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#Femaleleadership

«L’égalité des genres est un éternel chantier»



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«Je ne pense pas qu’il y ait un leadership féminin, il y a des bons ou des mauvais leaders, c’est tout.» (Photo: Eric Chenal/University of Luxembourg)

En prélude à la journée mondiale des femmes du 8 mars, Paperjam vous propose chaque jour un portrait dans le cadre de la nouvelle série #Femaleleadership. Aujourd’hui, Katalin Ligeti, doyenne de la faculté de droit de l’université de Luxembourg.

Elle a rejoint l’université de Luxembourg en 2009, après des études en Angleterre et en Allemagne. Après une ascension classique de professeur junior, permanente, puis associée, elle est devenue doyenne depuis septembre dernier.

Madame Ligeti, est-ce que vous pensez qu’il y a un leadership ou un management typiquement féminin?

«Le management c’est quelque chose de technique, c’est avoir les bons chiffres, il s’agit d’être porté par les profits en quelque sorte. Un bon leader, c’est quelqu’un qui a une vision et qui peut se reposer sur une bonne équipe, ce qui est mon cas.

Mais je ne pense pas qu’il y ait un leadership féminin, il y a des bons ou des mauvais leaders, c’est tout.

Est-ce qu’il y a un bon équilibre des genres dans votre faculté?

«L’égalité des genres est un éternel chantier. Il y a 7 femmes sur 18 membres au Conseil de la faculté, un quart des professeurs associés sont des femmes, 51% des doctorants sont des femmes, et c’est la parité concernant nos étudiants. Je dois dire que l’équilibre des genres est assez respecté dans notre faculté. Nous allons de toute façon devoir imposer un quota de 40% du sexe sous-représenté au sein du Conseil d'administration de l'université, ce sera une obligation légale à terme.

La famille reste un défi de tous les jours.

Katalin Ligeti, doyenne de la faculté de droit

Que pensez-vous justement de l’instauration de ces quotas?

«C’est une bonne amorce pour que les choses bougent, même si je ne suis pas une grande fan des quotas dans l’absolu. Mais l’égalité des genres, cela va bien au-delà, je crois en la méritocratie.

La carrière académique est un chemin long et incertain, qui peut être moins attractif pour les femmes. Le tournant se fait en général à la trentaine, pile au moment où les femmes pensent à se poser et fonder une famille. On attend en général une titularisation, c’est d’ailleurs souvent une blague entre nous: «Était-ce un enfant post-titularisation?»

Comment cela s’est-il passé pour vous justement?

«J’étais enceinte de sept mois quand je suis arrivée pour prendre mon poste à l’université de Luxembourg. Enceinte de jumeaux, qui plus est! J’ai donc commencé mon contrat avec un congé maternité, et je n’ai commencé à enseigner qu’en janvier 2010. Avoir des enfants, ce n’est jamais le moment idéal de toute façon, mais l’université m’a très bien accueillie, je n’ai eu aucun problème pour décaler de quelques mois mon début. C’est d’ailleurs aussi le cas pour certaines étudiantes en doctorat qui ont un enfant, c’est peu courant, mais ça existe.

Mais la famille reste un défi de tous les jours, cela ralentit quand même la carrière, c’est indéniable. Il faut trouver l’équilibre qui convient, trouver le temps surtout. Sans un partenaire qui vous soutient, ça serait vraiment très difficile. Au final, je trouve que gérer ma famille est plus difficile que gérer la faculté!

J’essaie de faire en sorte d’avoir toujours des comités de sélection qui sont paritaires.

Katalin Ligeti, doyenne de la faculté de droit

Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour que les femmes arrivent plus à des postes à responsabilité selon vous?

«Avec l’arrivée des enfants, le nombre de publications tend à s’effondrer, mais on aurait tort de se baser uniquement sur la quantité. Nous évaluons un candidat sur seulement trois ou cinq publications clés, de sorte que la quantité ne rentre pas en ligne de compte. Nous devrions garder de hauts standards.

De même que le processus de sélection doit être le plus transparent possible, juste et impartial. J’essaie de faire en sorte d’avoir toujours des comités de sélection qui sont paritaires. Le mentorat est également très important. Il est très développé en Allemagne, j’en ai bénéficié et j’ai été moi-même mentore, c’est très important d’avoir des exemples qui nous donnent des astuces et nous guident.

Est-ce qu’une journée mondiale des femmes est encore nécessaire?

«Il y a toujours des améliorations à faire. Nous devons regarder aux pratiques évidentes, mais aussi à celles moins évidentes qui discriminent les femmes.

Au niveau de la faculté, nous avons mis en place un ‘roadmap for diversity’, je dois dire que c’est l’ancien doyen qui est à cette initiative, mais j’ai à cœur de continuer cette initiative pour que la diversité, au-delà de la présence des femmes, soit une politique active de la faculté.»

Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.