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Conférence

Mieux gérer la colère et le harcèlement au travail



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Pour améliorer la santé sur le lieu de travail, le professeur Georges Steffgen préconise, entre autres, «l’apport de changements au niveau de l’environnement même de travail». (Photo: Université du Luxembourg)

Comportements colériques, harcèlement sur le lieu de travail... Quels impacts sur la santé? Quelles solutions? Éléments de réponse dans cet entretien avec Georges Steffgen, chercheur de l’Université du Luxembourg.

En marge de la conférence sur la santé «Health and Behaviour» présentée par des professeurs de l’Université du Luxembourg, mercredi dernier à Belval, Paperjam a rencontré le chercheur Georges Steffgen, professeur de psychologie sociale et de travail à l’Uni. Il se penche depuis plusieurs années sur l’analyse des conditions de travail au Luxembourg, entre autres. 

«La comparaison des données nous permet d’observer si les conditions de travail se sont améliorées ou pas depuis 2013», explique Georges Steffgen. Selon certains critères, il y a des améliorations. Dans d’autres cas, des dégradations des conditions de travail sont constatées. «En termes d’autonomie par exemple, globalement, nous observons plutôt une diminution de la qualité des conditions de travail. Néanmoins, nous observons tout de même une augmentation de l’autonomie en matière d’organisation du travail, grâce au développement du télétravail et des nouvelles technologies. Mais le risque engendré dans ce domaine, c’est l’isolation de certains employés.»

Le chef doit pouvoir faire valoir le respect, intégrer les membres du groupe dans la prise de décision.

Georges Steffgen, professeur de psychologie sociale et de travail à l’Université du Luxembourg

Le professeur et son équipe de chercheurs se sont aussi longuement penchés sur le harcèlement sur le lieu de travail. «Dans de telles situations, le rôle du leadership est essentiel», constate Georges Steffgen.

Selon lui, la formation du leadership dans ce domaine compte parmi les initiatives qui peuvent être mises en place de manière préventive. «Écouter ne suffit pas. Le chef doit pouvoir faire valoir le respect, mais aussi, dans le meilleur des cas, intégrer les membres du groupe dans la prise de décision et dans le développement de leurs missions, du travail de l’équipe», explique Georges Steffgen.

Pour améliorer la santé des employés, le professeur préconise aussi «l’apport de changements au niveau de l’environnement même de travail, comme en améliorant l’implantation du poste de travail, le climat au travail, la charge de travail, la communication… Et d’autre part, les employés eux-mêmes doivent changer certains comportements, comme en évitant la cigarette, manger plus sainement, faire du sport…»

Gestion de la colère

Selon lui, mieux gérer certaines émotions comme la colère peut contribuer à améliorer l’environnement même du lieu de travail. «Les personnes colériques peuvent être amenées à provoquer des conflits au lieu d’alimenter des relations saines au travail», observe Georges Steffgen.

«L’idée est donc de faire en sorte que ces personnes apprennent à gérer leur colère. Comment? En se comportant émotionnellement d’une autre manière. Ça passe par une prise en charge ‘physique’ de la colère, par des séances de relaxation et d’entraînement. La deuxième approche est cognitive. Les pensées qui surgissent au moment de la colère doivent être modifiées. Les personnes apprennent ainsi à voir la situation d’une autre manière, à penser différemment», explique-t-il. La troisième approche mise en avant par le chercheur est comportementale.

C’est important, dans les relations de travail, de se positionner.

Georges Steffgen, professeur de psychologie sociale et de travail à l’Université du Luxembourg

«Par exemple, dans les relations sociales, certaines personnes disent toujours ‘oui’ à tout et se mettent dans des situations inconfortables qui peuvent provoquer la colère. Or, c’est important, dans les relations de travail, de se positionner.» L’efficacité de ces approches a été mesurée dans une thèse de doctorat du professeur.

«En comparant les réactions des personnes colériques qui ont suivi le programme à celles de personnes qui n’y ont pas participé, nous avons constaté que l’approche cognitive permet aux sujets d’apporter un autre regard sur la situation. Ce qui les aide à changer leur comportement, auparavant empreint de beaucoup de colère».

Comprendre l’origine de la colère se révèle aussi important. «La colère qui précède l’agressivité cache aussi parfois des douleurs du passé. Avec l’appui de psychologues, l’idée est de comprendre, de poser des mots sur ce qui ne va pas afin de pouvoir aider à soulager les personnes», conclut Georges Steffgen.