POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Philanthropie

300 millions d’actifs à la Fondation de Luxembourg



L’année 2021 démontre pour Tonika Hirdman et Henri Grethen la pertinence et l’attractivité du modèle de philanthropie structurée de la Fondation de Luxembourg. (Photo: Fondation de Luxembourg)

L’année 2021 démontre pour Tonika Hirdman et Henri Grethen la pertinence et l’attractivité du modèle de philanthropie structurée de la Fondation de Luxembourg. (Photo: Fondation de Luxembourg)

En 2021, la Fondation de Luxembourg a franchi la barre symbolique des 300 millions d’euros d’engagements. Cette même année, 10,5 millions d’euros ont déjà été distribués à des projets caritatifs.

La pandémie et la guerre en Ukraine auront au moins permis de renforcer les engagements philanthropiques, analyse Henri Grethen, président du conseil d’administration.

De fait, la mobilisation de la Fondation de Luxembourg et des fondations hébergées aura permis de distribuer 2 millions d’euros pour faire face aux défis locaux posés par le Covid.

Pour faire face à la crise ukrainienne, la Fondation a organisé une conférence réunissant les pouvoirs publics, les ONG concernées et ses partenaires pour évaluer les besoins et coordonner leurs actions pour y répondre. 150.000 euros ont déjà été engagés pour des projets d’urgence au Grand-Duché et dans les zones de guerre par l’intermédiaire de l’Ukraine Solidarity Foundation.

Un intérêt croissant pour la philanthropie à long terme

Au-delà de cet élan de générosité ponctuel, l’intérêt croissant pour la philanthropie sur le long terme s’est trouvé renforcé, se félicite Henri Grethen, pour qui la Fondation de Luxembourg a su mobiliser la solidarité et créer une plus-value pour les fondations hébergées, notamment par un suivi personnalisé des projets et la garantie que les fonds sont bien affectés conformément aux volontés des donateurs.

Cette mobilisation se vérifie dans les chiffres: en 2021, la Fondation de Luxembourg a atteint la barre des 300 millions d’euros d’engagements dédiés à la philanthropie. Sur un an, la croissance atteint 20%. Depuis sa création en 2008, ce sont 65 millions d’euros qui ont été distribués à des projets caritatifs, dont 10,5 millions en 2021. Fin 2021, la Fondation hébergeait 99 fondations. Le cap des 100 a d’ailleurs été franchi en début d’année. Pour faire face à ce surcroît d’activité, le conseil d’administration a autorisé une vague de recrutements pour étoffer les effectifs. La Fondation emploie actuellement neuf personnes.

Des chiffres et une dynamique qui réjouissent Tonika Hirdman, la directrice générale, et qui «démontrent la pertinence et l’attractivité de notre modèle de philanthropie structurée, c’est-à-dire au travers d’une fondation».

Santé, recherche et biodiversité

Sur les 300 projets soutenus en 2021, c’est la thématique de la santé et de la recherche qui a attiré le plus (41,2% des dons), suivie par l’éducation universelle (22,2%), la pauvreté et la cohésion sociale (20,7%), la culture et la diversité (10,8%) et la biodiversité et changement climatique (5,1%).

Ce dernier thème apparaît comme dynamique, indique Tonika Hirdman. La Singita Conservation Foundation, créée en novembre 2020, est la première fondation dont le créateur ne réside pas en Europe. Il est domicilié en Afrique du Sud. Une diversification bienvenue pour une institution qui attire plutôt des philanthropes «de proximité». 56% des fondateurs résident au Luxembourg, 12% en Belgique, 10% en France, 10% en Allemagne et 6% en Suisse.

Parmi les exemples de projets soutenus en 2021, la Fondation met en avant le lancement du prix Science for Society visant à lutter contre la diffusion de fake news, ainsi qu’une initiative nationale de dépistage de l’hypercholestérolémie chez les écoliers luxembourgeois, financée par la Fondation Cœur – Daniel Wagner. Dans le domaine de l’éducation et de l’intégration des jeunes, la Fondation Eduq a lancé plusieurs projets, notamment de lutte contre le décrochage scolaire pour des communautés vulnérables en Europe, tandis que la Fondation Piou Redo a soutenu la création d’un centre culturel à Marrakech offrant de nouvelles perspectives aux jeunes défavorisés au moyen d’activités culturelles.

Une nouvelle génération de donateurs

L’autre grande évolution pointée par Tonika Hirdman est le rajeunissement des personnes à l’initiative de la création d’une fondation. Alors qu’il y a quelques années, il s’agissait principalement de personnes très âgées qui créaient une structure qui recevrait leur legs pour continuer leur engagement post-mortem, on voit arriver une génération plus jeune – dans la cinquantaine ou la soixantaine – qui a une vision beaucoup plus proactive, qui s’implique personnellement dans les projets et qui est très attentive aux résultats.

2022 sera l’année de la modernisation du cadre de la Fondation de Luxembourg. Un projet de loi a été déposé par Sam Tanson, ministre de la Justice. Celui-ci va expressément autoriser les fondations à détenir de l’immobilier à d’autres fins que celle de l’utilisation pour leur fonctionnement. Une avancée bienvenue pour Henri Grethen, qui souligne que l’immobilier est une classe d’actifs qui devrait se trouver dans tous les portefeuilles pour ses effets stabilisateurs. Beaucoup de fondateurs de fondations leur lèguent de l’immobilier. Ce n’était pas formellement interdit au Grand-Duché, mais le texte clarifie la situation. «Ce changement longtemps attendu renforcera le Luxembourg en tant que destination de choix pour la philanthropie», estime-t-il.