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Applications mobiles

Payer du bout des doigts



Paperjam

Deux solutions de paiement mobile ont été développées et sont déjà mises en œuvre au Luxembourg. D’autres sont annoncées… La révolution est en marche.

Depuis la mi-mai, il est possible, au Luxembourg, de payer de nombreux achats au moyen de son téléphone mobile. La société Mobey, grâce à l’application Flashiz, que l’on peut qualifier de porte-monnaie électronique, a rendu cette avancée possible. Mais si cette start-up est la première à offrir une solution de paiement mobile à l’ensemble des détenteurs d’un smartphone fonctionnant sous iOS d’Apple ou Android, elle n’est pas la seule à avancer sur le créneau. La société Mpulse, elle aussi de droit luxembourgeois, annonce, avec son application Digicash, l’arrivée d’une solution qui ressemble fortement à celle de son concurrent. Entre les deux acteurs, seule l’approche du business varie.

Mobey, récompensée en mai par le Flagship Award décerné par l’Association des professionnels de la société de l’information, s’est positionnée en tant qu’établissement de monnaie électronique, agréé par la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF). L’application Flashiz permet à tous ceux qui le désirent de payer leurs achats et factures, ou même d’échanger de l’argent de personne à personne, par voie électronique. « L’utilisateur accède au service de paiement depuis son smartphone connecté à Internet, via notre application mobile dédiée, télé­chargeable gratuitement, explique Alexandre Rochegude, directeur général de Mobey. Elle lui permet de scanner un QR code, reprenant les données du paiement, présenté sur une facture, un ticket de caisse ou encore un écran. L’utilisateur est alors invité à valider le paiement grâce à un code PIN. Le donneur d’ordre et le bénéficiaire recevront alors une notification immédiate confirmant la transaction. »

Les QR code (QR pour Quick Response) sont ces fameux petits carrés, en noir et blanc, que l’on voit fleurir sur de nombreuses campagnes publicitaires, sur des affiches, dans les magazines ou sur des produits. Une technologie bien éprouvée, accessible via tous les smartphones, qui facilite l’émergence de ce nouveau moyen de paiement.Pour pouvoir utiliser cette application, l’utilisateur doit au préalable ouvrir un compte personnel et l’alimenter, soit par virement, soit auprès d’un commerçant qui propose ce mode de paiement. Mobey annonce aussi que, prochainement, il sera possible de lier son compte Flashiz à une carte de crédit. « La solution se veut simple d’utilisation et n’engendre aucun investissement particulier pour le commerçant », poursuit le directeur général de Mobey.

La solution Digicash de Mpulse, récompensée, elle, lors des premiers Accenture Innovation Awards for financial services, fonctionne de la même manière. Mais plutôt que de s’adresser directement au grand public, la start-up a préféré discuter avec les banques. « Nous avons choisi de nous positionner comme établissement de paiement. Notre offre s’adresse aux banques qui, à leur tour, pourront proposer un service nouveau à leurs clients, explique Raoul Mulheims, managing partner de Mpulse. Nous nous appuyons donc sur le lien de confiance préexistant entre la banque et son client. »
Dans le cas de Digicash, l’application est directement attachée au compte d’un client au sein de l’établissement bancaire qui lui proposera alors de profiter d’une telle solution. Selon son développeur, cette solution doit faciliter des paiements plus importants à partir du compte en banque, sans devoir forcément se connecter à une solution de web banking.

Convaincre sur deux pans

Tout l’enjeu, désormais, est de pouvoir con­vaincre un maximum d’utilisateurs de l’intérêt d’utiliser de tels modes de paiement. Pour cela, il faut pouvoir offrir, très rapidement, la possibilité de payer dans un grand nombre d’endroits, à de multiples occasions. Or, pour con­vaincre un nombre croissant de commerçants, il faut aussi pouvoir fédérer rapidement un nombre important d’utilisateurs. C’est l’éternel problème de la poule ou de l’œuf...

À la mi-mai, Mobey revendiquait déjà plus de 1.500 points de vente, commerçants, restaurants et cafés au Luxembourg, où son application Flashiz était disponible. « S’y ajoutent des transports publics et les parkings Vinci à Luxembourg-Ville », précise Alexandre Rochegude.

