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Vue des marchés

Brexit: l’impact sur les marchés obligataires et de devises



Volker Schmidt voit la pression s’accroître sur les obligations souveraines britanniques. (Photo: Ethenea)

Volker Schmidt voit la pression s’accroître sur les obligations souveraines britanniques. (Photo: Ethenea)

Pour Volker Schmidt, senior portfolio manager chez Ethenea, les impacts négatifs pour le Royaume-Uni augmentent et devraient durer.

Depuis le Brexit, la livre britannique a nettement progressé par rapport à l’euro. Cotée à 1,10 euro en décembre, elle tourne désormais autour des 1,16 euro. Une appréciation due, pour Volker Schmidt, à une campagne de vaccination «réussie», à la disparition des incertitudes entourant le Brexit et à un effet de rattrapage – une livre valait 1,40 euro avant le Brexit. L’analyste voit donc une poursuite de la hausse de la monnaie britannique à court terme «compte tenu de ses niveaux toujours historiquement bas et des meilleures perspectives économiques».

Également, à court terme, il voit une poursuite de la pression à la vente des obligations souveraines britanniques à 10 ans – les «gilts». Celles-ci ont connu leur pire trimestre depuis 10 ans. En effet, l’amélioration des perspectives économiques et la disparition des incertitudes liées au Brexit exerçant une pression à la hausse sur les rendements. Ce qui a mécaniquement fait baisser la valeur des «gilts». «Les investissements réalisés auparavant par les investisseurs se fondaient sur l’hypothèse que la Banque d’Angleterre pourrait avoir besoin de réduire les taux d’intérêt en dessous de zéro pour aider à stimuler l’économie, mais à mesure que la confiance dans les perspectives économiques s’est renforcée, le récit a changé, déclenchant une pression de vente sur les obligations britanniques. Cela a conduit à un élargissement du ‘spread’ entre les ‘gilts’ britanniques et les ‘bunds’, car les perspectives en Allemagne, et dans l’UE de manière générale, sont beaucoup plus sombres, et la BCE a non seulement poursuivi ses achats d’obligations, mais cette dernière a même annoncé qu’elle les augmenterait pour maintenir les rendements à un bas niveau. Nous nous attendons à ce que la tendance à la vente de la dette britannique se poursuive à court terme et à ce que les obligations souveraines de l’UE sous-performent. À moyen terme, cette tendance pourrait se stabiliser, notamment lorsque l’Europe rattrapera son retard en matière de vaccination et que la BCE commencera à suivre la stratégie de la Fed et de la Banque d’Angleterre en laissant les rendements repartir légèrement à la hausse.»

Un Brexit inachevé

À moyen terme, cependant, nous pensons que l’UE rattrapera son retard et que les questions liées au Brexit reviendront au-devant de la scène», poursuit-il.

La principale sera la négociation des modalités des futures relations commerciales entre Bruxelles et Londres sur fond de tensions sur la question de la frontière irlandaise.

Côté chiffre, la Commission européenne estime que le Brexit va coûter à Londres, d’ici à la fin de l’année 2022, 40 milliards de livres sterling, soit 2,25% de son PIB. À titre de comparaison, la Commission s’attend à une perte de 0,5% du PIB pour les États de l’UE. Plus grave encore pour une économie basée sur les services, «Londres continue de perdre du terrain en tant que centre financier. Même l’industrie financière britannique, qui a longtemps été le plus important et le plus grand centre de négociation de titres en Europe, ressent les conséquences du Brexit. Pratiquement du jour au lendemain, le négoce des actions s’est déplacé vers l’Europe continentale, en particulier vers Amsterdam et Paris, tandis que le négoce des produits dérivés a largement migré vers New York. Le géant du règlement, Euroclear, a récemment achevé le transfert à Bruxelles d’une cinquantaine de titres irlandais d’une valeur équivalant à environ 100 milliards d’euros – ceux-ci étaient auparavant réglés à Londres. Jusqu’à présent, l’Irlande s’appuyait sur la succursale d’Euroclear, Crest, basée au Royaume-Uni, pour régler les transactions sur titres.»

Ces changements «sont profonds et n’en sont qu’à leurs débuts», estime Volker Schmidt.