PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Table ronde

Le Luxembourg sur la carte des fintech avec ses atouts



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Le Luxembourg peut tirer profit de son expérience croisée en ICT et dans la finance pour devenir l’un des hubs fintech en Europe. L’écosystème se renforce, la promotion porte ses fruits dans un créneau concurrentiel sur le plan mondial.

Au départ, il y avait deux mondes qui s’observaient... De deux univers a priori concurrents, les fintech et le monde financier traditionnel sont devenus – pour partie – davantage partenaires durant les 12 derniers mois. Un bilan encourageant pour le secteur financier luxembourgeois, qui a embrayé dans la volonté du gouvernement de faire du Luxembourg un des hubs fintech en Europe.

«La prise de conscience des banques s’est transformée en action», note Marc Hemmerling, general counsel Digital banking & Fintech de l’ABBL. L’association regroupant les banquiers et prestataires de services du secteur a aussi pris le mouvement en marche en créant un cluster ad hoc ainsi qu’en engageant son fintech adviser. «Nous allons mettre en place des formations en collaboration avec la House of Training pour faire prendre connaissance des fintech aux c-levels», ajoute Marc Hemmerling.

Il y a un vrai changement depuis les 12 derniers mois.

Martin GuérinMartin Guérin, CEO (Nyuko)

Pour se placer sur la carte globale des fintech, le Luxembourg a dû faire jouer les circuits courts pour rassembler les acteurs et adapter la formation des uns à la réglementation et la conscientisation des autres aux évolutions techniques et à leurs effets sur les flux financiers.

«Il y a un vrai changement depuis les 12 derniers mois dans la façon dont les corporate intègrent les fintech dans leur stratégie», observe Martin Guérin, le CEO de Nyuko. «Des fintech locales arrivent à se hisser en haut de concours, des start-up étrangères arrivent également, le tout en même temps que les initiatives de l’État. Ce mouvement permet au Luxembourg de gagner en visibilité à l’international.»

Car pour gagner la compétition fintech ou, du moins, être dans un peloton de tête européen, cette visibilité internationale sera primordiale. D’où l’intérêt de disposer d’un phare, d’un lieu servant de repère que sera la future Luxembourg House of Fintech (Lhoft), qui sera basée selon toute vraisemblance dans l’ancien commissariat de la rue Glesener.

La Lhoft s’imbriquera dans l’écosystème existant.

Frederic BeckerFrederic Becker, Fintech development adviser (LFF)

Londres a son Level 39. Le Luxembourg aura sa Lhoft. La structure servira aussi à accompagner la transition digitale du secteur financier, en collaborant notamment avec les acteurs de la recherche publique.

«Disposer de la technologie sera un élément déterminant pour aider le secteur financier à ne pas rater la transition digitale», indique Frederic Becker, adviser - fintech development chez Luxembourg for Finance. «Nous entendons imbriquer la Lhoft dans l’écosystème existant. Il s’agira d’un endroit de collaboration qui bénéficiera à ses membres et incitera à travailler ensemble.»

Un lieu visible qui sera, logiquement, un argument de promotion du pays à l’extérieur. Élément-clé de cette promotion et atout – le cas échéant – pour attirer de nouveaux acteurs, le positionnement du régulateur a déjà permis d’attirer des fintech étrangères, à l’instar de SnapSwap et Bitstamp

Trop de régulations sont centrées sur les acteurs, plus que sur les services.

Marc HemmerlingMarc Hemmerling, General counsel Digital banking & Fintech (ABBL)

«La première vague de fintech apparue il y a quelques années n’est plus sur le radar, car elle agissait dans un cadre peu voire pas régulé», ajoute Jérôme Wittamer, président de la Luxembourg Private Equity Association - LPEA. «Les équipes que nous préférons chez les fintech sont celles qui amènent des expertises disruptives, composées d’un mix de jeunes avec des gens aux cheveux gris qui viennent de l’assurance ou de la banque. Ces derniers connaissent les entreprises en place de l’extérieur. Ces fintech sont celles qui montent le plus rapidement.»

