PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Révélations fiscales

Panama Papers: à l’ombre de l’offshore mondiale



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Les charmes de Panama attirent aussi de nombreuses personnalités pour des raisons fiscales, selon l'enquête de l'ICIJ. (Photo: licence cc )

Les «Panama Papers», une enquête sans précédent coordonnée par 107 rédactions de médias, met en lumière l’usage par des personnalités politiques et publiques de structures panaméennes pour échapper aux radars. Le Luxembourg apparaît dans l’enquête qui détricote les circuits mondiaux de la finance offshore.

Des proches du président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre islandais, de nombreux ou anciens chefs d’État, des personnalités politiques, le footballeur argentin Lionel Messi ou encore Michel Platini… Ce tableau des célébrités ne concerne pas un nouveau prix international, mais le palmarès d’une nouvelle révélation internationale du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

Baptisée «Panama Papers», la fuite de documents est probablement la plus importante dans les annales du journalisme. Elle s’appuie sur 11,5 millions de fichiers provenant des archives (entre 1977 et 2015) du cabinet Mossack Fonseca, basé à Panama et spécialisé dans la structuration offshore de sociétés, autrement dit dans le montage de structures échappant aux radars des administrations fiscales des pays d’origine de leurs détenteurs.

Des intermédiaires et des circuits

À la différence des autres «leaks», dont l’épisode LuxLeaks que la Place luxembourgeoise connaît bien, que l'ICIJ avait signé, les «Panama Papers» démontent les circuits de la finance offshore mondiale et mettent la lumière sur l’usage que font les hommes et femmes publics de ces structures, parfois pour dissimuler de l’argent sale.

L’enquête «Panama Papers» a débuté en 2015 lorsqu’une source a commencé à alimenter le Süddeutsche Zeitung en documents du cabinet, alors que le journal enquêtait sur la Commerzbank qui était dans la tourmente en raison d’accusations de fraude fiscale.

On retrouve ainsi au fil de cette enquête, selon le décompte du Monde:

  • 12 chefs d’État ou de gouvernement, dont 6 en activités;
  • 128 dirigeants politiques et hauts fonctionnaires;
  • 29 des 500 personnes les plus riches au monde.

Et le Luxembourg?

Après avoir vu son image plus qu’égratignée lors de la vague LuxLeaks, le Luxembourg se trouve à nouveau mentionné dans cette fuite d’ampleur sans précédent, sans toutefois apparaître dans les «paradis fiscaux».

En revanche, «Panama Papers» met en exergue le rôle de certains intermédiaires basés au Luxembourg dans le conseil de l’usage des structures offshore.

Quatre entités luxembourgeoises sont au top 10 de celles qui ont le plus fait usage de ces structures pour leurs clients. Et pour cause, Experta Corporate & Trust Services, filiale de la Banque internationale à Luxembourg (Bil), est pointée comme celle faisant le plus appel à ce type de structures, avec plus de 1.600 entités référencées. Trois banques sont aussi mentionnées: J. Safra Sarasin (qui a récemment racheté Bank Leumi), Société Générale Bank & Trust et feu Landsbanki Luxembourg. 

Si des personnalités luxembourgeoises ou domiciliées au Luxembourg ne sont pas mentionnées dans les portraits dressés par l'ICIJ, qui fait un usage important des outils de visualisation pour expliciter son propos, le Grand-Duché est mentionné quant à l’usage du Premier ministre islandais en exercice Sigmundur Davíð Gunnlaugsson d’une structure domiciliée aux îles Vierges britanniques baptisée Wintris. L’homme politique en a vendu les 50% qu’il détenait fin 2009, soit après son entrée au Parlement en 2009. Wintris avait vu le jour via les services du cabinet luxembourgeois Interconsult.

Une pression importante

«C’est une attaque contre le Panama», un «crime», un «délit», a réagi Ramon Fonseca Mora, directeur et fondateur de Mossack Fonseca, auprès de nos confrères du Monde.

Les structures mentionnées dans «Panama Papers» ne sont certes pas toutes illégales, mais l’enquête qui a mobilisé 107 rédactions dans 76 pays (en France, en Inde, en Allemagne, en Suisse, en Russie, aux États-Unis, au Brésil, au Japon…) met le doigt sur les circuits d’une finance offshore qui continue d’exister.

L’usage de ces structures pour échapper à toute traçabilité des autorités est en effet le véritable enjeu d’une enquête qui met pour le moins la pression sur le Panama. Car si l’optimisation fiscale est recherchée en usant de ce domicile, la nature même des capitaux nécessite vraisemblablement une action publique, alors que les dirigeants politiques déclarent vouloir s’attaquer aux circuits qui participent, de près ou de loin, aux financements du terrorisme et autres types de criminalité organisée.