PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Chronique financière

Pétrole: le rebond sera limité à court terme



Damien Petit, head of investment advisory de la Banque de Luxembourg (Photo: Banque de Luxembourg)

Damien Petit, head of investment advisory de la Banque de Luxembourg (Photo: Banque de Luxembourg)

Dans la chronique financière de ce jeudi, Damien Petit, head of investment advisory de la Banque de Luxembourg, estime que la baisse de l’ordre de 50% du prix du baril enregistrée le semestre dernier tient principalement à la conjonction de trois facteurs. Selon lui, le potentiel haussier demeure limité à brève échéance. 

Entamée en juin 2014, la chute de moitié des prix du pétrole a surpris par son ampleur. Comment l’expliquer?

Tout d’abord, la demande mondiale d’or noir, dépendante à plus de 60% du secteur du transport, a très nettement déçu l’année dernière. Celle-ci n’a en effet progressé que de l’ordre de 0,7% sur une base annuelle, soit une hausse très limitée, de l’ordre de 700.000 barils/jour. L’atonie de la croissance européenne et japonaise ainsi que le net ralentissement de la dynamique chinoise sont à l’origine de cette faiblesse.

Ensuite, l’offre en provenance des pays non membres du cartel des pays exportateurs de pétrole (Opep) a véritablement explosé en 2014, atteignant son plus haut niveau depuis 30 ans. La progression annuelle a, pour la première fois, dépassé (largement) 1,5 million de barils/jour. Cette forte poussée s’explique principalement par la révolution américaine du pétrole de schiste. La fracturation hydraulique et le forage horizontal, technologies utilisées initialement dans le cadre du développement du gaz de schiste outre-Atlantique, ont ainsi contribué à l’essor, depuis fin 2008, de la production pétrolière non conventionnelle aux USA. Aujourd’hui, la production de pétrole de schiste américain génère quotidiennement environ 4,5 millions de barils, soit un volume supérieur à celui des  différents pays membres de l’Opep, à l’exception de l’Arabie Saoudite.

Enfin, en dépit de cette poussée de l’offre américaine, l’Opep, sous l’influence de l’Arabie Saoudite, a décidé en novembre dernier de maintenir ses quotas de production inchangés. Cette modification stratégique fondamentale dans le chef des Saoudiens a sans conteste accentué sensiblement le mouvement baissier du prix du brut. L’Arabie Saoudite a en effet opté pour le maintien de la part de marché du cartel au détriment des prix, au grand dam de producteurs tels que l’Iran et le Venezuela. Les autorités saoudiennes abandonnent ainsi leur rôle historique de régulateur de la production mondiale avec l’objectif d’éliminer les producteurs marginaux américains.

Conséquences limitées sur l’offre à court terme

Les récentes statistiques laissent d’ores et déjà entrevoir une diminution assez sensible (plus de 20% par rapport au sommet atteint en octobre 2014) du nombre de plateformes de forage pétrolier outre-Atlantique, en particulier auprès des opérateurs privés. Les conséquences directes sur l’offre, attendues dans un délai de quatre à six mois, pourraient toutefois s’avérer relativement limitées compte tenu, d’une part, de la fréquente mise en place par les sociétés de politiques de couverture partielle de leur production (leur garantissant un prix de vente supérieur au cours actuel) et, d’autre part, de gains de productivité importants dans le secteur.

Des freins multiples pour la demande

Des freins multiples empêcheront par ailleurs un fort rebond de la demande pétrolière en 2015. La croissance mondiale devrait en effet rester modeste les prochains mois. De plus, de nombreux pays (Chine, Indonésie et Inde notamment) ont profité de la chute des cours pétroliers pour réduire les subsides et/ou augmenter la fiscalité sur les produits énergétiques, limitant ainsi la contraction des prix. Les pays exportateurs nets d’or noir (Russie, Venezuela…) se voient également amputés d’une part conséquente de leurs recettes avec des effets négatifs sur l’activité économique et la consommation de pétrole. Enfin, la vigueur du dollar entraîne mécaniquement un renchérissement des prix pétroliers en devises locales.

En conclusion, les perspectives d’offre et de demande pétrolière ne laissent pas entrevoir de rebond sensible du prix du baril à brève échéance. En l’absence d’ajustement de la production au sein de l’Opep, les stocks de pétrole brut devraient poursuivre leur ascension, limitant ainsi le potentiel haussier des prix les prochains mois.