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Déclarations politiques

Le vrai du faux de la campagne



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Les informations délivrées au cours de la campagne ne se vérifient pas toujours dans les statistiques officielles... (Photo: Benjamin Champenois)

À deux jours du référendum du 7 juin, Paperjam s’est penché sur différentes affirmations avancées par les principaux acteurs politiques. Entre vérité, approximation et données erronées, morceaux choisis de propos tenus sur la présence des étrangers au Grand-Duché.

Parmi les arguments avancés par les partisans de l’ouverture du vote aux étrangers au Luxembourg, l’existence d’un «déficit démocratique» a été mise en avant. Xavier Bettel, en tant que président du DP, affirmait ainsi qu’«aucun autre pays au monde, sinon Dubaï, n’arrive à notre niveau de déficit démocratique». Une affirmation correcte qu'il aurait fallu élargir géographiquement, selon les chiffres de l’Institut français d’études démographiques, qui place le Grand-Duché derrière les différents États qui composent les Émirats arabes unis en termes de présence de résidents non nationaux sur son territoire. Datant de 2010, ces données indiquent des taux de représentation d’étrangers compris entre 86% au Qatar et 69% au Koweit. La moyenne du taux d’étrangers dans la population aux Émirats arabes unis (dont Dubaï) s’élevait, à cette date, à 70%.

Sans atteindre ce niveau – le Luxembourg figure tout de même au deuxième rang mondial –, les explications de cette situation sont bien différentes. Attrait récent pour des pays richement dotés en ressources pétrolières dans le premier cas, pays d’immigration depuis plus de 100 ans dans l’autre. Une situation que l’ADR, pourtant partisan du «non», reconnaît volontiers. Pour Roy Reding, «le Luxembourg est une forteresse, c’est un croisement (…) Et personne n’est contre.» Et le député d’affirmer même que le Grand-Duché «a toujours eu 46% d’étrangers», comme c’est le cas actuellement. Une affirmation cependant erronée. Selon les données du Statec, en 1981, le taux d’étrangers parmi les résidents était de 26% au niveau national. Il dépasse le seuil des 40% depuis le début des années 2000.

Et la tendance observée à l’échelle du Grand-Duché s’observe également dans les principales villes du pays. À des temps toutefois différents. Mais contrairement aux déclarations du député ADR qui affirmait qu’«il n’y a jamais eu une majorité de nationaux (au Grand-Duché, ndlr), en tout cas en ville», la population est restée à majorité luxembourgeoise jusque récemment. Sans surprise, la première ville à voir son taux de résidents étrangers passer devant celui des nationaux a été la capitale. Cette bascule s’est produite en 1996. Aujourd’hui,  près de 7 résidents sur 10 de Luxembourg-ville ne possèdent pas la nationalité luxembourgeoise.

Le phénomène s’est également produit à Esch-sur-Alzette, deuxième ville du pays. Mais plus tard, puisqu’il a fallu attendre 2004 pour voir une inversion des courbes. Désormais, les étrangers représentent 56,2% de la population de la cité du Fer.

Même chose à Differdange, troisième ville du Grand-Duché. La bascule, cette fois-ci, s’est faite en 2005. Soit près de 10 ans après Luxembourg-ville. En 2015, les étrangers représentent 54,8% de la population de la commune.

Trois villes du centre et du sud du pays où la population est désormais majoritairement composée de non-Luxembourgeois, à la différence des communes du nord du pays où le taux d’étrangers reste encore sous la barre des 50%, avec des différences notables cependant. Ce taux atteint 48% à Ettelbruck et 43,2% à Diekirch, mais 33% à Clervaux. Dans tous les cas, le nombre de Luxembourgeois y reste majoritaire.

Autre argument avancé par les partisans du «oui», l’âge moyen de l’électorat. Selon Alex Bodry, chef de fraction LSAP, le Luxembourg possède  «l’électorat le plus vieux d’Europe, avec une moyenne d’âge de 52 ans, alors que celle des résidents est de 39 ans». Une affirmation basée sur une étude du Cefis, qui faisait lui-même référence à des données du Statec. Mais selon les dernières données de l’institut statistique luxembourgeois, l’âge moyen de l’électeur luxembourgeois actuel est de 49,6 ans. Les nouveaux électeurs potentiels, eux, seraient âgés de 46,7 ans. Plus jeunes donc que les électeurs actuels, mais dans d’autres proportions qu’avancées par le responsable socialiste.

Pour expliquer cette différence de données, le Statec, contacté par Paperjam.lu, fait état «d’une différence de méthode statistique», le Cefis ayant réalisé son étude sur un échantillon de quelques milliers de personnes, tandis que le Statec a utilisé les données complètes du dernier recensement de la population, réalisé en 2011.

De son côté, Claude Wiseler, chef de fraction CSV, justifie son opposition aux trois questions posées non «pas comme un refus ou un rejet», mais comme «un ‘non’ au chemin qui a été choisi» par le gouvernement. En clair, le principal parti d’opposition souhaite élargir les conditions d’accès à la nationalité pour permettre à ces nouveaux citoyens luxembourgeois de voter. Le député chrétien-social a donc déposé en février dernier une proposition de loi visant à introduire le droit du sol au Grand-Duché. Une mesure destinée aux enfants nés au Luxembourg et qui, sous certaines conditions, deviendraient automatiquement luxembourgeois à leur 18 ans. Selon le chef de file des députés CSV, cela concernerait «3.000 jeunes chaque année». Une estimation juste, selon les données du Statec.