POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Débat public

Partager les ressources pour que tout le monde ait sa part du gâteau



Michel Simonis, directeur général de la Croix-Rouge luxembourgeoise. (Photo: Andrés Lejona/Maison Moderne)

Michel Simonis, directeur général de la Croix-Rouge luxembourgeoise. (Photo: Andrés Lejona/Maison Moderne)

On ne parle pas assez de la manière dont la crise du logement frappe les plus vulnérables. Comment payer son logement quand on est une jeune mère célibataire qui suit des études pour offrir un meilleur avenir à son enfant? Quand on est un migrant qui, après avoir risqué sa vie pour fuir la mort, veut devenir un citoyen autonome dans son pays d’accueil? Quand un sans-abri qui a perdu amis, famille et travail, veut malgré tout un avenir?

Si l’accès au logement est devenu compliqué pour une partie significative de la population, il est quasi impossible pour les plus vulnérables.

Que ce soit par la gestion, avec les autorités publiques, de centres d’hébergement pour les demandeurs d’asile, par la création de logements encadrés pour les seniors ou les familles en difficulté, par la mise en place d’une garantie locative au bénéfice de personnes aux revenus faibles ou encore par l’utilisation de son parc immobilier pour loger celles et ceux qui en ont le plus besoin, la Croix-Rouge luxembourgeoise mobilise des moyens importants pour que les plus vulnérables aient un toit.

Depuis peu nous essayons, en plus, de créer du logement abordable, surtout par l’affectation de terrains qui nous ont été légués. Or, même si cette ambition est financièrement soutenue par l’État, le cadre légal et réglementaire risque de la contrecarrer. Comment? Par exemple en interdisant la construction d’un immeuble d’une demi-douzaine de studios et appartements. Le problème n’est jamais la qualité architecturale, technique ou environnementale du projet. Le problème n’est pas le profil des personnes qu’on pourrait y héberger. Le problème est qu’à cet endroit-là, sur cette parcelle appartenant à la Croix-Rouge, il faut construire en vertu du PAG une maison unifamiliale, libre de quatre côtés, avec deux emplacements pour voitures, le tout entouré d’un jardin. Il n’y a aucun doute, les urbanistes auront établi des coefficients garantissant une qualité de vie de très haut niveau. Mais cette qualité de vie reste réservée à ceux qui en ont les moyens financiers. Ceux qui auraient, avec nettement moins de mètres carrés, une chance de sortir de leur précarité restent à la porte. Alors que le pacte logement 2.0 fait des ouvertures dans la bonne direction, continuons donc à innover dans ce sens afin qu’un jour le logement abordable devienne de nouveau réalité.

Le logement reste une denrée rare et les terrains une ressource précieuse, très limitée. Si nous voulons agir et un jour proposer des logements accessibles à des personnes à faible revenu, nous devons apprendre à partager ces ressources avec plus de bénéficiaires, et donc accepter des densités plus élevées.

Et les collocations? Ce qui est d’usage chez les étudiants reste très difficile à réaliser pour des personnes isolées et / ou à faible revenu. Elles aimeraient, pourtant, au vu de leur situation financière ou familiale, partager leur cuisine et leur salle de bain. Alors que le carsharing est promu, le flatsharing l’est beaucoup moins, et les bénéficiaires d’un REVIS se voient pénalisés dans leur allocation dès qu’il cherchent à utiliser des ressources de façon plus raisonnable. Dommage!

Ignorer les difficultés des plus vulnérables ne va pas les faire disparaître: les attitudes doivent changer. Et s’il faut inventer de nouvelles règles, qui permettent d’être plus flexibles et efficients, il est possible de le faire faire en refusant la construction d’immeubles de mauvaise qualité, ne permettant pas une qualité de vie correcte. Nous le devons à ceux qui recherchent désespérément un toit… et finalement à la communauté toute entière. Faisons-le!

Cette contribution a été rédigée par Michel Simonis pour  l’édition magazine de Paperjam du mois de décembre parue le 27 novembre 2021.

Le contenu du magazine est produit en exclusivité pour le magazine, il est publié sur le site pour contribuer aux archives complètes de Paperjam.

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