ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Un CEO face à la crise

«Nous répondons à un besoin qui est là» chez Luxtrust



Pascal Rogiest: «Nous sommes heureux de voir que la pertinence de nos solutions fait mouche, puisque nous répondons à un besoin qui est là au niveau des sociétés.» (Photo: Luxtrust)

Pascal Rogiest: «Nous sommes heureux de voir que la pertinence de nos solutions fait mouche, puisque nous répondons à un besoin qui est là au niveau des sociétés.» (Photo: Luxtrust)

Luxtrust résiste bien à la crise du coronavirus. La demande en signatures électroniques augmente, et la société sait y réponde grâce à une réorganisation de ses équipes en télétravail.

Signer un contrat en ligne n’a jamais été aussi utile. Luxtrust, spécialiste de ces solutions informatiques, sauve le business de banques et autres sociétés en pleine crise du coronavirus. L’entreprise compte entre 600.000 et 700.000 utilisateurs via une soixantaine de clients business et a réalisé un chiffre d’affaires de 12,7 millions d’euros en 2018. Celui de 2019, «en croissance significative», n’est pas encore dévoilé. Pascal Rogiest , CEO, raconte sa gestion de la crise.

Vos services de signature électronique ont-ils été davantage sollicités ces dernières semaines?

Pascal Rogiest. – «Clairement. Les gens ne se rendent pas à la banque, donc ils font davantage d’opérations en ligne. Je n’ai pas le chiffre exact, mais nous pourrions parler d’une augmentation d’une quinzaine de pourcents des utilisations. Nos services sont capables de supporter la charge.

(Cela ne joue pas sur le chiffre d’affaires de l’entreprise. Ses clients paient un abonnement négocié à l’année qui ne varie donc pas selon le nombre d’utilisations, ndlr.)

Et au niveau des clients?

«Nous avons une demande accrue pour des solutions de signature électronique que nous pouvons offrir de manière rapide, en moins de 48 heures. Ce sont des organisations qui avaient encore des processus traditionnels papier, notamment pour la signature de contrats, qui ne sont plus possibles à l’heure actuelle. Des banques, mais aussi d’autres organisations, comme les sociétés d’assurances, les cabinets d’avocat, d’audit…

D’habitude, le portefeuille est assez stable. Toutes les sociétés s’intéressent à la signature électronique, mais le processus de vente prend quelques mois. Depuis le 16 mars, nous avons signé entre 5 et 10 nouveaux clients.

Cela aura donc un impact positif sur votre chiffre d’affaires?

«Il n’y a pas d’impact, puisque, dans l’ensemble, certains clients ralentissent un peu la cadence, mais c’est compensé par d’autres demandes qui n’étaient pas forcément prévues dans un temps aussi court.

Quel est le rôle de Luxtrust au cœur de la crise?

«Ironiquement, c’est assez instructif. Nous sommes heureux de voir que la pertinence de nos solutions fait mouche, puisque nous répondons à un besoin qui est là au niveau des sociétés.

Comment gérez-vous la situation en interne?

«Nous avons pris des mesures, il y a déjà trois semaines, pour permettre au maximum de personnes de travailler à distance. Nous avions déjà équipé la majorité du personnel avec des ordinateurs et téléphones portables. Seul notre call center ne l’était pas, nous les avons équipés en urgence. Nous nous sommes organisés pour que toutes les opérations puissent être faites à domicile.

L’équipe de 75 personnes normalement sur le site a été réduite à trois, plus un membre de la direction. Leur présence a été requise pour les cas d’urgence: lorsque des clients ont besoin d’une smartcard pour leurs besoins administratifs ou de plans de continuité business.

Nous n’avons aucune dégradation des services Luxtrust, ils tournent 24h/24. Ce qui a permis de rassurer la place financière, qui dépend beaucoup de nous.

Comment avez-vous évolué en tant que dirigeant?

«Pour moi, c’est d’abord une gestion humaine qu’il faut assurer. Tout le monde était lancé dans l’inconnu. Évidemment, nous avons senti un stress chez les employés, notamment avant la période de confinement. Il a fallu les rassurer.

Nous nous attachons à garder un contact avec toutes les équipes. Les services de vidéoconférence chauffent, mais c’est nécessaire pour que personne ne se sente mis à l’écart.

J’ai l’impression que, devant l’adversité, l’esprit d’équipe a été renforcé.

Comment imaginez-vous l’après-crise au Luxembourg?

«Le plan de relance va être essentiel pour soutenir l’économie. Je pense que le Luxembourg passera à travers sans trop de souci.

Chaque société va connaître un ralentissement ou un décalage de son plan d’affaires, il y a certainement un tunnel qu’il faudra passer pour repartir de plus belle après.

Chacun va apprendre de cette crise. Nous aurons un mode de travail plus efficace, moins basé sur des déplacements qui ne sont pas nécessaires.»