POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

Conférence

Le temps des énergies fossiles est révolu



Jean-Pascal van Ypersele (à gauche) et Philippe Ledent s’accordent sur l’idée de rendre plus chers les produits nuisibles pour le climat. (Photo: DR)

Jean-Pascal van Ypersele (à gauche) et Philippe Ledent s’accordent sur l’idée de rendre plus chers les produits nuisibles pour le climat. (Photo: DR)

Jean-Pascal van Ypersele, climatologue, et Philippe Ledent, économiste, se sont plus complétés qu’affrontés lors d’une conférence sur le développement durable organisée par ING Luxembourg. Pour tous les deux, il faut absolument décourager l’usage des énergies fossiles.

Le rôle des acteurs financiers dans la lutte contre le réchauffement climatique a déjà été largement mis en exergue. Mais il faut continuer à frapper sur le clou pour continuer à convaincre. C’est en visant cet objectif que la banque ING Luxembourg a réuni un économiste et un climatologue pour une conférence, le 5 mars en soirée, sur le thème de l’économie et du développement durable.

Expert du climat, professeur à l’université de Louvain-la-Neuve (Belgique) et ex-vice-président du GIEC (2008-2015), Jean-Pascal van Ypersele ne veut plus laisser de place au doute quant au rôle joué par l’Homme depuis la révolution industrielle dans le dérèglement du système climatique. «Mais il reste de l’espoir. Nous disposons des connaissances et des technologies aptes à maîtriser le changement climatique. Il suffit d’avoir la volonté de les mettre en œuvre.»

Insistant sur l’usage encore massif des combustibles fossiles – 80% des énergies consommées au niveau mondial –, le climatologue plaide pour mettre les acteurs économiques devant leurs responsabilités: «Je ne suis pas pour une décroissance généralisée, mais les activités liées aux énergies fossiles doivent effectivement être réduites, alors que d’autres secteurs d’activités doivent prendre le relais.»

On a laissé de côté les effets qui ne nous impactaient pas directement.
Philippe Ledent

Philippe Ledent,  expert economist,  ING Belux

Une vision partagée par Philippe Ledent, expert economist chez ING Belux, pour qui la recette classique du progrès économique peut continuer à être utilisée pour lutter contre la crise climatique. À quelques grandes nuances près.

«Le progrès a toujours été basé sur trois ingrédients: des gens qui ont des idées et des consommateurs qui ressentent des besoins; l’innovation technologique; la rentabilité économique. Le seul problème avec le modèle mis en œuvre jusqu’à présent est qu’on n’a pas tenu compte des externalités créées par ce progrès. On a laissé de côté les effets qui ne nous impactaient pas directement.»

Des externalités mises en image par Jean-Pascal van Ypersele quand il accuse les acteurs économiques d’avoir utilisé gratuitement l’atmosphère ou les océans comme une poubelle.

Les deux experts conviennent également que, désormais, la dissuasion passera par le prix à payer pour de telles pratiques. «Le langage du prix est un outil très puissant pour faire changer les choses, insiste M. van Ypersele. Si une activité peu vertueuse devient plus chère, les gens glisseront automatiquement vers les plus vertueuses.»

Le langage du prix est un outil très puissant pour faire changer les choses.

Jean-Pascal van Ypersele,  professeur,   Université catholique de Louvain

De là l’idée d’une taxe carbone, notamment sur tout ce qui est basé sur les énergies fossiles, qui doit jouer un rôle dissuasif.

Philippe Ledent tient à peu près le même discours lorsqu’il parle d’«internaliser les externalités, de leur donner un prix». Mais l’économiste convient qu’une taxe carbone sera difficile à imposer à brève ou moyenne échéance. On le voit avec la puissance des lobbies, mais aussi à travers le mouvement des «gilets jaunes».

«La plus grande force de changement accessible est probablement de faire en sorte que les consommateurs modifient leurs préférences», avance l’économiste d’ING. «Les entreprises seront forcées de suivre le mouvement. Elles sont bien conscientes qu’elles doivent s’adapter et se mettre au service de tous les ‘stakeholders’, plus uniquement des actionnaires. Sans cela, elles disparaîtront.»

À chacun désormais de jouer son rôle.