ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Nasir Zubairi (CEO de la Lhoft)

«Les banquiers ne sont plus des dinosaures…»



Cinq ans après son arrivée au Luxembourg et quatre ans après son entrée en fonction, le CEO de la Lhoft, Nasir Zubairi, a profité du Covid pour se mettre encore plus au service des fintech et pour asseoir la marque «Lhoft» au niveau international. (Photo: Patricia Pitsch/Maison Moderne)

Cinq ans après son arrivée au Luxembourg et quatre ans après son entrée en fonction, le CEO de la Lhoft, Nasir Zubairi, a profité du Covid pour se mettre encore plus au service des fintech et pour asseoir la marque «Lhoft» au niveau international. (Photo: Patricia Pitsch/Maison Moderne)

En octobre, la Lhoft lancera le Tinder des fintech. L’application dopée à l’intelligence artificielle pour informer les entrepreneurs est le point d’orgue d’une année où le Covid-19 a accéléré la prise de conscience des banquiers et accru l’audience de la Lhoft à l’international.

La Luxembourg House of Financial Technology (Lhoft) ne fait pas tout comme tout le monde. Des affiches, qui détournent de véritables affiches de cinéma, rappellent les consignes sanitaires. Les bureaux ne semblent pas très occupés. Pas tous. Mais l’équipe de Nasir Zubairi est fidèle au poste, elle-même dans une position de start-up obligée de se réinventer.

Après six mois de Covid-19, quel regard portez-vous sur la situation des fintech au Luxembourg et en général?

Nasir Zubairi . – «La situation est largement positive au Luxembourg pour nos fintech. En grande partie à cause des secteurs sur lesquels nous avions décidé de nous concentrer, les secteurs du paiement et des regtech. Pendant le Covid-19, il y a eu une grosse accélération des paiements électroniques et digitaux, comme Satispay et PayPal. Nous avons tous acheté des choses en ligne.

Pour les regtech, il y a eu beaucoup d’incertitudes. Ces fintech travaillent en B2B, et les banques et autres institutions financières ont gelé provisoirement toute une série de projets. En même temps, tout le monde a été capable de passer en télétravail très rapidement.

Le business development s’est interrompu, et pour d’autres, les inquiétudes sont venues du côté des capitaux. Certains étaient en train de lever de l’argent, et les VC leur ont demandé de patienter. On a essayé de les aider à comprendre ce qui pourrait les aider dans les mesures d’aides mises en place par le gouvernement. Puis, nous sommes entrés dans une phase où il s’agissait de remettre de l’énergie dans le projet, de revenir en contact avec des clients potentiels et de vendre. La Lhoft a mis en place des workshops et des webinars, ce qui a connu un beau succès.

Vous avez toujours dit que les banques et institutions financières allaient trop lentement dans leur adoption des solutions que vous développez ici, dans leur intérêt. Est-ce que cette crise est utile?

«Ce qu’on a vu du côté des banques, c’est qu’elles ont compris l’importance de la digitalisation. Comment faire quand on ne peut plus croiser de clients? Comment vous assurez-vous que vos opérations sont le moins risquées possible quand vos équipes sont en télétravail? Même pour tenir un conseil d’administration. Comment voulez-vous envoyer un fax? Et qui va aller le récupérer? Et qui va se charger d’obtenir la signature dont vous avez besoin sur ce fax?

La plupart des banques et institutions ont compris très vite où étaient les problèmes. Et elles ont eu besoin de solutions. Beaucoup de nos fintech ont alors connu un boom dans leurs activités, surtout dans les domaines de la signature électronique, du video onboarding, du KYC automatisé, des solutions anti-blanchiment.

Beaucoup des CEO de banques sont devenus très excités parce qu’ils ont vu qu’ils pouvaient avoir l’agilité, la possibilité de faire des choses rapidement! Ils ne sont plus ces dinosaures qui bougent si lentement. Les perspectives macroéconomiques les obligent à agir vite.

À la différence de 2008-2009, cette fois, les institutions financières ne sont plus une partie du problème, mais de la solution! Elles ont malgré tout des encours de crédit auprès de sociétés qui datent d’avant la crise du Covid.

Avec l’hiver, nous allons voir des impacts massifs de la crise en termes de faillites et de licenciements, et les banques vont se retrouver davantage impactées. Elles vont devoir réduire leurs coûts.

Près de cinq ans après votre arrivée et quatre à la tête de la Lhoft, où vous attendre, vous et votre dynamique équipe, maintenant que les choses sont bien sur les rails?

«En juin de cette année, nous avons mis en place un pivot tactique, très important. Nous avons mis le focus sur la connaissance, via les webinars et les ateliers numériques. Plus de 40 ateliers et 5.000 personnes qui les ont suivis. Ma perception est que cette situation ne va pas changer avant, au mieux, un an, même si la question du Covid est résolue de manière miraculeuse. Du coup, comment atteindre nos objectifs? Nous avons essayé de nous professionnaliser autour des workshops, par exemple, nous avons installé un studio. Pour délivrer nos contenus, mais aussi pour nos partenaires et nos membres. Pour qu’ils s’entraînent. Vous voyez dans les sessions de Zoom, Teams et autres: les gens ne maîtrisent pas. Nous voulons que le Luxembourg renvoie la meilleure image possible.

Nous lançons la saison 2 des webinars cette semaine, ils sont séparés en deux grosses parties: une partie autour de l’éducation pour les entrepreneurs, et l’autre autour des perspectives de leaders internationaux, de gros calibres, qui nous ont permis de pousser la marque ‘Lhoft’ sur leurs réseaux sociaux. L’audience locale des débuts est devenue internationale. C’est d’ailleurs une des choses amusantes de la première saison. Cela a amené des gens au Luxembourg que nous ne voyons pas habituellement. La collaboration avec la Talent Route nous a amené aussi beaucoup de visibilité, y compris aux États-Unis et en Asie. Après, le problème reste que les gens commencent à en avoir assez des webinars, qui n’offrent pas les mêmes possibilités de networking. 20 à 30 minutes suffisent largement. À mon sens, ce qu’il faut regarder pour remédier aux problèmes est ce que fait l’industrie du gaming!

En octobre, nous lancerons une application, dopée à l’intelligence artificielle d’IBM Watson. L’idée est, une fois que vous avez rempli vos préférences, que vous ne voyez que du contenu qui vous intéresse et que nous avons repéré. Un Tinder des informations pour les fintech. En marge de ces informations triées spécialement, l’internaute y retrouvera la connexion à l’écosystème, que ce soit les webinars ou nos événements, les newsletters et les entreprises.»