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«Le Brexit a été une perte de temps et d’énergie»



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Jean-Claude Juncker a avoué qu’il avait été difficile de parler si longtemps et si souvent du Brexit. (Photo: Shutterstock)

Le président de la Commission européenne est venu, avec Donald Tusk, devant le Parlement européen, dresser le bilan du dernier sommet européen, qui a débouché sur un nouvel accord de Brexit. Un départ du Royaume-Uni qui restera à jamais un regret immense pour Jean-Claude Juncker.

Au cours des 147 ou 148 conseils européens qu’il a vécus – il ne savait plus le chiffre exact lui-même –, et des 105 apparitions devant le Parlement réuni en séance plénière,  Jean-Claude Juncker , président de la Commission européenne, a expliqué qu’il avait été souvent question du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Face aux députés réunis pour entendre ses conclusions, et celles du président du Conseil européen Donald Tusk, sur le dernier sommet européen, il a expliqué que «cela avait été difficile d’en parler si longtemps, alors que mon combat était de voir comment l’Union pouvait faire mieux pour le citoyen. C’était une perte de temps et une perte d’énergie.»

À Westminster de signer en premier

L’accord avec le Royaume-Uni a fait l’objet d’un travail «d’arrache-pied, négocié et renégocié afin de respecter la volonté britannique». Le nouvel accord donne la garantie juridique d’un retrait ordonné. «Il répond à toutes les exigences du Parlement. La décision de quitter l’Union, je la regrette, mais nous pouvons nous regarder en face et dire que nous avons tout fait pour un retrait ordonné. Et préparer l’Union à toutes les éventualités.»

Jean-Claude Juncker s’est ensuite voulu très clair: «On doit observer attentivement maintenant ce qui se passe, mais il n’est pas imaginable que ce Parlement signe cet accord avant que Westminster ne l’ait ratifié. C’est d’abord Londres, puis Strasbourg!»

Tout dépendra donc de l’attitude du Parlement britannique. Donald Tusk expliquant qu’il consultera les 27 États membres en fonction de ce que les Anglais décideront, ou ne décideront pas.

Le Brexit, c’est du lose-lose. Personne, pas même Nigel Farage, n’a réussi à m’en démontrer la valeur ajoutée.
Michel Barnier

Michel Barnier,  négociateur européen du Brexit

Michel Barnier, négociateur de l’Union dans le cadre du Brexit, a confirmé qu’«il était normal que ce soit le Parlement anglais qui prenne maintenant ses responsabilités et agisse en premier. Un accord a été trouvé avec son gouvernement, non contre lui, mais pour lui.» Il estime sa mission accomplie: «Je devais travailler à un traité pour un retrait ordonné, et c’est ce qui a été délivré. Mais le Brexit, c’est du lose-lose. Personne, pas même M. Nigel Farage (ndlr: député pro-Brexit et fondateur du Parti pour l’indépendance), n’a réussi à me démontrer la valeur ajoutée d’un Brexit.»

Et de rappeler que le Brexit n’était pas la fin de l’histoire. «On a mis cet accord dans la perspective du maintien de la paix en Irlande, en tenant compte de notre marché intérieur, de la sécurité de nos concitoyens. Là, on détricote 44 années de relation. Mais il va falloir reconstruire, renégocier durant un, deux, trois, quatre ans ou plus» avec ce pays qui restera un «partenaire et un allié». Et pour qui Michel Barnier avoue avoir «du respect et de l’admiration».

Et puis, il faudra tirer les leçons du Brexit. «Pourquoi 52% des Britanniques ont-ils voté contre l’Europe?», s’est souvent demandé Michel Barnier. Bien sûr, «une colère sociale s’est exprimée. Mais il faut surtout dire la vérité aux citoyens européens, c’est notre responsabilité.» Et c’est, selon Michel Barnier «cela qui constitue l’agenda positif de l’Europe».