«Nous avons constaté au niveau de la fédération bancaire que trop de régulations sont centrées sur les acteurs, plus que sur les services. Il faudrait réglementer plus les services que la personne», note Marc Hemmerling. «La Commission de surveillance du secteur financier a de son côté une approche prudente, mais quand même ouverte aux nouveaux modèles, de façon agile.»

Disposer de solutions cloud paneuropéennes compétitives, régler le cas de la protection des données personnelles sur le long terme... les chantiers réglementaires sont nombreux sur le plan européen. Ils auront forcément une influence sur le cadre local.

«Le projet de supercompteur pourrait nous permettre de disposer d’un cloud européen qui fasse du big data, tout en positionnant le Luxembourg sur le plan international», note Martin Guérin. À l’étude, le projet qui vise à doter l’Europe d’une capacité informatique de haute performance – «high performance computing» (HPC) – pour se mettre à niveau avec les puissances américaine et chinoise a été emmené par un trio de pays, dont le Luxembourg.

Les acteurs qui veulent s’établir au Luxembourg affichent souvent une ambition paneuropéenne.

Frederic BeckerFrederic Becker, Fintech development adviser (LFF)

«Le régulateur est clairement un élément différenciateur dans la mesure où le Luxembourg est l’un des seuls – sinon le seul – pays en Europe où les start-up peuvent discuter directement avec le régulateur», ajoute Frederic Becker. «Nous sommes plus petits que Londres qui concentre beaucoup de spin-off de grands groupes, mais les acteurs qui veulent s’établir chez nous affichent souvent une ambition paneuropéenne.»

«Le Luxembourg est un terreau exceptionnel pour développer des sociétés, comparé à Paris», ajoute Martin Guérin, qui connaît bien le sujet pour avoir monté le programme d’accompagnement à l’entrepreneuriat destiné aux 250 start-up du réseau Paris & Co. «L’aspect international du pays est important.»

L’entretien préalable à cet article a été réalisé avant la tenue du référendum britannique et donc avant l’annonce du Brexit. Il sera aussi intéressant de voir quelles sont les retombées pour le Luxembourg à ce niveau. Va-t-on voir arriver des start-up anglaises, perdues sur un marché coupé tout ou partie de celui de l’UE?

Il y a une vraie volonté d’agir dans le secteur et de saisir des opportunités.

Jérôme WittamerJérôme Wittamer, Président (LPEA)

L’un des éléments déterminants dans cette nouvelle donne sera la capacité du Luxembourg à renforcer le pilier financement de l’écosystème qui fait encore défaut sur le plan local. Si l’attraction de capitaux étrangers renvoie à l’histoire et au développement de la Place par ailleurs, mettre en place un cadre totalement adapté à la libération du capital local est aussi réclamé par les parties prenantes.

«Nous observons un tsunami de start-up fintech dans le monde qui ont collecté 23 milliards de dollars dans les 12 derniers mois», ajoute Jérôme Wittamer. «Plus qu’un réveil, il y a une vraie volonté d’agir dans le secteur et de saisir des opportunités.»

Ces dernières pourraient justement prospérer sur l’activité même de la Place, à l’instar de l’optimisation des processus, en tirant profit de la blockchain ou encore des procédures KYC/AML.

«Les domaines d’application sont vastes, chacun y trouvera ses centres d’intérêt, mais on constate plusieurs thèmes qui reviennent régulièrement comme la cybersécurité ainsi que l’harmonisation des systèmes et la reconnaissance mutuelle dans les autres pays», ajoute Marc Hemmerling.

Entre promotion et positionnement sur l’offre de services, le Luxembourg avance rapidement. Le défi de la formation et de l’attraction des compétences sera certainement le plus compliqué à terme. Plus qu’une compétition, c’est une véritable guerre de ces nouveaux talents que les Places vont se livrer dans les prochaines années.