PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Assurances

Épargne

Les rendements de l’assurance-vie s’étiolent



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Scénarios  – Selon Philippe Bonte (Foyer), «les compagnies craignent deux scénarios: une remontée brutale des taux d’intérêt ou leur maintien à 0%». (Photo: Foyer)

Le faible niveau des taux d’intérêt, couplé à une réglementation qui restreint les marges de manœuvre des compagnies d’assurances, a comme conséquence logique une baisse des rendements des contrats à taux garanti.

Les rendements des contrats d’assurance-vie baissent, baissent, baissent... Il y a une dizaine d’années, les contrats «classiques» taquinaient les 4%. Mais pour 2018, Foyer annonce entre 1,75% et 1,80% de rendement brut de frais, AXA Luxem­bourg 1,75% brut, et CNP Assurances 1,60% net sur son contrat luxembourgeois.

Selon un observateur du marché, les autres compagnies annonceront des performances similaires. En 2017, le marché avait en moyenne servi des taux de 1,79%, selon le Com­missariat aux assurances (CAA).

Résultat: en termes de rendement «réel», les épargnants ne sont pas loin de perdre de l’argent. En prenant en compte l’inflation (1,5% pour l’année 2018 selon le Statec) et les frais de gestion, il ne reste en effet pas grand-chose des 1,75% servis par les compagnies...

Taux d’intérêt planchers

La faute à qui? «Les rendements restent stables ou baissent légèrement. Étant donné le niveau des taux obligataires, il ne faut pas attendre de miracle!», constate Jean-Marc Nothomb, product manager Vie d’AXA Luxembourg.

Car les fonds versés par les épargnants sur les contrats d’assurance-vie classiques sont ensuite réinvestis majoritairement dans les obligations souveraines par les compagnies. Or, en Europe, du fait du taux directeur de la BCE tombé à zéro, les obligations françaises à 10 ans ont terminé l’année 2018 à 0,68%, et les allemandes à 0,24%.

Pourquoi les compagnies placent-elles toujours autant sur ces placements à faible retour quand elles pourraient investir sur des actions d’entreprises et servir un rendement plus attractif à leurs assurés? Parce que le régulateur, dans le cadre de la directive Solvabilité 2, bride leurs investissements en actions.

Les assureurs ont aujourd’hui peu de marge de manœuvre pour augmenter les taux de leurs contrats. Les gérants doivent alors rivaliser d’ingéniosité pour trouver de la performance dans des classes d’actifs peu coûteuses en fonds propres.

Autre possibilité: «Nous bénéficions des investissements réalisés dans le passé, ce qui nous permet de continuer à verser des taux intéressants», note Jean-Marc Nothomb.

Épargnants frileux

Enfin, les compagnies tentent de restreindre les souscriptions et les versements sur ce type de contrat. Car plus les épargnants versent d’argent sur ces contrats, plus il devient difficile de les piloter et donc de servir un taux de rendement attractif.

D’où le fait que les compagnies tentent de les pousser à souscrire des contrats d’assurance-vie comportant une part d’unités de compte (souvent des OPCVM).

En vain. L’opportunité de rendement s’accompagnant toujours d’un minimum de risque (et des frais de gestion supérieurs): «Les assureurs poussent à l’investissement en actions, mais ça ne fonctionne pas si facilement avec la clientèle retail, qui a peu de marge de manœuvre avec son épargne et qui n’est pas forcément prête à prendre des risques, en particulier avec son épargne retraite», souligne Jean-Marc Nothomb.

Même constat chez Foyer: «D’un point de vue rationnel, il faudrait inciter tous les investisseurs à long terme à investir sur les unités de compte. Mais allez convaincre quelqu’un qui a perdu 20% au dernier trimestre 2018...», lance Philippe Bonte, son chief actuary, bien qu’un tiers des nouvelles souscriptions de Foyer se fassent sur les unités de compte.

Encore des avantages

Autre raison notable de conserver son contrat: «Jusqu’à 3.200€ de primes versées par an, l’avantage fiscal lié à ce produit est encore important», précise Jean-Marc Nothomb.

Vivement donc que la BCE remonte ses taux (fin 2019, voire 2020)... mais pas trop vite. «Les compagnies craignent deux scénarios extrêmes: une remontée brutale des taux d’intérêt, qui aurait un effet fortement déstabilisateur pour la structure des portefeuilles, ou un maintien des taux à 0% pendant des décennies.

Là, les assureurs qui n’ont pas suffisamment anticipé cette situation pourraient connaître des difficultés», conclut Philippe Bonte.