COMMUNAUTÉS & EXPERTISES — Expertises

l’observatoire de l’immobilier

Quel bureau pour demain?



Jean-Nicolas Montrieux, Partner et COO d’INOWAI Residential, et Patrick Meyer, Managing Director de Belvedere Architecture. Crédit: montage photo Maison Moderne

Jean-Nicolas Montrieux, Partner et COO d’INOWAI Residential, et Patrick Meyer, Managing Director de Belvedere Architecture. Crédit: montage photo Maison Moderne

Ces dernières années, les espaces de travail se sont mués de plus en plus en lieux favorisant la convivialité. La crise sanitaire du Covid-19 devrait toutefois transformer la façon dont nous concevions nos bureaux jusqu’à il y a peu encore.

Elle a fait et fera évoluer beaucoup de choses, cette crise sanitaire… Nos espaces et nos lieux de travail, notamment, ont été bouleversés par la propagation du Covid-19. Nos habitudes, elles aussi, ont changé. Demain, nos bureaux pourraient donc ne plus être pensés de la même manière. Comme l’explique Patrick Meyer, Managing Director de Belvedere Architecture, «ces dernières années, les bureaux sont devenus non seulement des espaces de travail, mais aussi des lieux de vie chaleureux s’apparentant à la maison, et dans lesquels le maître-mot est: convivialité».

L’existence du coronavirus et la prise de conscience qu’une telle épidémie pourrait se reproduire vont sans doute profondément bousculer cette approche. «Qui aurait pu, il y a quelques mois à peine, imaginer que certains collaborateurs puissent avoir peur de venir au bureau, puissent craindre pour leur santé lorsqu’ils sont en contact avec leurs collègues?, questionne Jean-Nicolas Montrieux, Partner et COO d’INOWAI Residential. En termes d’aménagement des espaces de bureau, cette crise va totalement à l’encontre de tout ce que l’on connaît

Vers la fin des open spaces?

Dans ce contexte, le développement de vastes open spaces a-t-il encore du sens? Certes, le bureau ouvert présente des avantages: il encourage la discussion, favorise le travail en équipe, permet une réduction des coûts et, dans le contexte particulier que nous connaissons, facilite les mesures de distanciation sociale. Mais d’un point de vue sanitaire, il complexifie grandement les mesures à mettre en place. En outre, ceux qui ont goûté au télétravail massif pourraient avoir bien des difficultés à revenir travailler dans un espace où le bruit est souvent présent, les sources de distraction nombreuses et le manque de confidentialité criant.

«Ce n’est pas pour autant que les open spaces vont disparaître. Mais il va falloir, encore plus qu’avant, bien les penser, souligne Patrick Meyer. Ils ne seront plus entièrement ouverts et seront certainement moins grands. Ils devront intégrer des espaces fermés, prendre en compte les enjeux acoustiques, intégrer peut-être des parois vitrées entre les bureaux

Réfléchir vraiment aux besoins

Les salles de réunion pourraient aussi souffrir de la crise. «On se rend vite compte que si l’on veut maintenir une distanciation physique, la capacité de ces espaces diminue drastiquement», constate Patrick Meyer. Faudra-t-il donc envisager des bureaux plus grands pour pouvoir accueillir chaque collaborateur ou visiteur dans le respect des mesures sanitaires?

«L’approche qui a longtemps guidé la conception des bureaux était de faire du beau, de renvoyer une certaine image de l’entreprise. Désormais, les bureaux seront pensés en fonction des usages réels de leurs utilisateurs, explique Jean-Nicolas Montrieux. Que fait-on au bureau? Quels sont les workflows en place dans mon entreprise? Travaille-t-on debout, assis? Organise-t-on régulièrement des réunions? Si oui, à combien? Tous ces éléments vont influencer la façon dont les surfaces seront utilisées et aménagées

Une localisation repensée

Par ailleurs, le confinement a largement ouvert le débat sur la possibilité de travailler plus régulièrement depuis son domicile. «Il faudra voir si la loi sur le télétravail évolue au Luxembourg. Mais quand bien même le nombre de jours de télétravail accordés aux frontaliers sans être impactés fiscalement doublerait, il ne permettrait de travailler depuis son domicile qu’un jour par semaine. Autrement dit, de nombreux collaborateurs continueront à devoir venir au bureau 80% du temps. La baisse du nombre de postes de travail dans les locaux de l’entreprise ne sera donc pas significative», confie Jean-Nicolas Montrieux.

Toutefois, «de nombreuses entreprises se rendent compte qu’il n’est pas forcément utile que tous les collaborateurs se retrouvent dans un même bureau, en même temps, poursuit Patrick Meyer. Ce constat ouvre la voie à d’autres solutions, comme le développement de bureaux satellites ou le recours à des espaces de coworking en dehors de la ville. Des lieux de travail qui pourraient permettre de limiter les déplacements, de moins perdre de temps dans les transports et de pouvoir ainsi gagner en qualité de vie et en performance

Des bureaux dans les logements

Face au développement du télétravail, les immeubles résidentiels, eux aussi, devront s’adapter. Pour l’heure, l’espace dédié au travail dans un appartement est insignifiant. À l’avenir, il faudra être capable d’offrir un espace qui permette à chacun de travailler dans de bonnes conditions. «Reste à voir s’il sera déployé au sein des parties privatives ou dans les espaces communs. Cette seconde solution permettrait de créer un réel espace de travail, de s’appuyer sur du matériel de bureau mutualisé et d’apporter une certaine vie sociale dans l’immeuble , précise Jean-Nicolas Montrieux. «La tendance à la mixité, qui était déjà en marche avant la crise du Covid-19, devrait s’accélérer, ajoute Patrick Meyer. On cherche en effet de plus en plus à créer des lieux pour vivre, au sens large, intégrant logements, bureaux, commerces, loisirs.»

Demain, les espaces de travail au Luxembourg pourraient donc s’apparenter à un écosystème hybride, permettant de répondre aux besoins et à l’état d’esprit du collaborateur à l’instant T, naviguant entre espaces de collaboration et espaces plus confidentiels au bureau, entre bureau à domicile ou aux frontières, et auquel viendra se greffer une dimension jugée plus essentielle que jamais: la sécurité.

Retrouvez l’ensemble des articles de l’Observatoire de l’immobilier sur le site  paperjam.lu et www.inowai.com