PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Assurances

Résultats 2021

L’Aca mise sur la digitalisation pour l’avenir des assurances



Marc Lauer, ancien président de l’Aca, fait le point sur les défis du secteur des assureurs et réassureurs luxembourgeois. (Photo: Julien Becker/Maison Moderne)

Marc Lauer, ancien président de l’Aca, fait le point sur les défis du secteur des assureurs et réassureurs luxembourgeois. (Photo: Julien Becker/Maison Moderne)

Le secteur des assurances a terminé l’année 2021 sur une tendance de croissance, note l’Aca. En revanche, son ancien président, Marc Lauer, constate de nombreux défis à relever: la digitalisation et la difficulté à attirer de futurs talents en raison d’obstacles au télétravail.

L’Association des compagnies d’assurances et de réassurances (Aca) a publié ses résultats de 2021, ce lundi 4 avril. Dans son commentaire de l’année écoulée, Marc Lauer, le président de l’Aca en poste en 2021, note une année positive, marquée par «un encaissement record tant en assurance-vie qu’en assurance non-vie».

Pour rappel, le 24 mars dernier, Marc Lauer a cédé son siège à Christian Gibot , CEO de Cardif Lux Vie. Marc Lauer occupera désormais la fonction de vice-président de l’association.

L’Aca observe une corrélation entre l’augmentation du nombre de résidents luxembourgeois et la croissance du marché luxembourgeois des produits d’assurance non-vie. Ce segment a eu une performance de 3% et a collecté la somme de 1,1 milliard d’euros de primes à la fin décembre 2021. Les deux principales branches étant les produits automobiles et ceux des dommages aux biens, qui ont respectivement enregistré des croissances de 2% et 1%.

Les résultats de la branche non-vie sont d’autant plus positifs au regard des événements de 2021, comme le remarque Marc Lauer. «Au vu de la bonne performance des marchés financiers, les résultats seront aussi au rendez-vous, et cela malgré une sinistralité importante, essentiellement supportée par les assureurs non-vie luxembourgeois après les fortes inondations de juillet dernier», a-t-il indiqué.

Au vu de la bonne performance des marchés financiers, les résultats seront aussi au rendez-vous, et cela malgré une sinistralité importante, essentiellement supportée par les assureurs non-vie luxembourgeois après les fortes inondations de juillet dernier.
Marc Lauer

Marc Lauer,  vice-président,  Association des compagnies d’assurances et de réassurances (Aca)

Toujours sur le marché local en 2021, le marché des produits d’assurance-vie a témoigné de 1,9 milliard d’euros de primes, soit une augmentation de 28% par rapport à 2019. Les produits d’assurance-vie à taux de rendement garanti ont baissé de 14% par rapport à 2019, ne représentant que 46% de l’assurance-vie souscrite au Luxembourg. Selon le rapport, une part croissante de professionnels de l’assurance a décidé de ne plus promouvoir de tels produits en raison du taux d’intérêt bas en 2021. Simultanément, les produits en unités de compte ont connu une augmentation de 45% entre 2019 et 2021.

L’inflation et la «sur-réglementation»

Alors que l’année 2021 s’est achevée sur un bilan positif pour les assureurs et réassureurs, le vice-président de l’Aca souligne l’existence de quelques défis pour l’industrie qu’il représente. «Le premier défi est l’inflation», explique-t-il, ajoutant que «l’augmentation des taux d’intérêt qui devait être la conséquence de toute flambée inflationniste (…) aura avant tout un impact négatif important sur la valorisation des portefeuilles d’obligations détenues par les assureurs».

L’augmentation des taux d’intérêt qui devait être la conséquence de toute flambée inflationniste (…) aura avant tout un impact négatif important sur la valorisation des portefeuilles d’obligations détenues par les assureurs.
Marc Lauer

Marc Lauer,  vice-président,  Association des compagnies d’assurances et de réassurances (Aca)

Aux yeux du vice-président de l’Aca, la «sur-réglementation» met de plus en plus de pression sur les entreprises de petite ou moyenne taille opérant au Luxembourg. Citant en exemple la réforme de Solvabilité II et la mise en place de règles ESG, Marc Lauer déplore «une charge administrative très lourde alors que les bénéfices pour les preneurs et assurés restent limités». Il explique donc être en faveur d’une transposition rapide par le Luxembourg de toutes les règles internationales, «sans pour autant y ajouter une couche de réglementation nationale».

Autre obstacle à une évolution de l’industrie luxembourgeoise, Marc Lauer souhaite s’attaquer au secret professionnel des assurances, «un reliquat d’une autre époque dans un environnement international à présent marqué par la transparence fiscale et l’échange d’informations entre autorités».

La digitalisation et le défi du recrutement

Marc Lauer y relève un frein à la digitalisation du secteur, pourtant un réel catalyseur de compétitivité entre les différents marchés internationaux. «La revendication de l’Aca n’est certainement pas d’abolir les secrets des assurances, mais au moins de l’aménager afin de tenir compte des réalités politiques et techniques d’aujourd’hui.»

Nous constatons de plus en plus que notre réservoir traditionnel de recrutement, c’est-à-dire la Grande Région, s’assèche peu à peu et que les nouvelles habitudes de télétravail motivent de moins en moins de jeunes à se déplacer vers le Luxembourg.
Marc Lauer

Marc Lauer,  vice-président,  Association des compagnies d’assurances et de réassurances (Aca)

La digitalisation reste ainsi la pierre angulaire de l’avenir de l’industrie, aux yeux de l’Aca, qui ne peut se développer «qu’avec des gens hautement compétents». Dans cette perspective, «nous constatons de plus en plus que notre réservoir traditionnel de recrutement, c’est-à-dire la Grande Région, s’assèche peu à peu et que les nouvelles habitudes de télétravail motivent de moins en moins de jeunes à se déplacer vers le Luxembourg», déclare Marc Lauer.

S’ajoutant au frein du télétravail, en l’absence d’aides du monde politique à adapter le cadre général du télétravail ainsi que les règles fiscales et de sécurité sociale, l’ancien président de l’Aca conclut que «l’attractivité et la compétitivité de la place financière luxembourgeoise risquent d’en pâtir».