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Commerce

Les soldes suscitent la polémique



La chasse aux emplettes commence ce vendredi, mais n’enchante pas les commerçants. Et c’est un euphémisme. (Photo : Etienne Delorme /archives)

La chasse aux emplettes commence ce vendredi, mais n’enchante pas les commerçants. Et c’est un euphémisme. (Photo : Etienne Delorme /archives)

La loi sur les pratiques commerciales régissant les soldes, qui commencent officiellement demain au Luxembourg, remonte à 10 ans. Alors qu’elle semblerait plutôt faire le bonheur des consommateurs, les commerçants du centre-ville s’y opposent vivement.

Demain commencent officiellement les soldes. Et le terme « officiellement » revêt son importance, car dans les faits, les commerçants, pris dans l’engrenage de la concurrence, ont démarré les promotions depuis le mois de mai. Ce qui nuit gravement à leur marge, à les entendre.

Depuis le vote, le 30 juillet 2002, de la loi luxembourgeoise réglementant certaines pratiques commerciales, des promotions peuvent être organisées en dehors des périodes consacrées (cette année du 2 au 21 janvier et du 29 juin au 14 juillet). L’appellation « solde » doit néanmoins être bannie.

Cette réglementation, qui fête ses 10 ans cette année, et qui dénote par son libéralisme - alors que les horaires d’ouverture des commerces sont strictement réglementés - plaît certainement au consommateur et à la consommatrice… dont l’appréciation reste toutefois difficile à mesurer.

Grogne chez les commerçants

En revanche, du côté des commerçants du centre-ville, la loi régissant certaines pratiques commerciales (comme les soldes) fait l’unanimité contre elle. Ils regrettent ainsi sa mouture précédente, celle de 1986, qui leur imposait un délai de carence de 30 jours avant les soldes. Durant cette période, les promotions étaient purement et simplement bannies. Les consommateurs restaient eux libres de franchir les frontières pour faire leurs emplettes saisonnières dans les pays voisins qui avaient démarré leurs soldes.

Pas forcément, selon Nathalie Rieth-Aach, du magasin de textiles Tapis Hertz. L’intéressée regrette le bon temps où les affaires étaient davantage profitables. « Les soldes étaient plus importants et les gens les attendaient. » Les remises sont aujourd’hui généralisées. Et c’est la surenchère entre les commerçants. « Cela nuit gravement aux marges », s’exclame-t-on dans la Grand-rue.

Même son de cloche au magasin de prêt-à-porter Weydert. Cathering Colling, sa gérante, livre son analyse : « Avant les gens pouvaient faire de très bonnes affaires. Maintenant cela s’étale sur des périodes interminables. Les soldes officiels ne sont même plus tellement intéressants. »
La confusion est réellement palpable. Une autre commerçante a même oublié la date officielle du commencement des soldes. Ainsi, Mme Colling prédit même qu’il n’y aura pas foule cette année, car les gens « ont déjà fait leurs soldes. »

« N’importe quoi »

Les commentaires abondent dans le même sens, si bien que la pertinence de la loi est largement remise en cause.

Pour Cynthia Mourosi, du magasin de prêt-à-porter Capsule, c’est tout simplement « n’importe quoi » : « On achète à plein prix et on doit vendre à des prix bradés, parfois même à perte. » Ce qui est d’ailleurs permis, sous certaines conditions, par ladite loi… alors que la pratique reste souvent proscrite en Union européenne.

Et le cas échéant, la manœuvre ne consiste pas à attirer le chaland, mais « à sauver les meubles ». Le courroux est donc vif en bas de la rue Philippe II. « Les loyers, eux, ne sont pas bradés. Cela va aller très mal et cela va même déjà très mal. »

L’esprit de la loi

Du côté des consommateurs, difficile de se faire une idée de ce qu’ils pensent. Il y a celles et ceux qui chassent les bonnes affaires, « des produits qu’ils ne peuvent pas se permettre d’acheter le reste de l’année ».
Mais le contexte est surtout différent. La prégnance du commerce en ligne, où les ventes privées à prix réduits se démocratisent, est très importante au Grand-Duché. La loi de 2002, par ses penchants libéraux, prend certainement en compte la nouvelle donne.

Quoiqu’il en soit, en privilégiant cette liberté de commerce, la régulation luxembourgeoise s’oppose au célèbre précepte, tiré de l’ouvrage « De l’esprit des lois » (justement), du non moins célèbre philosophe, Montesquieu, pour qui « partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces. » Aujourd’hui c’est plutôt la zizanie dans les rues du centre de la capitale. La balle est dorénavant dans le camp du ministère des Classes moyennes.