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Differdange

Roberto Traversini: «Je suis profondément blessé»



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Le député-maire de Differdange, Roberto Traversini, a choisi de tout montrer pour couper court aux accusations. Et de s’expliquer, reconnaissant beaucoup d’imprudence dans la gestion des travaux. (Photo: Paperjam)

Le député-maire de Differdange, Roberto Traversini, a organisé une conférence de presse sur le terrain de la maison qui lui vaut les foudres de l’opposition. Profil bas, il reconnaît avoir manqué de prudence. C’est insuffisant pour ses opposants, qui ont saisi la Justice.

Le mouton noir d’un voisin bêle de solitude. Un vent glacial s’engouffre à travers les arbres malades du bord de la forêt.  Roberto Traversini  a emmené tout le monde là, sur ce bout de terrain à l’herbe folle, à côté d’un abri de jardin de 16m2 laissé de côté depuis le début de la polémique.

Le 15 rue de Pétange, à Differdange, offre une vue imprenable sur la Cité du fer, mais le «chalet» est loin des standards de Gstaad ou des cités des Alpes huppées où les Luxembourgeois vont skier l’hiver.

«Je suis blessé», confie-t-il, les yeux baissés sur ses mocassins marron. «Profondément blessé! Bien sûr que c’est une chasse aux sorcières. Quand vous vous cachez dans les arbres pour prendre des photos ou quand vous relevez les plaques d’immatriculation qui montent jusqu’ici... Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre?»

«Le bourgmestre est un homme comme les autres. Il ne peut pas tout savoir», dit encore celui qui, à ses activités de bourgmestre et de député, ajoute quelques présidences de syndicats et autres associations.

Il va ralentir. C’est lui qui le dit. Prendre du temps pour lui. Pour ses enfants. «On sait ce que la vie politique implique comme travail, comme temps consacré à tout ça. Mais quand mes enfants rentrent de l’école et parlent des commentaires qu’ils subissent, ça, non, on n’y est pas préparé.»

Que lui reproche l’opposition?

Déi Lenk, le DP et le LSAP ont signé un document commun, dans lequel ils reprochent au bourgmestre les conditions d’acquisition de cette maison, puis d’y avoir effectué des travaux sans autorisation et d’avoir ensuite voulu couvrir ces travaux par une autorisation a posteriori, quitte à devoir le demander à sa camarade de parti, Déi Gréng,  Carole Dieschbourg , ministre de l’Environnement. Mais aussi d’avoir coupé des arbres et des haies et de jouer sur le PAG. Et il se murmure que l’opposition travaillerait à dénoncer un autre dossier.

«Il a réalisé des travaux sans aucune autorisation à ce jour, à savoir le défrichement autour de l’abri de jardin – selon lui parce que les arbres étaient malades –, l’abattage d’une haie, l’édification d’une clôture entourant les deux parcelles, le creusement profond du terrain public se trouvant derrière l’abri de jardin, ce qui revient à une modification massive d’un terrain, strictement défendue sur une zone Natura 2000», confirme François Meisch, conseiller communal DP à Differdange.

Pourquoi a-t-il tellement attendu avant de se défendre?

«À partir du moment où il y avait des questions d’un élu à destination du bourgmestre, pour respecter la démocratie, il me semblait que je devais attendre de répondre devant le conseil communal avant de parler avec la presse», explique Roberto Traversini, un gros dossier de papiers sous le bras en cette après-midi ensoleillée partout sauf sur le flanc de cette colline.

La conférence de presse a lieu mercredi après-midi parce que le conseil communal a eu lieu le matin même. Il estime y avoir apporté toutes les réponses. Et c’est avec une double feuille qu’il se défend, chapitre par chapitre.

Que dit-il sur l’acquisition de la maison?

Proche des époux Quaino, Roger Quaino et Gisèle Quaino-Vanetti, dont il s’est occupé depuis 20 ans, il les a accompagnés jusqu’à leurs décès, le 14 octobre pour Roger, et le 9 septembre pour Gisèle. Averti par le notaire de sa position d’héritier, il a réfléchi au fait «d’accepter cet héritage et payer des droits de succession probablement conséquents». Finalement, il accepte et s’acquitte des droits, dit-il au cours de la conférence de presse.

Que dit-il sur les travaux?

Le chalet et le garage sont bien sur les plans de construction de 1981 avec des autorisations de construire de 1961 et 1978. En 2013, une partie des portes de la maison avaient été rénovées. Pour le renouvellement des portes et des fenêtres, sans agrandissement, «je n’avais besoin ni d’autorisation du conseil communal, ni de l’Administration de l’environnement».

Sur le cabanon du fond de la parcelle, il a commencé les travaux en juillet, des travaux de drainage et de rénovation des fenêtres. Dès qu’on lui a signifié qu’il avait besoin d’une autorisation, il l’a demandée et obtenue, en août. «Un bourgmestre devrait tout savoir, et je ne me cherche pas d’excuses», admet-il. «J’ai manqué de prudence.»

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Le cabanon de 4m sur 3,80m dans lequel M. Traversini a commencé des travaux avant d’avoir une autorisation. (Photo: Paperjam)

Sur les arbres et les haies coupés, il exhibe un mail qui prévenait de la maladie des arbres, la coupe étant plutôt programmée pour l’automne.

Mais ses opposants relèvent encore d’autres problèmes. Dont l’emploi du CIGL pour réaliser des travaux au nom de la commune, «ce qu’il a avoué parce que nous l’avons démontré». Ce qui constitue «un abus de pouvoir incroyable».

Dernière découverte en date: Roberto Traversini aurait commandé à un dessinateur technique de la Commune, «sur ses heures de travail», les plans de la maison en question, «mais aussi de sa résidence principale», souligne François Meisch. «Cela lui aurait coûté entre 5.000 et 6.000 euros s’il avait fait appel à une entreprise.»

Et maintenant?

L’Administration de l’environnement a ouvert une enquête sur le respect d’un certain nombre de procédures. Si l’Administration le juge utile, elle pourrait transmettre son rapport à la Justice. Un substitut devra alors décider de poursuivre le député-maire, ou pas. «Je n’ai jamais rien demandé à Carole Dieschbourg», assure M. Traversini.

Convaincu de l’«abus de pouvoir» commis par le bourgmestre de Differdange, François Meisch a décidé de ne plus attendre et a remis, mercredi, les preuves de ses accusations au Parquet de Luxembourg. Le LSAP, le DP et Déi Lénk ont par ailleurs déposé des plaintes administratives séparées auprès de l’Administration de la nature et de l’environnement.

Face aux aveux de M. Traversini, M. Meisch répond qu’«il a seulement avoué ce que nous avons déjà démontré». Promettant d’autres preuves dans les prochains jours, l’opposant estime que «Roberto Traversini prendra ses responsabilités politiques, et son partenaire de coalition devra se demander s’il veut poursuivre avec un partenaire qui s’est enrichi».

Annoncé comme un bon candidat au ministère du Logement dans un jeu de chaises musicales lié aux problèmes de santé de  Félix Braz , l’élu écologiste a deux réponses. «Je n’ai rien à voir avec ce jeu-là. C’est au parti de décider de ce qu’il veut faire!» «Quant à Félix, j’espère qu’il va aller mieux.»