ENTREPRISES & STRATÉGIES — Architecture + Real Estate

Initiative citoyenne

Nouvelles idées pour un immobilier social et solidaire



Alain Mennesson est agent immobilier et a des idées pour faire bouger les lignes dans son secteur d’activité. (Photo: Paperjam.lu)

Alain Mennesson est agent immobilier et a des idées pour faire bouger les lignes dans son secteur d’activité. (Photo: Paperjam.lu)

Dans la situation de crise du logement que nous traversons actuellement, toutes les bonnes idées sont à étudier. En voilà une, ou plutôt deux qui sont issues de la société civile et qui ont retenu notre attention: une commission de vente reversée au bénéfice d’une association et un «loto immo».

Ancien commerçant, Alain Mennesson est aujourd’hui agent immobilier et dirige l’agence Localplus. Soucieux de pouvoir contribuer positivement à la société et de soutenir les associations qui aident les plus faibles, il a créé la première agence d’immobilière d’intérêt public et propose de reverser à une association 40% de la commission perçue lors de la vente d’un bien que son agence a réalisée. «Les dons faits aux associations diminuent régulièrement à cause de situations de plus en plus serrées dans la vie de chacun, et les besoins continuent d’augmenter. Soit on milite pour un salaire minimum plus élevé, soit on trouve une parade», explique Alain Mennesson.

Pour cela, il propose de reverser 40% de la commission nette à l’asbl qui lui rapport un client une fois son bien vendu. Ainsi, l’association perçoit pour ses projets le même montant que ce que toucherait un agent immobilier qui ramène un bien dans son agence. «Ce qui vient du collectif retourne au collectif», résume le directeur d’agence. «Les 60% restant servent à couvrir les frais courants de l’agence et la rémunération des salariés.» Un exemple: une maison est vendue 500.000€. L’agence va percevoir 15.000€ HTVA. Une fois les différents frais décomptés (avocat, frais de visite, de communication), il reste environ 10.000€ de commission, dont 4.000€ reviennent à l’association. Le système est déjà en place et prêt à l’emploi, il ne reste plus qu’à réaliser une vente de ce type.

Un loto de l’immobilier

L’autre idée qu’a développée Alain Mennesson est encore plus originale. «Lorsque je suis arrivé au Luxembourg, en 1992, il était encore possible d’acheter son logement grâce au fruit de son travail. Aujourd’hui, les biens immobiliers ont atteint des prix tellement irraisonnables qu’un salarié moyen ne peut plus devenir propriétaire de son logement au Luxembourg», constate-t-il avec amertume. «Par ailleurs, de plus en plus de familles sont en situation de détresse et se voient contraintes de vendre leur logement par le biais des ventes publiques. Mais ces familles ne percevront pas la valeur de leur bien sur le marché, car des ‘vautours’ de l’immobilier seront présents ce jour-là pour faire la bonne affaire.»

Aussi, il propose de mettre en place un système alternatif et de placer ce bien immobilier comme gain d’un loto. Le prix des billets de loterie varierait en fonction de la valeur du bien à gagner: plus l’estimation du bien est haute, plus le prix du billet est élevé. La vente des billets de loterie permet de financer le prix du bien sur le marché – la famille pouvant ainsi toucher une somme qui lui permettra de redémarrer dignement –, un don de 10% à l’œuvre Grande-Duchesse Charlotte, les frais de notaire et les frais d’organisation de la loterie. L’heureux gagnant du loto recevra un bien immobilier pour le prix d’un billet de loto, bien dont il jouira sous certaines conditions: il serait possible d’habiter le bien, de le revendre, mais à prix plafonné sur une longue durée, à la valeur réelle du bien et pas au prix du marché, ou de le mettre en location en tenant compte de la règle des 5% de la valeur du bien pour fixer le montant du loyer.

Concrètement, pour une maison estimée sur le marché actuel à 1.100.000€, la loterie serait organisée avec la mise en vente de 460.000 billets à 5 euros. Une fois l’ensemble des billets vendus, on atteindrait la somme 2.300.000€ qui se répartirait ainsi: 1.100.000€ pour le vendeur, 110.000€ pour la fondation grand-ducale, 11.000€ de frais notariés d’acte d’achat pour le gagnant et 1.079.000€ pour l’organisation de la Loterie nationale. Si le gagnant décide de mettre en location, la règle des 5% sur le gain donne un loyer de 1.666€ mensuel, là où elle donnerait plus de 4.600€ si elle se calculait sur la valeur vénale. Il serait ainsi aussi possible de créer des logements à loyer abordable.

Aussi pour d’autres secteurs de l’immobilier

«Outre le logement, cette proposition pourrait aussi s’appliquer pour des locaux destinés à l’hôtellerie ou de l’artisanat, par exemple, et participer au dynamisme de l’économie locale. Ce concept pourrait aider à reprendre des hôtels en voie de disparition dans nos campagnes, car la valeur immobilière actuelle n’a plus de rapport avec les chiffres d’affaires potentiels. Ainsi, le propriétaire touche la valeur de son bien et le repreneur a des conditions inespérées à ce jour, ce qui permettrait par exemple à de jeunes entrepreneurs de se lancer.»

Dépendant de la nature de l’immeuble gagné, d’autres conditions pourraient être imposées, par exemple s’il s’agit d’un immeuble commercial ou artisanal, une garantie de maintien d’une activité professionnelle particulière dans l’immeuble ou de maintien de l’emploi serait demandée.

De plus, ce système permettrait la mise en circulation de biens à prix bloqués, non sujets à la spéculation et à la hausse des prix, et la création d’un parc de logements abordables. «Par ailleurs, en évitant de mettre des familles dans des situations douloureuses, outre le caractère social et humain, on évite des frais de services sociaux, et donc des économies d’argent public», renchérit Alain Mennesson.

Dernièrement, des dossiers de présentation de cette idée ont été envoyés aux différents ministères concernés. L’idée est lancée, voyons si elle saura convaincre.