POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

L’heure du bilan

Un «non» sans appel, mais pas sans suite



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Les urnes ont livré leur verdict. La problématique du déficit démocratique demeure. Reste à trouver une solution. (Photo: Christophe Olinger)

Les électeurs appelés à se prononcer sur trois questions les ont toutes rejetées. Le gouvernement prend acte et entend trouver une autre solution pour combler le déficit démocratique. L’opposition dénonce la légitimité de l’équipe en place.

C’est un dimanche référendaire dont la coalition DP-LSAP-Déi Gréng au pouvoir se serait volontiers passée. Si les différents sondages précédant le référendum du 7 juin avaient déjà laissé présager un rejet des trois questions, notamment celle relative au droit de vote des étrangers, l’ampleur du «Nee» a créé la suprise.

Les trois questions (droit de vote facultatif dès 16 ans, accès sous conditions des résidents étrangers aux élections législatives et limitation des mandats ministériels à 10 ans) ont été rejetées très massivement, dans chaque commune du pays. Ce constat s'observe aussi dans toutes les villes où les luxembourgeois d'origine étrangère sont nombreux en raison des différentes vagues d'immigration économique. Il en est de même dans la capitale (et sa périphérie) où près de sept habitants sur dix sont non-luxembourgeois.

Le droit de vote - sous conditions - des résidents étrangers aux élections législatives est rejeté à hauteur de 78,02%, l'abaissement facultatif du droit de vote dès 16 ans l'est à hauteur de 80,87% et 69,93% des électeurs se sont prononcés contre la limitation des mandats des membres du gouvernement à dix ans.

«On savait que ce serait 'non', mais un 'non' aussi clair, c’est décevant», déclarait le vice-Premier ministre Étienne Schneider, tout en insistant sur le nécessaire discernement entre le rejet de la voie proposée et la volonté des électeurs de maintenir le bien vivre ensemble. 

Malaise en coulisses 

Il n’empêche, un certain malaise était perceptible tout de même dans les QG des partis.

Face au rejet massif des propositions du gouvernement, David Wagner, jeune député Déi Lénk, estimait quant à lui que «certains étrangers doivent avoir une boule au ventre» et qu’un tel résultat «laissera des traces» dans les esprits.

Sur les réseaux sociaux et Twitter en particulier, avec #Referendumlux, les réactions ont été nombreuses, en provenance de chaque camp. Sans filet. Sans retenue parfois. Parmi les réactions politiques, celle de Michel Wolter, député CSV, n’est pas passée inaperçue.

L’ancien président du parti a tout simplement invité le Premier ministre à présenter sa démission. Sans tout à fait faire de même, le président actuel Marc Spautz a rappelé des exemples à l’étranger – de Gaulle notamment en France – pour inviter Xavier Bettel à prendre ses responsabilités.

Le Premier ministre lui a rétorqué que ce référendum portait sur trois questions et n'était pas un moyen pour les électeurs de se prononcer à l'égard de la majorité en place. 

Premier rendez-vous mercredi

Mais une fois les phrases chocs passées, la question du problème démocratique est revenue au cœur des interviews. Comme l’indiquait François Bausch, ministre du Développement durable et des Infrastructures (Déi Gréng): «Nous avons entendu la peur de l’électeur sur la perte d’identité et nous devons travailler sur le sujet dans les temps à venir.»

Un travail qui passera par un nouveau débat, une nouvelle approche. Ce que rappelait l’Union des entreprises luxembourgeoises, l'une des premières organisation du pays à réagir par voie de communiqué.

Cette nouvelle approche sera peut-être le fruit d’une union sacrée, d’une main tendue de la majorité vers le CSV qui, par le biais du président de la fraction Claude Wiseler, a déposé une proposition de loi pour réformer l’accès à la nationalité, soit créer de nouvelles conditions pour y accéder.

Le fond de la question centrale de ce référendum maintenant que celui-ci est passé pourra – peut-être – être abordé avec un peu plus de sérénité. Il en va de la notion même de citoyenneté et de représentation démocratique dans un pays où, d'ici cinq ans, les résidents étrangers seront majoritaires si la tendance actuelle se poursuit.

«Il n’y aura pas un avant et après référendum. Il n’y a qu’un Luxembourg et une société qui doit vivre ensemble», a insisté Xavier Bettel durant le point presse du DP, tout en plaidant pour un texte qui fasse consensus afin de poursuivre le travail d’intégration au Luxembourg.

Le gouvernement planchera d’ici la fin de l’année sur son texte, le ministre de la Justice, Félix Braz, étant chargé de le rédiger. D’ici là, les différents partis se retrouveront à la Chambre mercredi pour une réunion de la commission des institutions et de la révision constitutionnelle, où le sujet sera abordé.