PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Fonds

CARTE BLANCHE

Pourquoi tout le monde ne veut pas tout avoir?


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Pour les clients, il est souvent difficile de choisir entre one-stop shop et boutique spécialisée – que ce soit pour choisir un livre, du pain ou un partenaire financier.

Nous vivons à une époque où il est possible de tout acheter dans un seul magasin.

Prenons Amazon, le champion capable d’écraser tous ses concurrents. Fondé en 1994 en tant que librairie en ligne, Amazon contrôle désormais un écosystème d’édition dominant à l’échelle mondiale et récolte ainsi une masse colossale de données dont le groupe tire parti grâce à des synergies étroitement intégrées.

Cela étant, la disparition imminente des librairies indépendantes est grandement exagérée. Au Royaume-Uni, par exemple, malgré l’impact de la pandémie, les difficultés d’approvisionnement et l’inflation, le nombre de libraires indépendants a fortement augmenté au cours des dix dernières années.

Qu’en est-il vraiment? Pourquoi de si nombreux consommateurs tournent-ils le dos aux one-stop shops pour privilégier les boutiques indépendantes? Et comment pourrions-nous transposer ces enseignements à d’autres secteurs, tels que les services financiers?

Tout d’abord, soyons francs, l’attrait des enseignes qui vendent de tout est bien réel. Qu’il s’agisse d’un revendeur en ligne comme Amazon ou d’un hypermarché comme Auchan, vous savez que vous pourrez y acheter facilement variété de produits à des prix attractifs. Dans le cas de l’hypermarché, vous n’avez pas à faire mille et un aller-retour entre le boucher, le boulanger, et le magasin d’articles de sport, mais vous aurez remarqué que les produits de la marque de cette grande surface sont souvent présentés en tête de gondole.

Le paradoxe du choix

Les magasins indépendants ne pourront jamais faire le poids en termes de variété de choix. Et c’est bien là l’une des raisons principales de leur attrait. En effet, alors que tout le monde dit vouloir un maximum de choix, on ne compte plus le nombre d’études qui démontrent que celui-ci, lorsqu’il devient trop grand, finit vite par en devenir écrasant.

Le consommateur aime avoir le choix quand les options offertes lui laissent entrevoir de réelles différences.

Le consommateur aime avoir le choix quand les options offertes lui laissent entrevoir de réelles différences.
Jean-Daniel Bruggeman

Jean-Daniel Bruggeman,  Executive Director – Head of Fund Solutions,  Quintet

Il est important de souligner, et ceci est en lien direct avec le retour pour le moins surprenant des librairies indépendantes, que les consommateurs sont sensibles aux recommandations d’experts, en particulier quand ces mêmes experts comprennent leurs besoins et préférences personnels. Il est essentiel que l’expert soit perçu comme quelqu’un qui place les besoins de son client avant les siens. Il ne s’agit pas uniquement de mettre en avant sa propre marque, mais de recommander le livre, la baguette ou le burger qui plaira à son client.

Asset servicing

Ce qui nous amène aux services financiers et en particulier à l’activité d’asset servicing ici au Luxembourg.

Au cours des 20 dernières années, j’ai vu toute une série de changements importants modifier le paysage de l’asset servicing au Grand-Duché, y compris les changements technologiques, en particulier depuis le début de la pandémie, les contraintes règlementaires en constante évolution et les innovations continues au sein de l’industrie des fonds.

Mais s’il est bien une constante au cours de ces deux décennies, c’est celle du dilemme pour un initiateur de fonds entre choisir une banque dépositaire indépendante, comme Quintet Luxembourg où je travaille, ou un prestataire one-stop shop, incluant notamment une fonction de dépositaire lite. Comme je l’ai mentionné plus haut, mais dans un contexte différent, les deux approches offrent des bénéfices différents à leurs clients.

Ma propre expérience me permet d’affirmer que l’asset servicing envisagé comme une «grande enseigne à tout vendre» peut se révéler être un choix judicieux pour certains initiateurs de fonds; surtout pour les très grands d’entre eux, qui parfois préfèrent avoir un seul et unique prestataire pour répondre à la plupart de leurs besoins opérationnels. Les initiateurs particulièrement sensibles aux coûts pourront opter également pour ce type de prestataire.

Parallèlement, d’autres initiateurs préféreront clairement établir un partenariat avec un spécialiste indépendant qui pourra lui offrir un éventail limité de services, certes, mais dont l’expertise dans chacun de ces services n’est plus à démontrer. En effet, pour de nombreux clients, et ici, je pense particulièrement aux entrepreneurs, une approche personnalisée, basée sur une architecture ouverte et une garantie d’impartialité, est infiniment plus attrayante.

André Gide disait «choisir, c’est renoncer».  Ceci n’est pas tout à fait vrai dans le contexte qui nous occupe et qui pose le choix entre la banque dépositaire indépendante et le one-stop shop.  En fait, l’essence même d’une banque dépositaire indépendante est de travailler avec d’autres prestataires de services dans un environnement d’architecture ouverte au sein duquel les classes d’actifs traditionnels peuvent être combinées avec des classes d’actifs alternatifs, accueillants tant les fonds  ouverts que les fonds fermés et où les services bancaires occupent une place centrale dans l’offre.

Une telle indépendance renforce la gouvernance globale du fonds, et ce au profit des initiateurs de fonds et de leurs investisseurs. Alliant flexibilité en termes de niveaux d’actifs et de stratégies d’investissement, la gamme de services proposée par une banque dépositaire indépendante peut s’avérer être aussi vaste que l’offre d’un hypermarché.

Faire son choix

Étant donné que je travaille dans une banque dépositaire indépendante, il n’est pas difficile de deviner pour qui mon cœur penche.  Mais je dois reconnaître que chacun a ses propres préférences basées sur des priorités qui lui sont propres.

Alors, tout comme la plupart d’entre vous, j’achète parfois des articles sur Amazon et, quand cela me convient davantage, je pousse mon caddie dans les allées interminables de Auchan. À d’autres moments, et aussi souvent que possible, je consulte mon libraire préféré, celui qui saura me faire part de ses coups de cœur et conseils avisés.  Et aux premiers signes du printemps, je fonce au marché et déambule à travers les échoppes de petits producteurs locaux, dont les parents vendaient déjà des pommes aux miens.

Dans la mesure du possible, je préfère toujours traiter avec des gens que je connais et en qui j’ai confiance.
Jean-Daniel Bruggeman

Jean-Daniel Bruggeman,  Executive Director – Head of Fund Solutions,  Quintet

Dans la mesure du possible, je préfère toujours traiter avec des gens que je connais et en qui j’ai confiance.  Mais le choix, bien évidemment, revient à chacun d’entre nous.

Jean-Daniel Bruggeman est Head of Business Development, Fund Solutions, chez Quintet Luxembourg. Les déclarations et les opinions exprimées dans ce document sont celles de l’auteur à la date de cet article et sont sujettes à modification. Cet article est également de nature générale et ne constitue pas un conseil juridique, comptable, fiscal ou d’investissement.