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Innovation

Start-up: forces et faiblesses du Luxembourg



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Le Technoport à Esch-Belval, lieu de rencontre des start-up (Photo: Charles Caratini / archives)

Le Luxembourg propose-t-il un environnement favorable au développement des start-up? Une récente étude apporte des réponses à cette question. Si le pays présente de nombreux intérêts, certains facteurs doivent être améliorés. Les start-up peinent notamment, à collaborer, recruter et trouver des financements.

Luxinnovation a souhaité mieux comprendre l’environnement dans lequel les start-up luxembourgeoises évoluent, mais surtout mieux appréhender la manière dont elles perçoivent les qualités et faiblesses de la Place pour leur développement. L’agence de promotion de l’innovation, en collaboration avec le ministère de l’Économie, a donc demandé la réalisation d’une étude à l’Europäische Fachhochschule. Un questionnaire a été envoyé à une cinquantaine de start-up. Trente d’entre elles y ont répondu. Elles ont été créées entre 2007 et 2013 et sont principalement actives dans le secteur ICT.

«Si l’on compare le Luxembourg à d’autres pays d’Europe, il se situe en bonne position parmi les pays proposant un environnement propice au développement des start-up, conclut le chercheur, le Professeur Dr. Markus Hehn, chargé de mener l’étude. Mais il y a des leviers d’amélioration, en matière de recrutement et de financement, notamment.» Plus de 63,3% des start-up qui ont répondu au questionnaire se disent satisfaites de la performance des autorités publiques au Luxembourg, et 16,7% très satisfaites.

Se financer et recruter

Si les aides du gouvernement sont appréciées, et que nombreuses sont les start-up à en profiter (70%), il apparaît d’autre part difficile de trouver du capital privé pour financer le développement de sa start-up. «Les aides gouvernementales, selon les réponses reçues, représentent 20% du capital global de la structure, contre 80% pour les investissements privés et le crédit. En comparaison aux résultats d’enquêtes similaires menées dans d’autres pays, ce taux de 20% est vraiment important », précise le Prof. Dr. Markus Hehn.

En 2013, le capital des start-up était avant tout porté par leur créateur (57,6%). La part des investissements privés est inférieure à 40%. «Elle pourrait être plus conséquente. La part portée par les fondateurs est en effet plus important qu’ailleurs en Europe», poursuit le chercheur.

L’investissement privé, d’ailleurs, n’est que peu considéré par les start-up comme une source alternative de développement du capital. Pourtant, l’étude révèle que pour 31,7% des répondants, le principal obstacle rencontré pour la création d’une start-up est d’ordre financier. «La difficulté de lever des fonds constitue aussi un problème», précise Xavier Buck. Certes, les business angels manquent. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas… «Il ne sert à rien de s’adresser à un venture capitalist, qui investit à un autre niveau que la start-up. Cette dernière devra avant tout convaincre les business angels. Pour cela, il est important, très rapidement, de se rendre attractif et visible à leurs yeux, en constituant la bonne équipe, en développant un proof of concept, en amenant un produit sur le marché.» Pour y croire, les investisseurs ont effectivement besoin d’éléments tangibles.

56,7 % des start-up peinent à recruter. Elles ont du mal à convaincre des profils très qualifiés dont elles ont besoin. L’environnement est particulièrement concurrentiel en matière de recrutement des compétences spécifiques. «Les start-up ne sont pas assez connues des candidats potentiels. Jeunes structures, elles ne présentent pas forcément un caractère stable ou n’offrent pas forcément les mêmes conditions salariales qu’un acteur bien établi», explique Isabelle Schlesser, directrice de l’Adem. Alors que, ailleurs, comme au sein de la Silicon Valley, travailler dans une start-up est considéré comme «cool». Au Luxembourg, c’est souvent loin d’être le cas.

Mieux collaborer

Une autre révélation importante de cette étude réside dans le faible taux de start-up qui noue des collaborations avec d’autres acteurs au plan national. 40% des start-up déclarent ne jamais collaborer avec d’autres acteurs économiques. «Ce qui constitue un signal négatif important», conclut le chercheur.

Mieux collaborer est source d’opportunités. Il y un réel enjeu à rapprocher les start-up, à les amener à se rencontrer, à échanger, à partager des idées. «Il faut pour cela mieux informer, montrer par des histoires vécues, des success stories, le bien fondé d’une bonne collaboration, explique Frédéric Becker de Luxinnovation. Notre rôle, comme celui des incubateurs, des espaces de co-working ou des organisations venant en soutien aux start-up, est de valoriser l’intérêt d’une collaboration, d’amener les start-up à se rencontrer.» Ce que Luxinnovation a notamment fait ce lundi, en rassemblant plus de 200 personnes, présentes pour écouter les résultats de cette étude et «réseauter».