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Chronique financière

La baisse récente de l’inflation, un sujet d’inquiétude?



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Guy Ertz: «Il est important de différentier les mesures d’anticipation d’inflation sur base d’enquêtes d’opinion et celles extraites des actifs financiers.» (Photo: Maison Moderne)

Guy Ertz, chief investment advisor chez BGL BNP Paribas, revient sur l’inflation dans sa chronique financière.

L’inflation mesurée a connu une baisse

L’inflation se mesure en général par taux de croissance de l’indice de prix à la consommation. L’indice global est toutefois sujet à de fortes fluctuations par le biais des produits alimentaires et de l’énergie. Pour extraire une tendance, on utilise souvent la mesure de l’inflation sous-jacente qui exclut ceux-ci.

L’inflation globale a connu une forte hausse après une courte période de déflation en 2016 et a même temporairement dépassé l’objectif de 2% fixé par la Banque centrale européenne (BCE). Depuis novembre dernier, la chute de l’inflation a été assez forte avant de se stabiliser autour de 1,4%. L’inflation sous-jacente est beaucoup plus stable avec des fluctuations autour de 0,8 à 1%.

La perception d’inflation est plus élevée

La perception de l’inflation joue un rôle-clé dans la formation des anticipations d’inflation. Celles-ci, à leur tour, influencent fortement le processus de formation des salaires et de la fixation des prix de manière plus générale.

À ce sujet, l’indice des «achats directs fréquents» est particulièrement intéressant. Il s’agit des achats opérés au minimum à fréquence mensuelle et payés de manière «directe et active». L’inflation mesurée sur cette base a été nettement supérieure à l’inflation sous-jacente, mais aussi supérieure à l’inflation globale. Ceci est plutôt rassurant, mais doit être surveillé.

Les anticipations d’inflation restent bien ancrées

Il est important de différentier les mesures d’anticipation d’inflation sur base d’enquêtes d’opinion et celles extraites des actifs financiers.

Dans les enquêtes d’opinion auprès des consommateurs, on voit que l’indice a connu une légère baisse, mais reste à des niveaux proches de ceux observés l’année passée et loin des niveaux bas de début 2016. La BCE produit une autre enquête basée sur les prévisions d’économistes (intitulée «Survey of Professional Forecasters»).

La BCE regarde le taux swap (dérivé financier) indexé sur l’inflation à cinq ans dans cinq ans. 

Guy Ertz,  chief investment advisor,  BGL BNP Paribas

Cette enquête donne un message semblable à celui reflété par l’enquête auprès des consommateurs. Le message provenant des prix d’actifs financiers donne un message plus contrasté. En effet, la BCE regarde le taux swap (dérivé financier) indexé sur l’inflation à cinq ans dans cinq ans. Celui-ci a connu une baisse importante entre fin 2018 et fin mars 2019.

L’indicateur équivalent aux États-Unis a connu une évolution inverse. En général, les deux sont corrélés. Il est donc utile de recourir à d’autres instruments. En effet, si on utilise le taux d’inflation «implicite» entre une obligation 10 ans traditionnelle et celles indexées sur l’inflation, l’évolution montre une baisse modérée et une évolution proche de celle aux États-Unis.

Vers une stabilisation de l’inflation autour de 1,5%

La forte baisse des anticipations d’inflation basée sur le taux swap indexé sur l’inflation à cinq ans dans cinq ans ne semble pas confirmée par les enquêtes d’opinion ou d’autres indicateurs basés sur les prix d’obligations. Il paraît également rassurant, à ce stade, que l’indicateur de perception d’inflation reste à un niveau proche de 2%.

Ceci devrait permettre de stabiliser les attentes d’inflation et par ce biais éviter une spirale baissière via la formation des prix et des salaires. Il est probable que l’inflation globale reste proche voire en deçà de 1,5% cette année et l’année prochaine. La BCE reste sans doute vigilante au vu des évolutions récentes et il est très probable qu’elle n’entreprendra pas de hausse de son taux directeur sur cet horizon de temps.