlie Chaplin avaient encore aujourd’hui des messages forts, que son œuvre était encore d’actualité, tout en faisant partie de notre histoire et de notre patrimoine. Nous avons donc préféré nous engager dans le projet de musée, d’oser ce pari, et nous en sommes très fiers.

Pour le Chaplin’s World, plus de 50 millions d’euros ont été investis. (Photo: Romain Gamba)

Pour le Chaplin’s World, plus de 50 millions d’euros ont été investis. (Photo: Romain Gamba)

C’est une décision qui a aussi été motivée et animée par vos émotions alors.

«Oui, car quand vous êtes sur le site, il n’est pas possible de ne pas ressentir quelque chose. Vous êtes porté par des émotions. Pour ce projet, il s’agit de tout autre chose que de construire une nouvelle résidence sur un terrain vague. C’est totalement différent.

En plus de la restauration du manoir en lui-même et du corps de ferme attenant, il a été décidé de construire une nouvelle construction, le Studio. Quels ont été les principaux défis de cette réalisation?

«La question de l’intégration de cette nouvelle construction dans la propriété n’était pas si évidente. Le choix du matériau de façade, notamment, a été l’objet de beaucoup de travail et de réflexion pour parvenir à une bonne intégration par rapport à la maison ancienne.

Je suis un grand admirateur des réalisations en béton vu. Or en Suisse, il y a de grands spécialistes de ce type de construction. Les réflexions précédentes s’orientaient plutôt vers une couverture métallique, ce que nous avons finalement écarté. Notre pire hantise était de faire quelque chose de laid. Aussi, nous avons beaucoup travaillé, fait beaucoup de moulures, de tests de couleurs et de graviers, jusqu’à obtenir un résultat qui nous apporte pleine satisfaction.

Comment s’est fait le choix des architectes IttenBrechbühl?

«Par commande directe. Nous avions déjà des contacts avec eux puisqu’ils ont construit notre immeuble de bureaux à Howald.

Est-ce que vous espérez que ce projet devienne un jour bénéficiaire?

«Si le projet devient bénéficiaire, cela démontrera un succès public. Le projet à ce jour s’autofinance, avec environ 250.000 visiteurs par an. C’est déjà bien. Il faut continuer à travailler, car faire vivre un musée est encore plus difficile que de le construire. Il faut mettre en place de nouveaux projets, et c’est ce qu’est en train de faire l’exploitant.

Qu’avez-vous appris de cette expérience?

«Nous avons appris à travailler avec beaucoup d’acteurs, pas que des architectes, avec la famille, un contenu culturel, le patrimoine. Écouter, rester très humble, car on touche à une œuvre exceptionnelle. Nous avons beaucoup construit, fait plusieurs projets dans différents domaines, mais celui-ci, je suis fier de l’avoir fait, parce qu’il y a plus que simplement l’architecture. C’est aussi le respect de la rénovation de vieux bâtiments.

Nous avons eu de grosses surprises, comme dans toute rénovation pour laquelle vous allez en profondeur. Il n’y avait pas de fondation au manoir par exemple. Et l’ancienne ferme n’était pas du tout dans l’état dans lequel nous l’avions imaginé. Mais je pense que nous avons mis les moyens pour le faire correctement, dans le détail. Il est toujours possible de faire mieux, mais je pense que l’on peut être contents du résultat, aussi au niveau de la scénographie et de l’expérience visiteur. Lors de la visite, on passe de surprise en surprise. Le challenge est relevé.»

Retrouvez le portfolio d’Eric Chenal sur le Chaplin’s World by Grévin dans le magazine Paperjam du mois de mars.