ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Le coup de sang d'un créateur d'entreprise



Paperjam

Lassé d'entendre les responsables politiques clamer que le soutien aux sociétés innovantes est au centre des préoccupations du gouvernement, un lecteur de PaperJam tient à faire part de son expérience de créateur d'entreprise.

Ce fut la phrase de trop. La goutte qui a fait déborder le vase. En lisant, dans la newsletter du 16 septembre dernier, que le ministre de l'Économie Jeannot Krecké voulait faire des entreprises "le point central' d'une stratégie visant à rattraper le retard du Luxembourg en matière de recherche et d'innovation, Roland Petrigh n'a pu s"empêcher de prendre sa plume pour faire part de son expérience.

Cet ingénieur de formation a créé, fin 2002, la société de droit luxembourgeois De Auditu, qui conçoit et commercialise des DVD à contenu éducatif. Avec son associé, il a développé jusqu'à présent trois produits, supports de reportages thématiques (environnement, alimentation, artisanat d'art...) tournés dans la Grande Région et qui s"adressent au jeune public et au monde de l'enseignement.

Un an après le démarrage de son activité, Roland Petrigh entreprend des démarches afin de faire bénéficier sa société d'un "concours public". "Je me suis tout naturellement rendu à la Chambre de Commerce qui m'a orienté vers différents systèmes d'aides publiques", explique-t-il. Après un passage par le Guichet Unique PME, le jeune dirigeant entreprend de monter un dossier de demande d'aides à l'investissement. Il passe trois jours à remplir un formulaire "très peu explicite" et à réunir les pièces justificatives, avant de le remettre au ministère de l'Économie. Roland Petrigh ne le sait pas encore, mais commence alors pour lui un long parcours jalonné d'obstacles... et qui ne le mènera nulle part.

L'esprit et la lettre

Car deux années et cinq dossiers plus tard (déposés aux ministères de l'Économie, des Classes Moyennes, des Communications, mais aussi auprès de la Commission européenne), la société De Auditu n'a pas obtenu le moindre euro d'aides publiques. Dossier déposé trop tôt, trop tard, incomplet, imprécis... toutes les demandes d'aides ont avorté. Souvent, sans motif de rejet précis. Si ce n'est un lacunaire "votre société ne correspond pas aux critères d'éligibilité pour l'aide demandée"...

Autre motif de "frustration' pour Roland Petrigh: le fait que les "formulaires de demandes d'aides ne contiennent aucune notice. Il est impossible de connaître à l'avance les critères d'éligibilité, et donc de savoir si les trois ou quatre jours que l'on va consacrer au montage du dossier ne sont pas du temps perdu", indique-t-il.

"Ce qui est rageant dans tout cela est que l'on perd l'idée qui était celle du législateur (financer le développement d'idées nouvelles) pour s"en tenir à une réglementation imprécise", assure le responsable de De Auditu, qui déplore que ses productions de type multimédia ne trouvent place dans aucune des "grilles" en vigueur dans les ministères. "Il ne faudrait pas perdre de vue l'esprit des lois sur le développement économique - qui est, je pense, d'aider les idées, produits et concepts nouveaux et porteurs d'avenir - et non pas à s"en tenir à la lettre à une formulation de lois et règlements datant de plusieurs années et qui devraient évoluer au rythme de la société", écrit-il dans un courrier adressé à Jeannot Krecké, le ministre de l'Économie, ainsi qu'au ministre délégué aux Communications, Jean-Louis Schiltz.

Et Roland Petrigh de rappeler aux responsables politiques la sagesse des Anciens, citant un aphorisme de Montesquieu: "Ce n'est point le corps des lois que je cherche, mais leur âme". Mais ni sa prose ni son lyrisme n'ont pour l'instant trouvé d'écho auprès des ministres concernés, qui n'ont donné aucune suite à ses multiples courriers et demandes d'entretien. "Je n'ai obtenu aucune réponse, ni du haut ni du bas de l'organigramme des ministères concernés. C"est incroyable! Nous sommes en tout cas assez loin des discours officiels...", constate-t-il, avant de glisser que "le Luxembourg ne semble toujours pas bien organisé pour piloter les start-up".