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L’Aleba entre dans l’ère «Mendolia»



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Roberto Mendolia a longtemps été un travailleur frontalier, avant de devenir résident luxembourgeois en 2014. (Photo: Nader Ghavami)

Élu président de l’Aleba (Association luxembourgeoise des employés de banque et assurance) au soir du 18 juin, Roberto Mendolia sait que quelques défis de taille l’attendent. Mais c’est en équipe qu’il les relèvera, et en usant plus de son sourire que de grands coups de poing sur la table.

Il n’y avait guère de suspense au soir du 18 juin quand Roberto Mendolia est devenu le nouveau président de l’Aleba, le principal syndicat du secteur des banques et assurances. Et pour cause: il était seul en lice. L’affaire a donc été rondement menée, sans heurts, alors que le poste était vacant depuis quelques mois suite au pas de côté de Roberto Scolati, pour des raisons de santé . Le comité exécutif avait jusque-là fait fonction.

Il n’y avait pas non plus de hasard lors de cette soirée. Car Roberto Mendolia est, depuis plusieurs années, un maillon essentiel de l’Aleba, structure dans laquelle il a gravi les échelons patiemment, mais, avoue-t-il, «sans jamais avoir un jour imaginé en devenir le président».

Originaire de Seraing

En réalité, rien ne le prédestinait même à s’investir dans le syndicalisme. Cela même s’il est né et a grandi à Seraing, un coin de la Belgique qui a été un poumon industriel, notamment dans le secteur de la sidérurgie. Le syndicat socialiste y a longtemps régné en maître, notamment grâce à l’appui de l’importante communauté d’origine italienne qui s’y est implantée, à quelques kilomètres seulement de Liège.

Roberto Mendolia fait d’ailleurs partie de cette seconde génération aux racines italiennes. Ses parents étant Siciliens, il indique: «Je suis né en Belgique, mais j’avais la nationalité italienne. C’est par la suite que j’ai acquis la nationalité belge, à ma majorité.»

C’est donc en région liégeoise que grandit Roberto Mendolia, «où la ‘mamma’ habite toujours». Il y étudie, décroche un diplôme d’ingénieur industriel en électricité et courant fort à l’ISIL (devenue Haute École de la Province de Liège). Il travaille d’abord pour AGF-Assubel à Bruxelles avant d’accepter une mission à la Commission européenne. Voulant revenir vers l’informatique, un domaine qu’il apprécie, il rejoint Cedel qui deviendra par la suite Clearstream, au tournant du siècle.

Un apprentissage rapide et «dans le dur»

Dès 2003, il figure sur la liste de l’Aleba lors des élections sociales. «C’est le syndicat qui m’a approché. Le fait qu’il s’agisse d’un syndicat apolitique m’a de suite plu», explique-t-il. Pour sa première participation, il est élu, «et plutôt bien élu», à sa propre surprise.

«J’ai donc intégré la première délégation plurisyndicale de Clearstream», poursuit Roberto Mendolia. Qui va très vite être mis à contribution. «J’ai appris le métier auprès des autres délégués et découvert aussi l’influence de la politique au sein des délégations, ce que je n’aime pas particulièrement. On grandit au fil du temps. J’ai eu droit à un apprentissage rapide et ‘dans le dur’. J’ai de suite voulu jouer mon rôle de délégué, et il est alors inévitable que l’on se retrouve, à un moment, face à des situations difficiles.»

C’est là «que j’ai compris que j’avais un syndicat derrière moi, des gens d’expérience. C’est eux qui m’ont dit: ‘Tu es fort, tu dois rester fort’...» Un devoir aux yeux de Roberto Mendolia, même si, par exemple, «accompagner des gens licenciés reste toujours difficile».

Petit à petit, il gagne en confiance, et est respecté. «Cela fait, et la peur inhibée, on engrange plus de victoires que de défaites». Roberto Mendolia s’implique, prépare ses dossiers, laisse peu de choses au hasard, cherche toujours à comprendre le pourquoi du comment... Son efficacité se construit sur cette base, et s’il préfère esquisser un sourire au fait de taper du poing sur la table, cela ne l’empêche pas d’être ferme. Le style est efficace, plaît, convainc.

Du coup, l’Aleba monte en puissance au sein de son entreprise: trois délégués en 2003, cinq en 2008, dix en 2013... Roberto Mendolia, président de délégation, est évidemment en première ligne lors de la dernière restructuration qui coûte 212 emplois à l’horizon des dernières élections sociales. Son travail est récompensé: l’Aleba aura cette fois 13 délégués.

Pour être candidat à la présidence, je voulais une équipe mobilisée derrière moi.

Roberto Mendolia,  président de l’Aleba

Dans l’intervalle, il a rejoint le comité exécutif. «C’est un peu la même histoire: on est venu me le proposer», note-t-il. Avant donc de devenir président. «On m’a suggéré d’être candidat un mois avant. Je n’y songeais pas. J’en ai évidemment parlé à plusieurs personnes, dont Laurent Mertz , notre secrétaire général. Ce que je voulais, c’est avoir une équipe mobilisée derrière moi.» Cette condition remplie, il a fait le grand saut.

L’Aleba aura donc au cours des prochaines années un accent belge un peu plus prononcé. Roberto Mendolia nuance, car «l’Aleba, c’est un ensemble de 10.000 membres, 700 délégués, un CA de 35 personnes. Et un comité exécutif de 11 membres, dont 6 Luxembourgeois».

De plus, ce papa d’une grande fille a longtemps, lui aussi, été un travailleur frontalier puisqu’il habitait à Werbomont. Celui qui fêtera ses 46 ans à la fin du mois d’août réside au Luxembourg depuis 2014 et prendra d’ailleurs bientôt possession d’un appartement à Bonnevoie. À presque égale distance du siège de l’Aleba que de celui de Clearstream. Un total hasard, cette fois du moins.