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art contemporain

Paul Kirps passe à l’instantané



Paul Kirps présente ses derniers travaux: des photos réalisées au polaroïd. (Photo: Paul Kirps)

Paul Kirps présente ses derniers travaux: des photos réalisées au polaroïd. (Photo: Paul Kirps)

Pour sa nouvelle exposition, «Time 0», Paul Kirps s’attèle à un nouveau medium, le polaroïd, et témoigne des villes qu’il a côtoyées ces deux dernières années, y compris pendant le confinement.  

On connaît le travail de Paul Kirps par ses peintures murales monumentales, comme à l’École européenne ou à  la Commission européenne , ses tableaux aux allures minimalistes ultra-maîtrisés ou sa fascination pour la machine et les technologies d’un autre âge, dont le design est retranscrit de manière abstraite en sculpture. Mais ce que donne à voir Paul Kirps dans le cloître de Neumünster est encore d’un autre genre, puisqu’il s’agit cette fois-ci d’un travail photographique, une série de polaroïds, dont certains sont tirés en grand format.

Depuis deux ans, l’artiste explore ce nouveau medium et prend des photos dans les villes où il se rend: New York, Barcelone, Lisbonne, Palma, Arlon, Bruxelles. Au moment du confinement, il choisit de profiter de la situation et témoigne de ce qu’il voit autour de lui. Les photos les plus récentes sont prises à Merl, Differdange, au Kirchberg, à Esch-sur-Alzette pendant la période de confinement.

Photo présentée dans le cadre de l’exposition «Time 0» de Paul Kirps, à Neumünster. (Photo: Paul Kirps)

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Photo présentée dans le cadre de l’exposition «Time 0» de Paul Kirps, à Neumünster. (Photo: Paul Kirps)

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La technique qu’il utilise ici va à l’inverse de ce qu’il a fait jusqu’à présent, lui qui privilégiait les processus longs, méticuleusement contrôlés. La photo au polaroïd est au contraire le fruit d’un instantané, une image de la réalité immédiate, l’enregistrement d’un moment unique.

Le titre de l’exposition fait référence au nom d’un film polaroïd commercialisé en 1980, Time Zero Supercolor, qui réduit considérablement la durée du développement. Pour réaliser ses photos, Paul Kirps a choisi de s’équiper d’un SX-70, modèle mythique de chez Polaroïd, dont se sont également servi Chuck Close, Walker Evans, ou encore Robert Mapplethorpe. Un appareil qui élimine toute manipulation superflue et qui produit un rendu visuel réduit, lui aussi, à l’essentiel. Un processus d’épurement qui est bien familier à l’artiste, tout comme l’est la recherche de rigueur formelle, qui est aussi présente dans ses photos. Une prise de vue qui, si elle est pourtant bien instantanée, n’est pour autant pas spontanée. Elle est au contraire le résultat d’un long processus de repérage, d’étude des lieux, d’analyse des angles de vue, ou encore de documentation sur les matériaux et technologies de polaroïd.

On retrouve la même épure des lignes et la même rigueur formelle qui étaient déjà présentes dans ses œuvres précédentes. Le vide est ainsi un élément récurrent sur ces photos, que ce soit pendant le confinement – ce qui n’a rien d’étonnant –, mais aussi avant cet épisode. Des espaces dépeuplés qui montrent avec encore plus d’acuité les traces de l’activité humaine, qui se matérialisent dans des éléments d’architecture, de construction, de transport, mais aussi l’espace entre les bâtiments, les interstices urbains, les éléments de connexion par le vide. Comme le souligne justement Claude Moyen dans le texte qui accompagne l’exposition, «la série de ‘Time 0’ dresse un inventaire non spectaculaire des aperçus derrière les coulisses de la machinerie de la ‘smart city’: des portails, des quais, des terminaux, des coffrages, des gaines techniques, des cheminées de câblage et de ventilation, des conduits d’aération, des clôtures mobiles, des rampes de chargement, des conteneurs modulaires, des échafaudages… […] Si l’espace urbain était un organisme, ces éléments seraient ses orifices, ses cicatrices, ses amputations, ses greffes, ses ulcères…».

«Time 0», du 12 novembre au 31 janvier, dans le Cloître Lucien Wercollier de Neumünster, 10h-18h, entrée libre.