POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Une langue d’intégration

«Développer notre atout de multilinguisme»



Selon Viviane Loschetter, utiliser le luxembourgeois comme première langue administrative nécessiterait de recourir... au français. (Photo: Maison moderne / archives)

Selon Viviane Loschetter, utiliser le luxembourgeois comme première langue administrative nécessiterait de recourir... au français. (Photo: Maison moderne / archives)

Faut-il faire évoluer le régime linguistique et introduire le luxembourgeois en tant que première langue officielle, comme le suggère la pétition publique 698? Paperjam.lu a posé la question aux représentants et responsables des groupes politiques à la Chambre et leur a laissé carte blanche en guise de réponse. Voici celle de Viviane Loschetter, échevine à la Ville de Luxembourg, députée et présidente du groupe parlementaire Déi Gréng.

Faut-il faire évoluer le régime linguistique et introduire le luxembourgeois en tant que première langue officielle?

Depuis près de trois semaines, la pétition 698 récolte des signatures à une vitesse spectaculaire, voire même inquiétante pour certains. Serait-ce l’indice d’un malaise dans la population luxembourgeoise? Certains l’affirment et le justifient notamment par la présence quotidienne de près de 200.000 frontaliers qui donnerait l’impression à de nombreux citoyens que la langue luxembourgeoise serait en danger. En fait, la réalité nous démontre le contraire: ces deux dernières décennies, la pratique de la langue luxembourgeoise a augmenté de manière rapide.

Il est également vrai que nous constatons parallèlement un accroissement des personnes «non luxembourgophones» travaillant ou résidant dans notre pays. S’y ajoute la progression de la langue anglaise comme langue véhiculaire de travail dans l’économie.

La discussion autour du malaise de la langue luxembourgeoise dépasse donc l’objet même de la pétition. Son objet est bien sûr légitime, quoique, tout compte fait, irréaliste.

Le luxembourgeois a une longue tradition de langue parlée. Par contre, elle est une langue «officielle» jeune et ne possède en tant que tel guère de vocabulaire administratif et juridique adéquat pour pouvoir l’utiliser comme première langue administrative. Si le luxembourgeois devenait la première langue administrative et législative du pays, on se retrouverait face à une situation où, au lieu de réduire l’importance du français dans la vie quotidienne administrative, la langue luxembourgeoise devrait avoir davantage recours à la langue de Molière.

Je reste convaincue que, du moins en ce qui concerne les problèmes de compréhension du français souvent évoqués, le vrai problème n’est pas la langue française, mais plutôt le jargon technico-administratif. Dans son rapport annuel de 2016, la médiateure Lydie Err souligne à juste titre que le langage – et non pas la langue! – utilisé par les administrations est un obstacle. Une langue administrative simple résoudrait bien des problèmes, voire des malaises. Ceci ne vaut pas pour la seule langue luxembourgeoise, mais pour les trois langues administratives du pays.

J’oserais affirmer que notre langue n’est point en danger, mais qu’il s’agit de continuer à développer notre atout de multilinguisme, atout majeur et quasiment unique. Le luxembourgeois est plus que jamais la langue véhiculaire et de communication dans notre pays, elle est la langue qui rassemble les gens, Luxembourgeois et non-Luxembourgeois. Celle qui rassemble tous les citoyens du pays.

Osons donc nommer le luxembourgeois comme première langue d’intégration!