POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

réchauffement climatique

L’argent, le nerf de la guerre



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«Il n'y a pas de miracle, il faut miser sur tout ce qui dérive du soleil», estime le climatologue Jean-Pascal van Ypersele. (Photo: Shutterstock)

Invité par Deloitte Luxembourg, le climatologue belge Jean-Pascal van Ypersele fait le point avec Paperjam sur les opportunités d’une finance réellement durable.

Cet article est paru dans l’édition d’avril 2019 de  Paperjam .

Plus habitué des grandes conférences où l’on débat des enjeux scientifiques du climat, Jean-Pascal van Ypersele, climatologue et professeur à l’Université catholique de Louvain, participait, fin février, à une conférence sur la finance durable organisée par Deloitte Luxembourg. Une occasion pour l’ancien vice-président du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de motiver la communauté financière à agir en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. «Dans ce combat aussi, l’argent est le nerf de la guerre, observe le scientifique belge. Il est d’ailleurs préférable qu’il soit utilisé pour financer les pompiers plutôt que les pyromanes.»

Les investisseurs ont donc, selon lui, un rôle à jouer par rapport aux investissements nécessaires, évalués en milliers de milliards de dollars au cours des prochaines années par la conférence de Paris de décembre 2015. «Actuellement, apparemment, la finance responsable ne représente encore que 2 à 3% des investissements mondiaux.» Et encore, insiste-t-il, il ne faudrait pas que des investisseurs consacrent une petite part de leur portefeuille à des investissements en faveur du climat, tandis que l’essentiel reste centré sur la vieille économie, basée sur les énergies fossiles.

Un travail systémique

Parmi les priorités, Jean-Pascal van Ypersele pointe le travail à fournir pour réduire la consommation d’énergie là où c’est possible et les efforts à réaliser en matière d’efficacité énergétique systémique. «Il ne s’agit pas uniquement d’agir au niveau de la consommation d’un moteur, mais du système de mobilité dans son ensemble en réduisant la part des voitures individuelles, en faveur des transports publics et d’une mobilité douce.» Il insiste également sur l’efficacité énergétique dans le secteur du bâtiment, qui reste «un lieu de gaspillage énergétique énorme dans la plupart des pays du monde». Mais la vraie question sera de savoir comment mieux produire. «Il n’y a pas de miracle, il faut miser sur tout ce qui dérive du soleil. Il peut nous fournir en deux heures l’énergie que l’on consomme dans le monde entier en un an. Même si on ne pourra pas capter toute cette énergie tout de suite, ça donne une idée du sens dans lequel il faut aller.»

Quant au rôle à jouer par les investisseurs, il est multiple. «Ils peuvent notamment orienter le business dans les sociétés où ils sont actionnaires en menaçant de se retirer si le conseil d’administration ne les suit pas.» Il donne aussi l’exemple de grandes sociétés qui ont fictivement donné un coût plus élevé à la tonne de CO2 que ce qu’elle vaut sur le marché. D’un côté, ça leur permet de se préparer à l’augmentation de ce coût, qui devrait advenir dans les prochaines années. De l’autre, elles tentent de mieux maîtriser le procédé industriel pour émettre moins de gaz à effet de serre, et donc réduire leurs coûts.

«Le problème pour des décideurs tant politiques qu’économiques, c’est que l’action climatique délivre des résultats très lentement, convient le climatologue. D’où l’intérêt de chercher des synergies entre des investissements pour protéger le climat et d’autres objectifs sociétaires, tels que des objectifs de développement durable, la réduction de la pollution de l’air, voire la création d’emplois liés à cette nouvelle économie.»