PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

La finance conjugue continuité et rupture (2/5)

Le triple défi du private equity



Rajaa Mekouar-Schneider, CEO de la LPEA. (Photo: Edouard Olszewski/archives)

Rajaa Mekouar-Schneider, CEO de la LPEA. (Photo: Edouard Olszewski/archives)

Préservation de la confiance, relation avec le client et anticipation de ses besoins, exploitation du digital, rayonnement du Luxembourg à l’étranger et durabilité. Tour d’horizon des principaux enjeux pour la place financière à l’aube de 2020 avec Rajaa Mekouar-Schneider, CEO de la LPEA.

Le paradoxe du private equity (PE), qui regroupe les classes d’actifs non cotés en bourse, à la veille de la nouvelle décennie, est de maintenir le succès de celle qui s’achève sans en devenir victime.

Le private equity est en effet le grand «gagnant» de la crise de 2008, loin devant les hedge funds et les marchés boursiers, et même plus que l’immobilier. Aujourd’hui, les investisseurs de tous bords, y compris les particuliers fortunés, souhaitent se diversifier en incluant le PE dans leur portefeuille, pour des raisons avérées, sur un cycle complet:

• surperformance sur le long terme;

• volatilité relativement basse dans la durée;

• choix grandissant de sous-jacents, dont le venture capital qui a le vent en poupe.

Mais l’entrée dans le PE ne s’improvise et ne se fait pas en un clic comme on peut acheter une action en bourse. Pour preuve, les défis des assureurs-vie et des banquiers privés, qui sont les bailleurs de fonds les plus récents à s’intéresser à la classe d’actifs. Car les barrières à l’entrée, réglementaires et structurelles, sont significatives. De plus, les écarts de rendement entre les meilleurs gestionnaires et les moins bons sont considérables, ce qui impose un travail de sélection minutieux.

Enfin, le PE n’a pas toujours bonne presse au sein du grand public, de par son profil «discret», les investissements étant par définition «privés», ce qui irrite les politiques régulièrement, comme certains aux États-Unis en cette veille de campagne présidentielle. Cet état de fait concerne principalement les fonds de leveraged buyouts, dits LBO (recours à la dette pour l’acquisition d’une société, ndlr).

Ouvrir plus grand les portes

Le défi est ainsi triple pour l’industrie qui compte aujourd’hui environ 4 trilliards de dollars sous gestion.

1. Continuer de performer en cas de retournement de conjoncture, en démontrant une capacité à créer de la valeur au-delà du cycle économique.

2. Élargir l’accès à des investisseurs d’un nouveau type qui ont des exigences différentes des bailleurs de fonds traditionnels (les fonds de pension).

3. Communiquer de manière plus ouverte sur son rôle citoyen qui contribue au développement socio-économique de manière durable, avec création d’emplois et innovations à la clé.

Ce sont autant de priorités que la LPEA (Luxembourg Private Equity and Venture Capital Association) s’est fixées pour 2020, en partenariat avec d’autres acteurs de la Place, au Luxembourg et plus largement en Europe, après avoir gagné 60 membres supplémentaires cette année, pour totaliser 250 firmes dont plus de la moitié sont des investisseurs en PE. C’est aussi le devoir qui lui incombe pour contribuer au développement du Luxembourg comme hub international de premier rang.