PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

CHRONIQUE FINANCIÈRE

Quelle stratégie sur les marchés financiers?



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Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest. (Photo: Maison Moderne)

Alors que les marchés terminaient l’année 2018 sur une note extrêmement négative, impactés à la fois par les mesures protectionnistes américaines et les perspectives de resserrement monétaire de la Federal Reserve (Fed), l’année 2019 n’en finit plus de surprendre positivement. Dépassant les 3.000 points pour établir un plus haut historique, l’indice phare de la bourse américaine, le S&P 500, gagne près de 20% cette année.

Les banques centrales mondiales ont été largement à la manœuvre pour orchestrer ce rebond des actifs financiers: dès le mois de janvier, la Fed ouvrait la possibilité de baisser ses taux directeurs, alors même que l’économie américaine montre très peu de signes de ralentissement.

La banque centrale affiche ainsi clairement ses priorités: maintenir l’activité économique à tout prix et faire remonter l’inflation autour de 2%. Les banques centrales européenne et chinoise lui ont immédiatement emboîté le pas, laissant également entrevoir des mesures de détente monétaire; l’impact sur les marchés de taux d’intérêt a été massif: les taux américains à 10 ans ont baissé vers les 2% (les taux courts étant à 2.5%) et les taux allemands à 10 ans à…. -0.4%!

Pour bien se rendre compte de l’influence des politiques des banques centrales, deux chiffres symbolisent à eux seuls les réalités de marchés actuelles: 85% de la dette allemande actuellement en circulation traite à des taux d’intérêt négatifs – en d’autres termes, l’État allemand est payé pour emprunter! Par ailleurs, 1/4 du stock de dette mondiale émise sur les marchés, soit 13.000 milliards de dollars, traite à des taux négatifs, balayant toute la théorie économique en vigueur depuis plusieurs siècles!

Il est étonnant de constater que la plupart des investisseurs restent très prudents par rapport à la hausse récente.

Bertrand Schmeler,  senior vice president,  CBP Quilvest

Cette détente généralisée des taux d’intérêt a permis à l’ensemble des actifs financiers de bien performer cette année: à la recherche de rendement et de performances positives, les investisseurs se sont à nouveau tournés vers le crédit et les marchés actions. Après de tels mouvements de hausse depuis le début de l’année, quelles sont les perspectives?

Dans un contexte où la croissance mondiale reste soutenue, les résultats des entreprises continuent de progresser, les valorisations demeurent raisonnables notamment au regard des taux d’intérêt historiquement bas, on voit mal ce qui pourrait entraîner une baisse durable des marchés. Certes, les performances récentes ont amoindri les perspectives de rendements futurs et des corrections techniques sont possibles à court terme, la tendance de fond demeure toutefois haussière et toute baisse devra être mise à profit pour se repositionner.

Il est d’ailleurs étonnant de constater que la plupart des investisseurs restent très prudents par rapport à la hausse récente. Comme le montre le dernier «Fund Manager Survey» de Merrill Lynch, les investisseurs sont très majoritairement «sous-pondérés» en actions.

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«Fund Manager Survey», exposition aux marchés des actions. (Graphique: DR)

Nous restons donc investis sur les marchés actions, à un degré moindre qu’en début d’année après quelques prises de profit et le manque de potentiel haussier à court terme. Nos préférences vont vers les marchés émergents, selon l’idée que le pire est à présent derrière nous au niveau des relations commerciales entre la Chine et les États-Unis.

Au fur et à mesure que les élections américaines vont approcher, un compromis devra être trouvé; les pays émergents, notamment en Asie et en Amérique latine, bénéficient à la fois de valorisations attractives et de perspectives de croissance plus élevées. Dans une moindre mesure, les marchés européens offrent également des valorisations attractives, notamment en comparaison avec les marchés US, qui semblent avoir intégré une large partie des bonnes nouvelles attendues.

Quels sont les risques? À court terme, le marché pourrait être déçu si les anticipations de baisse de taux de la Fed ne devaient pas se matérialiser pleinement: s’il semble acquis que la Banque centrale américaine baissera ses taux directeurs de 0,25% en juillet, les trois autres baisses de taux anticipées par le marché sur les 12 prochains mois semblent plus incertaines, au regard d’une économie toujours proche du plein emploi.

À plus long terme, il faudra également être attentif à la ‘mainmise’ du monde politique sur les banques centrales, la nomination récente de Mme Lagarde à la BCE en est un symbole.

Bertrand Schmeler,  senior vice president,  CBP Quilvest

Le mot d’ordre concernant notre stratégie à ce stade du cycle d’investissement est de rester «liquide». Un portefeuille doit pouvoir être repositionné rapidement en fonction des évolutions macroéconomiques et l’apparition de nouveaux risques: soit celui d’un retour plus rapide que prévu de l’inflation, qui entraînerait une forte remontée de taux et par là même un mouvement violent de «revalorisation» des actifs financiers (actions, crédit) par rapport à des taux dits «sans risques»; soit, à l’inverse, un ralentissement économique plus marqué, qui laisserait les banques centrales – tournant déjà à plein régime – avec peu de munitions face à un nouveau bas de cycle économique.

À plus long terme, il faudra également être attentif à la «mainmise» du monde politique sur les banques centrales – la nomination récente de Mme Lagarde à la BCE en est un symbole. La tentation est forte d’avoir recours à une monétisation de la dette, de favoriser le désendettement via des taux d’intérêt négatifs, plutôt que d’engager les réformes structurelles nécessaires. Nous restons attentifs à ces risques potentiels, la remise en cause de l’indépendance des banques centrales a souvent conduit à des épisodes de crise sur les marchés financiers.

À ce titre, dans un monde où les taux d’intérêt réels (taux d’intérêt retraités de l’inflation) sont historiquement bas, l’or semble avoir à nouveau un rôle à jouer dans les portefeuilles: le mouvement de hausse récent est selon nous le début d’un cycle haussier qui devrait continuer jusqu’en 2020.

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Ration cours sur bénéfices (P/E) MSCI World, 20 dernières années. (Graphique: DR)