PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS
BANQUES

Interview

«S’adapter en permanence aux besoins des clients»


Retour au dossier

1_serge_de_cillia.jpg

Serge de Cillia, CEO de l’Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL).

Capitalisant sur ses atouts, le secteur luxembourgeois de la banque privée est parvenu à stabiliser son activité tout en s’adressant à une clientèle toujours plus fortunée. Rencontre avec Serge de Cillia, CEO de l’Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL).

Le Luxembourg a encore une belle carte à jouer, selon le CEO de l’ABBL, et ce grâce à l’expertise développée dans un environnement toujours plus digital au centre duquel se trouve le client.

Quel est l’état des lieux du secteur?

Serge de Cillia. – «Avec un total de 363,4 milliards d’euros d’actifs sous gestion, l’environnement de la banque privée au Luxembourg a été relativement stable en 2017, en hausse de 0,7% par rapport à l’année précédente. Les actifs sous gestion se situent désormais à 35% au-dessus du niveau atteint avant la crise financière de 2008.

Avec 66% du total des actifs souscrits, l’Union européenne reste le principal marché en termes d’origine géographique des actifs. Les banques de la Place continuent à élargir leur portée géographique dans le reste de l’Europe, ainsi qu’au-delà de l’Europe, y compris en Amérique latine et au Moyen-Orient. 

Les avantages du Luxembourg en tant que hub de la banque privée dans l’Union européenne (...) semblent être reconnus par nos clients.

Serge de CilliaSerge de Cillia, CEO (Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL))

Nous constatons aussi une stabilisation de la structure du marché vers des segments de clientèle fortunée ou très fortunée. À cet égard, nous notons que les clients avec un portefeuille au-dessus de 5 millions d’euros représentent aujourd’hui 60 à 65% du total des actifs sous gestion. Les avantages du Luxembourg en tant que hub de la banque privée dans l’Union européenne offrant un haut degré de stabilité associé à une expertise transfrontalière semblent être reconnus par nos clients.

Qu’en est-il en termes de revenus pour les banques privées?

«2017 a été une année satisfaisante. Les participants d’une enquête réalisée par la CSSF et l’ABBL ont enregistré en moyenne une augmentation de 5,5%. Cette évolution, entraînée par une augmentation des commissions, s’explique, du moins en partie, par une évolution favorable des marchés financiers, ainsi que par une certaine anticipation de l’impact pratique de MiFID II sur les modèles économiques des banques et par l’évolution des services d’investissement vers des services de conseil tarifés.

La rentabilité des banques privées luxembourgeoises restera sous pression dans les années à venir.

Serge de CilliaSerge de Cillia, CEO (Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL))

Par contre, la rentabilité des banques privées luxembourgeoises restera sous pression dans les années à venir. Ce constat est essentiellement dû à la pression continue sur les coûts due aux exigences de conformité réglementaire, aux investissements dans les systèmes opérationnels ou au développement de nouveaux produits et services. 

Après une légère diminution du nombre de personnes employées dans le secteur de la banque privée au cours de la période 2014-2015, l’emploi s’est maintenant stabilisé à 6.659 personnes, couvrant toutes les fonctions commerciales et de support. 

Quels sont les enjeux actuels et futurs du private banking?

«Si l’évolution du secteur de la banque privée au Luxembourg est satisfaisante, il reste un certain nombre de défis spécifiques à relever pour préserver la compétitivité des banques privées au Luxembourg. Bien entendu, ces défis peuvent également offrir des possibilités de croissance et de développement.

À la lumière d’exigences réglementaires de plus en plus complexes et sans cesse croissantes, de nombreuses banques ont pris des décisions stratégiques ambitieuses ayant un impact sur leurs opérations et leurs modèles commerciaux. En conséquence, nous assistons à une activité de fusions et acquisitions plus soutenue sur le marché luxembourgeois de la banque privée et nous pouvons nous attendre à une continuation de la consolidation les prochaines années.

Un autre enjeu de taille est d’attirer des talents au Luxembourg.

Serge de CilliaSerge de Cillia, CEO (Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL))

La transformation numérique, qui va inévitablement de pair à court et moyen termes avec des investissements substantiels dans les systèmes informatiques ainsi que dans le développement du personnel, continuera à façonner l’avenir du secteur de la banque privée au Luxembourg. Ce qui impactera la relation avec les clients. Ce qu’en jargon bancaire nous appelons ‘l’expérience client’. 

Un autre enjeu de taille est d’attirer des talents au Luxembourg. ‘L’employer branding’ du Luxembourg à l’étranger doit être une priorité. Aussi, l’Université du Luxembourg doit jouer un rôle central. Il est nécessaire que les formations offertes correspondent aux besoins de la Place.

Actuellement, les membres de l’ABBL recherchent avant tout des profils en relation avec la réglementation, à savoir des experts ‘compliance’. D’autres profils viennent également à manquer dans notre secteur, notamment les experts IT ou en matière de contrôle interne et de gestion des risques. 

Comment le Luxembourg peut-il renforcer sa position? 

«Le secteur de la banque privée peut tirer parti d’un certain nombre d’opportunités spécifiques au Luxembourg. Au fil des ans, le Luxembourg est devenu un véritable hub européen pour les grandes institutions financières internationales actives dans le secteur de la banque privée et du wealth management.

Les banques privées au Luxembourg opèrent dans l’ensemble de l’Union européenne. Elles bénéficient de leur plate-forme luxembourgeoise, soit via leur propre réseau de succursales, soit en utilisant le passeport européen pour fournir des services financiers transfrontaliers. Certains banquiers privés ont encore élargi leur offre en desservant d’autres entités du groupe situées en Europe ou même hors de l’Europe.

L’innovation dans ces domaines est cruciale pour maintenir notre image d’experts.

Serge de CilliaSerge de Cillia, CEO (Association des banques et banquiers Luxembourg (ABBL))

Nous nous attendons aussi à voir des gains d’efficacité et d’optimisation des processus grâce à l’intégration poussée des outils numériques, notamment dans les domaines du ‘know your customer’, des services de conseil et de gestion de portefeuille, comme par exemple le robo-advice, et de l’interaction client via le recours accru aux canaux de communication électronique et vidéo, signatures électroniques, identification biométrique, etc. L’innovation dans ces domaines est cruciale pour maintenir notre image d’experts.

‘Last but not least’, le Luxembourg propose divers outils et instruments d’investissement attractifs permettant de structurer la richesse des personnes de manière fiable et efficace. Nombre d’entre eux sont utilisés avec succès depuis de nombreuses années, tandis que d’autres, tels que la société en commandite commune (CLP) ou la société en commandite spéciale (SLP) et le fonds d’investissement alternatif réservé (RAIF), sont plus récents. Cette activité de développement de nouveaux produits et services souligne la volonté du Luxembourg de s’adapter en permanence aux évolutions internationales et aux besoins du client.»