Mpulse, pour sa part, indique – sans néanmoins désirer entrer dans les détails – avoir conclu des accords avec plusieurs enseignes, qui déploieront des QR code sur les factures ou tickets de caisses qu’elles émettront, notamment, dans le secteur de la grande distribution.

Pour convaincre l’utilisateur, il fallait déjà développer une solution simple à utiliser. Ce que, semble-t-il, les deux acteurs sont parvenus à proposer. Leurs solutions présentent plusieurs avantages, le premier étant la rapidité d’exécution.

Mais se pose aussi directement la question de la sécurité. Et là, les deux développeurs précisent que leur solution respective présente un niveau de sécurité identique, sinon plus élevé, que pour l’utilisation d’une carte de crédit. « Chaque transaction, avant d’être passée, doit être confirmée par un code PIN, précise Raoul Mulheims. De plus, l’utilisateur, en cas de perte, a la possibilité de faire bloquer son compte. » Enfin, aucune information relative aux transactions n’est stockée dans le téléphone et le QR code ne contient que l’identité du bénéficiaire, le montant à payer et la référence de la transaction qui se déroule, effectivement, à partir des serveurs sécurisés d’acteurs, eux-mêmes sous le contrôle de la CSSF. « Alors qu’une carte présente le risque d’être copiée au moment de la transaction, c’est plus difficile au niveau d’un téléphone que l’on garde en main à tout moment », commente encore Alexandre Rochegude.

Mpulse négocie actuellement avec plusieurs acteurs du secteur bancaire au Luxembourg. « La BCEE et la Banque de Luxembourg ont déjà exprimé leur intérêt. Des discussions avec d’autres acteurs en vue de leur adhésion prochaine sont en cours », assure Raoul Mulheims, qui précise que la solution devrait pouvoir être testée durant l’été au niveau de la première banque avant d’être mise à la disposition des clients dès septembre. « Au-delà des questions de sécurité, les banques mesurent avant tout le risque réputationnel lié à l’adoption de telles solutions. Elles se demandent si le produit peut prendre, s’il sera adopté par un nombre suffisant d’enseignes avant d’investir dans une telle stratégie, explique-t-il. D’une banque à l’autre, les motivations pour adopter une solution comme celle que nous proposons peuvent être sensiblement différentes. »

La bonne taille

Reste que la Place, en matière de paiement mobile, sera la première à voir se déployer de telles solutions à l’échelle d’un pays. Mobey, comme Mpulse, ne cachent pas que la taille du territoire, permettant une proximité et facilitant l’accessibilité des divers acteurs, a facilité leur mise en œuvre. Pas de doute qu’ensuite, les résultats de ces premières expériences seront analysés avec attention, ici comme ailleurs.

Aussi, les deux acteurs ne veulent-ils pas se limiter au territoire luxembourgeois et ont, à moyen terme, des ambitions internationales, du moins européennes. Entre eux, la concurrence pourrait être tendue.

Et si Flashiz semble avoir pris un peu d’avance, les développeurs de Digicash restent sereins, confiants en l’approche qu’ils ont privilégiée. « Il est tout à fait possible, par ailleurs, que les deux solutions coexistent », assure M. Mulheims. D’autres acteurs, ces dernières semaines, ont également déclaré préparer des applications mobiles dédiées au monde de la finance. C’est notamment le cas du groupe allemand Otto, avec le lancement depuis le Luxembourg de Yapital, en mars dernier. La société, dont le concurrent visé n’est autre que PayPal, a fait part de son ambition de développer des solutions permettant une série d’opérations financières en ligne et via les télécommunications mobiles.

Contacté par nos soins, Yapital a néanmoins tenu à préserver un certain mystère autour de ses développements. « Avec nos solutions, les consommateurs seront en mesure de payer avec leur mobile, s’est contenté de commenter Nils Winkler, managing director de Yapital. Mais nous ne sommes pas un porte-monnaie mobile. Nous avons adopté un point de vue un peu plus global. »