POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Brexit

Revers cinglant à Westminster pour Boris Johnson



Le tonitruant Premier ministre britannique doit affronter la rébellion d’une partie des députés de son propre camp opposés à sa stratégie manifestement focalisée sur un divorce sans accord avec l’UE. (Photo: Shutterstock)

Le tonitruant Premier ministre britannique doit affronter la rébellion d’une partie des députés de son propre camp opposés à sa stratégie manifestement focalisée sur un divorce sans accord avec l’UE. (Photo: Shutterstock)

Le Premier ministre britannique a perdu un vote crucial à la Chambre des communes mardi soir et est prêt à convoquer des élections anticipées pour sauver son Brexit sans accord.

La journée promettait d’être houleuse à Westminster lors de la rentrée parlementaire alors que la décision de Boris Johnson de fermer le Parlement pour cinq semaines du 9 septembre au 14 octobre ne passe pas dans les rangs des députés – y compris dans son propre camp. Les menaces proférées par l’entourage du Premier ministre à l’encontre des députés conservateurs qui tenteraient de bloquer un «no deal» ou qui voteraient une telle loi n’ont pas aidé.

L’Histoire retiendra peut-être que Boris Johnson a perdu sa majorité absolue, qui ne tenait plus qu’à un siège, au beau milieu de son discours. Le retardataire Philip Lee, membre des Tories depuis 1992, entre dans la salle et va s’asseoir non pas du côté de la majorité, mais sur un banc occupé par les libéraux-démocrates. Dans sa lettre de démission, le député explique sans détour que «le Brexit a transformé ce qui fut un grand parti en quelque chose qui ressemble davantage désormais à une faction […] infectée par le populisme et le nationalisme anglais».

Jamais jusqu’à présent la Chambre des communes n’a forcé un Premier ministre à accepter ainsi une loi.

Boris Johnson,  Premier ministre du Royaume-Uni

«Je négocie un accord avec Bruxelles, il n’y aura pas de décalage supplémentaire et inutile du Brexit», répète le Premier ministre devant les députés, peinant à se faire entendre sous les «noooo» de l’opposition. Boris Johnson cherche toujours à supprimer le «backstop», le filet de sécurité négocié par Theresa May afin de préserver la frontière ouverte entre les deux Irlande après le Brexit – mais qui maintiendra de fait le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE. Mais d’après le quotidien The Telegraph, le principal conseiller de Boris Johnson aurait qualifié les négociations avec l’UE de «mascarade». De quoi déclencher la fureur des députés, y compris dans le camp conservateur, qui y voit le signe que le gouvernement poursuit une seule stratégie: celle du «no deal».

«Jamais jusqu’à présent la Chambre des communes n’a forcé un Premier ministre à accepter ainsi une loi», tempête Boris Johnson. «Cela va permettre à l’UE de garder le Royaume-Uni en son sein, et à ses propres conditions! C’est une loi défaitiste.» Rien n’y fait: la motion de l’opposition visant à obtenir un report du Brexit est adoptée par 328 voix pour et 301 contre. Dont 21 conservateurs, parmi lesquels des poids lourds du parti, comme l’ex-ministre des Finances Philip Hammond. Le Parlement reprend ainsi la main sur le calendrier du Brexit et pourrait voter dès mercredi une loi obligeant le fantasque locataire du 10 Downing Street à demander un nouveau report du Brexit auprès de l’UE.

En guise de contre-attaque, le Premier ministre a annoncé qu’en cas de vote de cette loi, il proposerait une dissolution du Parlement et la convocation d’élections anticipées. Il a toutefois besoin pour cela des deux tiers des voix à la Chambre des communes – et donc de l’appui de son adversaire travailliste Jeremy Corbyn. Un soutien que celui-ci n’est pas opposé à lui offrir, mais pas avant d’avoir obtenu la ratification de la loi «anti-no deal», a-t-il fait savoir mardi soir.